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François Hollande rassure la Turquie sur son avenir européen

Reuters27/01/2014 à 20:26

FRANÇOIS HOLLANDE RASSURE LA TURQUIE SUR SON AVENIR EUROPÉEN

par Elizabeth Pineau

ANKARA (Reuters) - François Hollande s'est efforcé lundi de refermer la blessure ouverte dans la relation entre Paris et Ankara par le refus de Nicolas Sarkozy de considérer la Turquie comme un pays susceptible d'adhérer à l'Union européenne.

Dès le début de sa visite d'Etat en Turquie, la première depuis 22 ans pour un président français, il a demandé la poursuite du processus chapitre par chapitre, rappelant toutefois que "négociation ne veut pas dire adhésion".

Ce "processus doit se poursuivre" mais "aucune date n'est prévue", a-t-il souligné à l'adresse d'une opinion française hostile à la perspective d'une entrée de la Turquie dans l'UE.

Un thème délicat à quatre mois des élections européennes, pour lesquelles les sondages prédisent une poussée de l'extrême droite en France et dans d'autres pays.

"Nous ne sommes pas pressés", a souligné pour sa part le président turc Abdullah Gül, pour qui la crise politique que traverse actuellement son pays ne saurait influer sur le processus européen "essentiellement technique".

Pour l'heure, 14 chapitres sur 35 sont ouverts en vue d'une éventuelle adhésion, qui devra faire l'objet le cas échéant d'un référendum en Turquie, mais aussi en France et en Autriche.

Selon l'article 88-5 introduit en 2005 dans la Constitution française, parallèlement à l'ouverture des négociations avec la Turquie, toute nouvelle adhésion doit en effet être soumise à une consultation populaire à l'issue plus qu'incertaine.

Selon une enquête publiée la semaine dernière dans Valeurs actuelles, 83% des Français sondés sont opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union.

François Hollande a rappelé le préalable référendaire lors d'une conférence de presse avec son homologue turc, insistant sur "l'hypothèse" constituée par la perspective d'adhésion.

"Inutile d'agiter quelque peur que ce soit. Le peuple français, de toute manière, aura le dernier mot", a-t-il dit.

Une posture rassurante qui tranche avec celle de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, dont le quinquennat a été marqué par un regain de tension entre Paris et Ankara.

ÉTAT DE DROIT ET LIBERTÉS FONDAMENTALES

L'ancien président, qui considérait que la Turquie ne faisait géographiquement pas partie de l'Europe, plaidait pour "un partenariat privilégié" entre Ankara et l'UE.

La visite de quelques heures de l'ex-président français sur le sol turc en 2011 avait été glaciale.

Paradoxalement, 12 chapitres ont été ouverts durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, contre un seul depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, même s'il s'agissait des volets les moins importants et que les "gros morceaux" - agriculture, fonds structurels ou budget - n'ont pas encore été abordés.

François Hollande a appelé lundi de ses voeux l'ouverture des chapitre relatifs à la séparation des pouvoirs, aux libertés fondamentales, à l'état de droit et à l'indépendance de la justice, les plus délicats pour Ankara.

La Turquie aura alors l'occasion "de faire son évolution et de montrer de quoi elle est capable", a-t-il ajouté, en référence à la crise de régime actuelle, dont il s'est entretenu avec le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2003 est sous le feu des critiques, notamment bruxelloises, pour avoir fait licencier des policiers, des procureurs et des responsables des médias qu'il soupçonne d'être impliqués dans un complot destiné à le faire chuter par le biais d'une enquête pour corruption.

Abdullah Gül a minimisé les conséquences de cette crise sur le "processus technique" d'adhésion à l'UE, qui ne saurait selon lui "se cacher derrière d'autres sujets".

"Il n'y a aucune hésitation à avoir sur la stabilité politique en Turquie. Il y a un gouvernement fort", a-t-il affirmé. "Il y a toute une série de débats, c'est une société ouverte qui négocie avec l'UE".

L'entreprise de séduction de François Hollande en Turquie passe par les affaires.

Le président, qui a emmené une quarantaine de patrons dans sa délégation, a fixé avec son homologue l'objectif de faire passer les échanges franco-turcs de 12,5 milliards d'euros aujourd'hui à 20 milliards.

Edité par Yves Clarisse

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