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Hollande à Berlin pour amadouer Merkel sur la croissance

Reuters15/05/2012 à 10:38

Hollande à Berlin pour amadouer Merkel sur la croissance

par Yves Clarisse et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande subira ce mardi son baptême du feu diplomatique à Berlin, où il devra jeter avec Angela Merkel les bases d'un compromis franco- allemand crucial pour l'avenir de l'Europe.

Quelques heures après la passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy et la nomination, dans la foulée, de son Premier ministre, le nouveau président français effectuera en Allemagne son premier déplacement, une tradition qui prend cette année une signification toute particulière à l'heure où la crise grecque menace à nouveau de contaminer la zone euro.

François Hollande et Angela Merkel devront donner le signal qu'un compromis est possible sur l'adoption de mesures susceptibles de renforcer la croissance en complément du traité de discipline budgétaire voulu par l'Allemagne avant le Conseil européen informel qui se tiendra le 23 mai.

"Je considère que la France et l'Allemagne doivent travailler ensemble, mais nous ne pensons pas encore sur tous les sujets la même chose", a expliqué le président français élu lundi sur TF1.

"Nous nous le dirons pour trouver ensuite les bons compromis. Ca sera une prise de contact, une façon de nous connaître et aussi de dire très franchement ce que nous pensons, non pas l'un de l'autre, mais de l'avenir de l'Europe", a-t-il ajouté.

Un accord paraissait illusoire il y a quelques semaines encore lorsqu'une chancelière au sommet de sa puissance imposait sa volonté de sanctionner les pays qui laisseraient déraper leurs déficits, priorité des priorités selon elle.

Mais le nouveau départ de feu en Grèce, les difficultés de l'Espagne et de l'Italie et la chute de l'activité économique dans toute la zone euro ont remis l'accent sur la nécessité de stimuler la croissance. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en est convenu.

Fort de la légitimité que lui donne sa victoire, le second président socialiste de la Ve République, qui a axé sa campagne sur ce thème, rencontrera en outre une chancelière allemande singulièrement affaiblie par une série de revers électoraux.

L'Union chrétienne-démocrate (CDU), son parti, a ainsi subi dimanche une cuisante défaite lors des élections en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d'Allemagne, à 18 mois des élections générales où Angela Merkel entend briguer un troisième mandat.

DÉFAITE DE L'AUSTÉRITÉ EN ALLEMAGNE

De manière très symbolique, cette défaite est en partie celle de l'austérité puisque la CDU a mené une campagne centrée sur la consolidation budgétaire dans ce Land très endetté.

François Hollande se retrouve donc en position de force pour faire valoir ses revendications, d'autant plus qu'Angela Merkel aura besoin des voix des sociaux-démocrates (SPD), qui réclament eux aussi un "pacte de croissance" pour prix de leur soutien à la ratification du pacte budgétaire européen.

"Je crois qu'elle a voulu faire monter autant que c'est possible le niveau pour trouver après un compromis", dit-on dans l'entourage du président élu. "Nous verrons bien mardi soir."

Angelica Schwall-Düren, ministre des Affaires européennes du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et membre du SPD, est d'ailleurs persuadée que les deux dirigeants peuvent s'entendre.

Elle a dit lundi sur Europe 1 sa conviction qu'Angela Merkel "va trouver le moyen de coopérer comme il faut, comme il est nécessaire pour l'Europe, avec François Hollande".

Sur le papier, les positions ne sont en effet pas aussi éloignées qu'il n'y paraît à première vue.

Les dirigeants européens ont déjà prévu de réfléchir à une initiative de croissance qui prendrait la forme d'une mobilisation des 80 milliards de fonds structurels européens non utilisés, d'un renforcement des moyens de la Banque européenne d'investissement (BEI) en faveur des PME et d'une possibilité d'emprunts obligataires à l'échelle européenne afin de faciliter le financement privé de grands projets.

Il s'agit là de trois revendications formulées par François Hollande. La quatrième, la mise en place d'une taxe sur les transactions financières au niveau européen, est aussi acceptée par Berlin même si Londres y est farouchement opposé.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a présenté vendredi un projet de "pacte de croissance" européen en six points dans lequel les demandes du président français se retrouvent.

PRÉVISIONS MOROSES

De son côté, le nouveau locataire de l'Elysée accepte la nécessité d'une plus grande discipline budgétaire.

Le désaccord le plus net porte sur l'exigence de renégociation du traité de discipline budgétaire portée par François Hollande tout au long de la campagne.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a répété lundi que l'Union européenne ne pouvait modifier les règles qu'elle s'est fixées et qui ont déjà été ratifiées par trois des 25 pays (sur 27) signataires du traité.

"Comment peut-on modifier un traité qui a déjà été conclu? Le président Hollande sait que cela ne peut pas se faire", a-t-il dit lors d'une visite dans une école berlinoise.

Pour l'Allemagne, une initiative de croissance ne peut se bâtir qu'à partir de l'assainissement budgétaire.

Certains, au Parti socialiste, insistent sur la remise à plat du traité européen et appellent à la fermeté.

"Nous voulons renégocier ce traité européen pour qu'il y ait relance de l'économie par la croissance", a déclaré dimanche sur France 3 le porte-parole du PS, Benoît Hamon. "Il faut en finir avec l'austérité, c'est ce que nous dirons à Mme Merkel".

Mais François Hollande a laissé une porte ouverte en fin de campagne en déclarant que la renégociation du traité faisait partie de la négociation, ce qui pourrait déboucher sur un texte séparé sur des mesures de stimulation de la croissance.

"L'état d'esprit, c'est plutôt mettons tous sur la table et puis après nous pouvons revenir à ce qui nous paraît le meilleur avec nos partenaires", explique-t-on dans l'entourage de François Hollande. "Nous verrons ensuite quelles sont les conséquences juridiques à tirer, en matière de complément de traité ou de modification."

Un compromis est d'autant plus nécessaire que les dernières prévisions économiques de la Commission européenne ne permettent pas d'augurer une reprise forte de l'activité dans la zone euro.

Elle anticipe pour la France une croissance de 0,5% en 2012 et de 1,3% en 2013 alors que François Hollande a retenu des hypothèses de croissance de 0,5% cette année et de 1,7% en 2013.

Le déficit public, qui avait atteint 5,2% du PIB en 2011, serait ramené à 4,5% en 2012 et à 4,2% en 2013. Le programme du président élu prévoit 3% l'an prochain.

Avec le service France, édité par Gilles Trequesser


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