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François Hollande et Jean-Marc Ayrault à l'épreuve de Florange

Reuters06/12/2012 à 20:58

LE COUPLE EXÉCUTIF À L'ÉPREUVE DE FLORANGE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault, cible de critiques sur sa gestion du dossier de l'aciérie de Florange, se retrouve fragilisé à la tête d'une équipe divisée et expose François Hollande au risque de subir le "syndrome Gandrange" qui avait affaibli Nicolas Sarkozy.

Le Premier ministre s'est vu contraint jeudi de défendre la validité de l'accord conclu le 30 novembre avec ArcelorMittal sur l'avenir du site mosellan après que la Commission européenne eut annoncé le retrait du groupe sidérurgique du premier appel d'offres pour le projet d'acier "vert" Ulcos.

La nouvelle a eu l'effet d'une bombe pour les syndicats, même si le gouvernement et ArcelorMittal se sont empressés d'assurer qu'ils participeraient à un nouvel appel d'offres européen en 2013 pour le captage du CO2.

Les syndicats, reçus mercredi à Matignon, et les élus de Lorraine, qui ont vu à leur tour le Premier ministre jeudi matin, dénoncent au mieux un "enfumage", au pire une "trahison".

Edouard Martin, représentant CFDT de Florange et figure emblématique de la lutte, a déclaré la guerre à l'exécutif à l'ombre des hauts-fourneaux du site, à l'arrêt depuis 2011.

"NOUS ALLONS ÊTRE VOTRE MALHEUR"

"Nous avons maintenant deux ennemis : le gouvernement et Mittal", a-t-il déclaré les larmes aux yeux. "Nous allons être votre malheur", a-t-il lancé à l'adresse du chef de l'Etat.

Le député socialiste de la Moselle Michel Liebgott a fait écho à la défiance des syndicats, à l'issue de la rencontre avec Jean-Marc Ayrault, qui insiste sur la préservation de l'emploi grâce à l'accord conclu avec le géant mondial de l'acier.

"La matinée a été terrible pour nous : on a eu l'impression d'être pris pour des imbéciles par ArcelorMittal. On a eu l'impression (...) d'être entubés pour ne pas être plus vulgaire", a-t-il dit à des journalistes.

Son collègue de Meurthe-et-Moselle, le socialiste Christian Eckert, a souhaité que l'Etat garantisse sans faillir les engagements de Mittal, qui inspire la plus grande méfiance à la classe politique française.

Pour défendre une négociation qu'il "assume", Jean-Marc Ayrault a évoqué jeudi en contrepoint le précédent de Gandrange, échec emblématique de la présidence de Nicolas Sarkozy.

Le 4 février 2008, l'ex-président avait promis que l'Etat sauverait l'usine mosellane de Gandrange, "avec ou sans Mittal". Le site fermera le 21 mars 2009.

"Je n'ai pas le droit de faire croire qu'en appuyant sur un bouton, les recettes magiques se développent", a déclaré Jean-Marc Ayrault au Sénat.

"Le gouvernement a considéré en conscience que c'était la meilleure solution", a-t-il ajouté, rappelant que l'accord serait supervisé par un comité de suivi. Deux experts seront notamment chargés de suivre le projet Ulcos et de veiller au respect des engagements financiers d'ArcelorMittal.

"LE COUP DE 2008"

Sourds à la déclaration de "franchise", de "respect" et de "courage" de Jean-Marc Ayrault, les syndicats entendent "jouer" Arnaud Montebourg contre son Premier ministre, qui a désavoué l'option de la nationalisation transitoire brandie par le ministre du Redressement productif comme outil de pression.

La gauche de la gauche, mais aussi le Front national, ont également invoqué l'imbroglio actuel pour demander à nouveau une nationalisation du site. Arnaud Montebourg, qui avait mis sa démission dans la balance, y trouve une forme de revanche.

"En faisant confiance à Mittal, le Premier ministre a-t-il menti? A-t-il agi de propos délibéré? A-t-il été trompé? Dans tous les cas on voit qu'il n'est pas de taille", déclare dans un communiqué Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche.

La sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, représentante de l'aile gauche du PS, a souhaité qu'avec le "report aux calendes grecques du projet Ulcos", l'Etat "reprenne l'affaire en main, engage la nationalisation temporaire".

Quant à Marine Le Pen, elle estime que "seule une nationalisation temporaire" permettra de sauver le site.

Propulsant son Premier ministre en première ligne au nom de la répartition des pouvoirs, maniant l'ambiguïté avec Arnaud Montebourg, un étai politique indispensable, laissant sans réplique la ministre Aurélie Filippetti, élue de Moselle, mettre en doute la parole de Mittal, François Hollande a créé un précipité possiblement détonant qui le menace au premier chef.

"Nous n'avons jamais oublié Gandrange. Si François Hollande nous refait le coup de 2008, nous n'oublierons jamais Florange", a prévenu mercredi Edouard Martin.

Lors de la campagne présidentielle, en février dernier, François Hollande avait improvisé une visite à Florange pour assurer de sa détermination à éviter le démantèlement.

"Je ne veux pas me retrouver dans la situation d'être élu un jour sur une promesse et ensuite de ne pas revenir parce qu'elle n'aurait pas été tenue", avait-il alors déclaré.

Avec service France, édité par Yves Clarisse

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