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Hollande en Afrique pour pousser ses pions sur le Mali

Reuters12/10/2012 à 01:47

HOLLANDE EN AFRIQUE POUR POUSSER SES PIONS SUR LE MALI

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - La première visite de François Hollande en Afrique lui offrira l'occasion de tenter de consolider son fragile succès diplomatique sur l'épineux dossier du Mali, même si plusieurs mois pourraient s'écouler avant une intervention militaire.

Les entretiens qu'aura le président français vendredi à Dakar puis samedi à Kinshasa lui serviront à présenter les grandes lignes de sa politique africaine et à soigner sa stature sur la scène internationale en confirmant qu'il a pris à bras le corps la gestion de la crise du Sahel.

En réclamant fin septembre aux Nations unies une résolution rapide du Conseil de sécurité afin de permettre une intervention militaire africaine, le chef de l'Etat a voulu montrer que la France était en pointe sur la question malienne.

Si sur la Syrie, problème complexe avec un risque réel de déflagration régionale, la France et ses alliés ont à peine dépassé le stade des déclarations d'intention, on avance un peu plus sur le Mali, où des islamistes radicaux se sont emparés des deux tiers du pays.

"Le Mali est un problème plus crucial que la Syrie pour Paris parce que la France y a des intérêts directs et parce que la menace terroriste y est extrêmement sérieuse", confie une source diplomatique française.

"Pour le chef de l'Etat, il s'agit du dossier numéro un au plan international après la crise de la zone euro", ajoute cette source.

Dans la foulée de l'intervention de François Hollande à l'Onu, la France a présenté un projet de résolution visant à inciter les autorités maliennes, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et l'Union africaine à soumettre dans les 30 jours un projet d'opération précis permettant l'envoi d'une force africaine dans le nord du pays.

"Toutes les conditions sont réunies pour qu'une résolution soit votée dans un délai raisonnable, c'est-à-dire bref", a dit mardi le président français lors d'un point de presse commun avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

"CINQ MOIS MINIMUM"

Il ne s'agirait cependant que d'une étape puisqu'il faudra ensuite saisir une deuxième fois le Conseil de sécurité, cette fois d'une autorisation de déploiement, en ayant pris soin d'en préciser le concept et les objectifs, dit-on au Quai d'Orsay.

La France ne dévoilera qu'alors la forme que prendra l'indispensable appui logistique qu'elle se dit prête apporter à l'intervention africaine, ajoute-t-on de même source.

"Le scénario le plus optimiste avant une intervention militaire, c'est cinq mois minimum", estime un familier du dossier.

Paris, qui a démenti la présence sur le terrain de membres de ses forces spéciales, a écarté toute opération terrestre impliquant ses troupes.

"Il ne s'agit pas d'un corps expéditionnaire français au Mali", insiste-t-on au ministère des Affaires étrangères.

Profitant de la confusion qui a suivi le coup d'Etat militaire du 22 mars à Bamako, les séparatistes touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont pris le contrôle de la majeure partie du territoire malien avec le soutien d'Ansar Dine, mouvement islamiste lié à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Des dissensions sont ensuite apparues entre les deux formations. Les séparatistes touaregs ont proclamé l'indépendance de la zone mais les djihadistes ont récusé l'initiative et se sont engagés à poursuivre leur combat pour l'instauration de la "charia" (loi coranique) dans tout le pays.

Mieux armés, ces derniers ont désormais pris le dessus. Ils ont défrayé la chronique notamment en détruisant plusieurs mausolées de Tombouctou, ville du nord du Mali classée au Patrimoine mondial en péril de l'Unesco, parce qu'ils les considéraient comme impies.

MENACE TERRORISTE

Ces islamistes font peser une menace terroriste sur toute la région ainsi que sur les intérêts occidentaux, estime-t-on à Paris, où l'on juge inévitable une intervention militaire, malgré les risques qu'elle ferait peser sur la vie des quatre otages français retenus au Sahel par Aqmi depuis deux ans.

"On n'évitera pas une intervention au Mali", explique un ancien haut responsable militaire français. "Le problème, c'est que c'est très compliqué et que personne ne veut y aller. Bien sûr que c'est aux Africains de régler le problème mais il faudra bien les aider à s'installer".

Cet appui logistique qui reste à définir, la France devrait l'accorder avec l'aide américaine, un soutien que Washington se déclare prêt à lui apporter mais que Paris ne pourra solliciter qu'une fois connue l'issue de l'élection présidentielle de novembre qui départagera Barack Obama et Mitt Romney.

Autre entrave à une décision rapide, la réticence de l'Algérie, acteur majeur de la scène régionale, concernant l'envoi de troupes africaines.

Longtemps favorable à l'emploi de la force contre les islamistes radicaux, l'Algérie, où les nouveaux maîtres du nord du Mali puisent leurs origines, plaide désormais pour une solution négociée.

François Hollande a déjà annoncé qu'il se rendrait en Algérie avant la fin de l'année, sans doute début décembre, pour s'atteler à cet obstacle de taille sur la voie d'une solution à la crise malienne et, pour le président français, d'un succès comparable à celui qu'avait obtenu Nicolas Sarkozy sur la Libye.

Avec John Irish, édité par Yves Clarisse

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