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Hollande efface le silence de Mitterrand sur le Vel'd'Hiv'

Reuters22/07/2012 à 14:13

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - François Hollande a rompu dimanche avec l'héritage de son mentor socialiste François Mitterrand en admettant la responsabilité historique de la France dans la rafle de juifs "du Vélodrome d'hiver" commise en juillet 1942 à Paris par la police française pour le compte des Nazis.

Sur ce sujet resté longtemps un tabou de la France d'après-guerre, Jacques Chirac avait fait, comme chef d'Etat, cette démarche avant lui dès 1995, mais il restait pour le deuxième président socialiste de la Ve République à dissiper l'ambiguïté entretenue par celui qui le lança dans la vie politique en 1981.

"La vérité, c'est que la police française, sur la base de listes qui avaient été établies, s'est chargée d'arrêter des milliers d'enfants et de familles. (...) La gendarmerie les a escortées jusqu'aux camps d'internement", a-t-il dit lors d'un discours de commémoration à Paris.

"La vérité, elle est dure, elle est cruelle, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de cette opération. La vérité, c'est que le crime fut commis en France par la France", a-t-il ajouté.

Lors d'une rafle à Paris et en banlieue, 13.152 juifs étrangers réfugiés en France dont plus de 4.000 enfants avaient été arrêtés, internés dans le Vélodrome d'hiver, dans le XVe arrondissement et pour partie au camp de Drancy, en banlieue.

Sur les lieux où s'éleva jusqu'à 1959 le Vélodrome d'hiver, François Hollande a estimé que la participation de la France à la "Shoah" avait été une "trahison" des valeurs du pays.

Il a donc souligné l'aspect exceptionnel de l'événement. "La vérité c'est que le crime du Vel' d'hiv' fut aussi commis contre la France, contre ses valeurs, contre ses principes, contre son idéal", a-t-il dit.

LE MALAISE SUSCITÉ PAR MITTERRAND

Il a rappelé que des milliers de personnes ciblées ce jour de la grande rafle avaient pu survivre grâce à des Français qui les avaient protégées.

Conduits dans les camps français de Drancy, Beaune-la-Rolande et Pithiviers, où les enfants furent séparés des parents, les victimes de la rafle furent acheminées vers les camps d'extermination nazis, dont Auschwitz. Les survivants furent à peine quelques centaines.

Ce fut l'acte le plus grave de la politique de collaboration avec l'occupant nazi décidée par le gouvernement de Vichy et son chef, le maréchal Pétain. Il y eut au total 76.000 juifs déportés de France sous l'occupation, un quart de la communauté. Il y eut 2.500 survivants.

François Mitterrand, premier président de gauche de la Ve (1981-1995) suscita de vives critiques en refusant de présenter des excuses au nom de la France. Il estimait que la République n'était pas comptable des actes d'un autre régime, né d'une défaite militaire et qu'il voyait comme illégitime.

Il fut mis en lumière à la fin de sa présidence qu'il avait occupé un poste subalterne dans l'administration de Vichy avant d'être résistant, et avait été surtout toute sa vie l'ami personnel de René Bousquet, chef de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vel' d'Hiv'.

René Bousquet, homme d'affaires et patron de presse, avait soutenu François Mitterrand dans sa carrière politique et les deux hommes se voyaient même quand il fut menacé d'un procès pour crimes contre l'humanité, avant d'être tué par un déséquilibré en 1993.

Dans son discours, François Hollande a rendu hommage à Jacques Chirac et rappelé seulement que François Mitterrand avait instauré une journée de commémoration de la rafle en 1993.

"La vérité ne divise jamais, elle rassemble. Il me revient désormais, dans la longue chaîne de notre histoire (...) de poursuivre le travail commun de mémoire, de vérité et aussi d'espoir. Ce travail commence par la transmission", a-t-il dit.

Il souhaite que toutes les écoles enseignent l'histoire de la "Shoah". "La Shoah n'est pas l'histoire du peuple juif, c'est l'histoire", a-t-il dit. Le président semblait faire allusion à des problèmes ponctuels pouvant apparaître, selon des enseignants, avec des élèves musulmans rejetant l'enseignement de cet événement.

Selon un sondage publié la semaine dernière, une majorité des moins de 35 ans ignore ce que fut la rafle du Vélodrome d'hiver, la proportion atteignant 60% des 18-24 ans.

Edité par Benjamin Massot

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