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Hollande déroule un cordon sanitaire autour de Cahuzac

Reuters03/04/2013 à 19:31

JÉRÔME CAHUZAC N'A BÉNÉFICIÉ D'AUCUNE PROTECTION, SELON FRANÇOIS HOLLANDE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La machine de l'Etat a tourné à plein régime mercredi pour protéger l'exécutif des dégâts de l'affaire Cahuzac, qui affaiblit encore plus un François Hollande acculé à éteindre l'incendie politique le plus vif depuis son arrivée au pouvoir.

Dans une déclaration aux mots pesés préparée depuis la veille au premier étage du palais de l'Elysée, le président de la République a assuré, droit dans les yeux des Français, que l'ancien ministre riche d'un compte clandestin à l'étranger n'avait bénéficié d'aucune protection de sa part.

Chose rare, aucune chaîne de télévision n'a été conviée à assister à l'enregistrement du court message, juste après un conseil des ministres à l'atmosphère aussi sinistre que les visages des membres du gouvernement à leur sortie.

Au moment de sa diffusion, le président de la République s'apprêtait à décoller pour le Maroc, où il sera forcément rattrapé par la politique intérieure lors de sa visite.

"Il s'agissait de juguler tout de suite les rumeurs les plus néfastes et nauséabondes pour la démocratie", explique-t-on mercredi à l'Elysée. "Il fallait une parole présidentielle très forte pour écraser immédiatement les thèses pouvant porter préjudice à l'honneur du gouvernement."

Le président absent du territoire pendant 48 heures, le Premier ministre a pris le relais dans l'après-midi à l'Assemblée nationale, où l'affaire a fait l'objet de cinq questions au gouvernement.

"Notre indignation est totale, notre indignation mais aussi notre colère", a-t-il lancé, chargeant encore la barque de Jérôme Cahuzac, exclu le matin-même du Parti socialiste. "C'est pourquoi j'affirme ici que quelles que soient les décisions de la justice, M. Cahuzac n'est pas digne en toutes circonstances d'exercer de nouvelles responsabilités politiques".

Mardi soir sur France 2, Jean-Marc Ayrault avait affirmé ne "rien" savoir des secrets de son ancien ministre.

"TOUTE LA LUMIÈRE SERA FAITE"

Matignon repousse toute idée de remaniement, alors que des voix s'élèvent à droite comme à gauche pour demander au minimum des explications sur ce que savait l'exécutif, au pire, comme le Front national, une démission du gouvernement voire une dissolution pour laver cette "affaire d'Etat".

Depuis l'explosion de la "bombe Cahuzac", comme titre le journal Le Monde daté du 4 avril, l'exécutif joue la carte de "la défaillance d'un individu, qui ne saurait mettre en cause l'intégrité de l'équipe gouvernementale".

François Hollande a assuré que Jérôme Cahuzac, qui "a trompé les plus hautes autorités du pays", n'avait bénéficié d'aucune protection des autorités françaises et que toute la lumière serait faite sur ses malversations.

Le chef de l'Etat a annoncé ou confirmé trois mesures visant à renforcer sa "République exemplaire" balayée par cette affaire au moment où les mauvaises nouvelles économiques ont déjà fait plonger le couple exécutif dans les abysses des sondages.

On y trouve le renforcement de l'indépendance de la justice, une lutte "impitoyable" contre les conflits entre intérêts privés et publics et l'interdiction de tout mandat public pour les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale ou corruption.

"Toute la lumière sera faite. Et la justice poursuivra son travail jusqu'au bout" a-t-il affirmé.

Sur toute la ligne, le pouvoir plaide non coupable, relevant les mensonges à répétition de Jérôme Cahuzac et invoquant l'impossibilité pour l'administration d'en savoir plus, dans une affaire qui a commencé par la diffusion via le site Mediapart d'une cassette d'enregistrement de propos prêtés à l'ancien ministre mentionnant l'existence d'un compte en Suisse.

"Il n'existe pas au sein de l'Etat d'officine secrète qui serait capable de travailler avec une officine secrète suisse pour savoir s'il y a ou pas des éléments d'information", argumentait un proche de François Hollande.

"QUI SAVAIT QUOI ? DEPUIS QUAND?"

Des précautions ont été prises, ajoute-t-on, rappelant l'installation d'une "barrière étanche" dès le 10 décembre entre Jérôme Cahuzac et l'administration fiscale, appelée à enquêter sur le ministre.

L'Elysée rappelle aussi la promptitude avec laquelle il a été demandé à Jérôme Cahuzac de démissionner dès qu'une information judiciaire a été ouverte à son sujet, le 19 mars.

Le Premier ministre a assuré que ni François Hollande, ni lui-même, n'avaient eu connaissance de l'existence du compte qui a valu à Jérôme Cahuzac - ancien chirurgien esthétique, proche de l'ancien ministre déchu Dominique Strauss-Kahn -, une double mise en examen, notamment pour blanchiment de fraude fiscale.

Dans Le Monde, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, avoue avoir "péché par excès de confiance" tout en détaillant les démarches engagées, y compris auprès des autorités suisses, alors même que Jérôme Cahuzac était encore ministre du Budget.

Pour beaucoup, ces explications ne sauraient suffire et les premières réactions à l'intervention du chef de l'Etat montrent que l'incendie est loin d'être éteint.

"Si le gouvernement continue à avancer sans gouvernail, il faudra une dissolution", a estimé sur I>télé le député du Front national Gilbert Collard.

Dans un communiqué sévère, le Parti communiste prévient que "cette fois-ci, les bonnes intentions ne suffiront pas".

"Nous veillerons à ce qu'une fois pour toutes, les lois adoptées aillent au fond des problèmes posés et disposent des moyens de leur application", ajoute-t-on.

Au siège de l'UMP, Jean-François Copé a réitéré "ce qui relève des questions qu'aujourd'hui tous les Français se posent : François Hollande était-il au courant, Jean-Marc Ayrault était-il au courant, et ce depuis quand? Idem pour un certain nombre de responsables du gouvernement".

"Ce qui apparaît aux yeux de tous, c'est une grave crise dans la chaîne de commandement de notre pays", a ajouté le président de la principale formation d'opposition.

Le Monde est d'ailleurs sur la même ligne que la droite dans un éditorial au vitriol sur cet épisode "dévastateur".

"Au yeux des Français, soit il (François Hollande) a été naïf ou incompétent, soit il a, peu ou prou, couvert ce mensonge. Dans les deux cas, la faute est lourde."

Avec Sophie Louet, Martine Pennetier et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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