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François Hollande veut réorienter l'Europe après le vote sanction

Reuters26/05/2014 à 23:32

FRANÇOIS HOLLANDE PROMET DE RÉORIENTER L'EUROPE VERS L'EMPLOI ET LA CROISSANCE

PARIS (Reuters) - François Hollande a déclaré lundi soir "regarder en face" le vote de "défiance" des élections européennes de dimanche, promettant de réorienter vers l'emploi et la croissance une Europe "qui inquiète plus qu'elle ne protège".

Dans une déclaration télévisée de cinq minutes diffusée à 20h00, le chef de l'Etat a qualifié le résultat du scrutin français de "vote de défiance à l'égard des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l'opposition". Selon les résultats définitifs, le Front national a obtenu 24,85% des suffrages contre 20,80% à l'UMP et 13,98% au PS, un score historiquement bas.

Ce verdict des urnes "traduit une peur du déclin de la France, de la mondialisation et ce sentiment exprimé tant de fois, d'abandon face à la dureté de la vie", a dit le président.

François Hollande sera mardi à Bruxelles pour analyser les résultats avec les 27 autres dirigeants de l'Union.

"Je suis Européen, mon devoir c'est de réformer la France et de réorienter l'Europe", a-t-il souligné.

"Aussi, demain, pas plus tard que demain, au Conseil européen, je réaffirmerai que la priorité c'est la croissance, c'est l'emploi, c'est l'investissement", a-t-il ajouté, décrivant une Europe devenue "illisible", "lointaine et pour tout dire incompréhensible, même pour les Etats".

Aux yeux du président, "cela ne peut plus durer. L'Europe, elle doit être simple, claire, pour être efficace là où elle est attendue, et se retirer là où elle n'est pas nécessaire".

"NE PAS DÉVIER EN FONCTION DES CIRCONSTANCES"

Au plan national, le chef de l'Etat, qui n'a fait aucun mea culpa sur sa politique, a maintenu le cap, jugeant qu'une "ligne ne peut pas dévier en fonction des circonstances".

"Il faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi la rapidité dans la mise en ?uvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre", a-t-il souligné.

François Hollande a annoncé pour la semaine prochaine la présentation de "la réforme de notre organisation territoriale, de grandes régions, avec une évolution de nos collectivités".

L'allocution présidentielle s'est déroulée au terme d'une journée agitée qui a vu le chef de l'Etat consulter son Premier ministre, Manuel Valls, et une partie du gouvernement pour tirer les leçons du pire résultat électoral de l'histoire du PS.

Après avoir entièrement remanié le dispositif exécutif dans la foulée du désaveu aux élections municipales, avec la nomination de Manuel Valls, d'un nouveau secrétaire général de l'Elysée et la réorganisation du PS, François Hollande ne peut plus user de ces ressorts pour tenter d'apaiser l'opinion.

Le Premier ministre, invité de RTL avant de se rendre à l'Elysée, a assuré que l'heure n'était pas au changement d'équipe, encore moins à la dissolution réclamée par le Front national mais aussi par une partie de la droite ou du centre. "Le quinquennat doit aller à son terme", a-t-il affirmé. "Nous n'allons pas ajouter à la crise d'identité, à la crise morale que la France traverse, nous n'allons pas rajouter le désordre par des élections, un pays qui serait ingouvernable."

BAISSES D'IMPÔTS, "PAS UNE ANNONCE"

Le Premier ministre a en revanche promis de poursuivre les baisses d'impôts afin de diminuer une fiscalité devenue "insupportable" pour les Français, rappelant qu'un milliard d'euros est déjà prévu pour faire sortir de l'impôt sur le revenu 1,8 million de ménages modestes.

Selon ses proches, Manuel Valls n'a fait que confirmer sa détermination à réduire la pression fiscale plutôt qu'annoncer une nouvelle salve de baisses d'impôts. Il a réaffirmé ses priorités - baisse du déficit et soutien aux entreprises pour relancer l'emploi - mais a concédé que le lien avec les Français était rompu en l'absence, pour l'heure, de résultats tangibles, notamment sur le chômage. "Il y a un très grand scepticisme vis-à-vis de ceux qui gouvernent ou ont gouverné, je le sais bien, mais il ne s'agit pas de baisser la garde", a-t-il dit. "Je crois que nous devons continuer, expliquer et surtout qu'il y ait des résultats concrets. Tant que le chômage ne baisse pas, tant que le pouvoir d'achat n'augmente pas, tant que les impôts ne baissent pas, les Français ne nous croiront pas."

François Hollande tiendra une conférence de presse mardi à Bruxelles l'issue d'une réunion des Vingt-Huit pour analyser les résultats des élections et évoquer le remplacement de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne.

Selon les projections, le Parti populaire européen (PPE) a remporté 213 sièges au Parlement de Strasbourg, ce qui fait de l'ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker le favori, devant le social-démocrate allemand Martin Schulz, dont le PSE n'a remporté que 190 sièges.

Après un cinglant désaveu national, François Hollande doit faire face à la défaite des sociaux-démocrates en Europe qui érode sa position face aux tenants d'une politique économique plus orthodoxe, comme la chancelière allemande Angela Merkel.

(Elizabeth Pineau, Julien Ponthus, Grégory Blachier, édité par Yves Clarisse)

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