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Harlem Désir, un choix de compromis pour la tête du PS

Reuters12/09/2012 à 20:57

MARTINE AUBRY DÉSIGNE HARLEM DÉSIR POUR LUI SUCCÉDER A LA TÊTE DU PS

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Harlem Désir est devenu mercredi le successeur désigné de Martine Aubry pour prendre la tête du Parti socialiste lors du congrès d'octobre de la formation majoritaire, un choix de compromis effectué à l'issue de longues tractations.

L'actuel numéro 2 du PS a été préféré à son rival Jean-Christophe Cambadélis à l'issue d'un processus que la première secrétaire a présenté comme le fruit d'un "consensus", mais que ses détracteurs qualifient de "cooptation."

L'opposition de droite a ainsi dénoncé l'opacité de la décision, la personnalité même du député européen et l'absence de parité, Harlem Désir étant secondé par le député Guillaume Bachelay, proche de la première secrétaire sortante.

Le Premier ministre, artisan de cette nomination avec Martine Aubry, a justifié le choix du fondateur de SOS Racisme, devenu apparatchik du PS, par le souci d'avoir un parti soudé derrière l'exécutif pour faire face à la crise.

"Nous avons choisi de rassembler très largement parce que nous souhaitons tous la réussite du gouvernement", a dit Jean-Marc Ayrault à son arrivée au Conseil national organisé à Paris dans la foulée des négociations sur la succession.

Harlem Désir, 52 ans, qui sera tête de liste de la motion ultra-majoritaire de la direction est quasiment assuré d'être choisi lors du vote des militants les 11 et 18 octobre.

Depuis l'élection de François Hollande, les dirigeants socialistes ont affiché une volonté de rassemblement destinée à rompre avec les guerres entre "éléphants" du parti.

Mais le report de mardi à mercredi de l'annonce de "la fumée blanche" pour le choix du successeur a illustré la difficulté de trouver un accord entre la première secrétaire, le Premier ministre et les proches du chef de l'Etat.

Tous peuvent toutefois se réjouir d'avoir obtenu un accord avec les amis du ministre délégué à l'Economie sociale, Benoît Hamon, représentant de l'aile gauche du PS, qui se joignent donc à la motion Aubry-Ayrault.

FAIRE OUBLIER LE CONGRÈS DE REIMS

Trois autres motions minoritaires ont été déposées, l'une née de la fusion de trois textes autour de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, une autre présentée par le député Gaëtan Gorce, et la dernière par Stéphane Hessel, l'intellectuel et ancien résistant auteur du livre à succès "Indignez-vous !".

Harlem Désir, qui n'avait pas au départ les faveurs de Martine Aubry, a bénéficié du soutien appuyé de proches de François Hollande, qui semble avoir mis son poids dans la balance pour barrer la route à Jean-Christophe Cambadélis.

Pour donner une image d'unité, Martine Aubry est arrivée au Conseil national du PS en compagnie de Jean-Marc Ayrault, d'Harlem Désir et de Guillaume Bachelay, le futur numéro 2, donnant ainsi l'idée d'un tandem pour la future direction.

"J'ai lu que nous avions décidé à quatre ou cinq, mais tout le monde a pu donner son avis", a assuré Martine Aubry.

Harlem Désir s'est présenté sans surprise comme le "candidat du rassemblement et de la poursuite de la rénovation" du parti engagée par la première secrétaire.

Les propos des dirigeants ont été légèrement troublés par les cris d'un militant contre "la gauche qui trahit" et citant le dossier PSA, l'expulsion des Roms et l'abandon supposé du droit de vote des immigrés aux élections locales.

En réponse aux critiques, le porte-parole du PS, David Assouline, a souligné que les militants avaient eux-mêmes choisi ce processus pour en finir avec le triste spectacle qu'avait donné le congrès de Reims en 1998.

"On a considéré qu'il y avait trop de bagarres des écuries présidentielles", a-t-il dit à Reuters.

Martine Aubry, qui avait fait durer depuis juin dernier le suspense sur son intention de briguer ou non un nouveau mandat, part, selon ses proches, avec le sentiment du "devoir accompli".

Elle se concentrera sur sa mairie de Lille, après avoir vu Matignon lui échapper après l'élection de François Hollande.

DÉMÊLÉS AVEC LA JUSTICE

Harlem Désir s'était expliqué mardi sur ses démêlés avec la justice, une condamnation à 18 mois de prison avec sursis en décembre 1998 pour avoir bénéficié d'un emploi fictif.

"C'était une erreur. Mais jamais ma probité n'a été mise en cause. Il n'y a pas eu d'enrichissement personnel", a-t-il dit, tout en concédant que cela l'avait amené à s'interroger sur sa candidature.

Cela n'a pas empêché l'opposition de se servir de ce dossier. "18 mois de prison avec sursis et 30.000 francs d'amende pour 'recel d'abus de confiance', c'est le CV du nouveau patron du PS, le parti de la morale", a twitté l'UMP Lionnel Luca.

Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP, a adressé des "voeux républicains de succès" à Harlem Désir tout en dénonçant un mode de désignation fait "dans des conditions de très grandes intimité".

"Désormais, la démocratie à gauche s'organise dans le bureau du président de la République française", a-t-il dit ironisé lors de son point de presse hebdomadaire.

Pour le Front national, "les deux candidats potentiels étaient tous des ex-repris de justice et ex-membres fondateurs de SOS Racisme".

Edité par Yves Clarisse


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