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François Hollande espère une éclaircie dans la crise d'ici un an

Reuters03/09/2012 à 19:21

FRANÇOIS HOLLANDE DANS UN COLLÈGE DE TRAPPES

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Face à une "crise d'une gravité exceptionnelle", selon la formule de François Hollande, un exécutif socialiste déjà sévèrement jugé met l'emploi et la maîtrise des comptes publics en tête des priorités en pariant sur une embellie d'ici un an.

A rebours des précédents gouvernements de gauche, président et Premier ministre se savent condamnés à commencer par le plus dur, des réformes difficiles dont ils peuvent espérer recueillir les fruits en deuxième partie de quinquennat, surtout si la situation de la zone euro s'améliore.

Pour l'heure, les 100 premiers jours du quinquennat et une communication estivale jugée maladroite ont donné l'impression d'une pause malvenue dans l'action gouvernementale.

Mais depuis la rentrée, François Hollande martèle que l'heure est à l'accélération, à la pédagogie, au réalisme.

"Il faudra du temps (...) et en même temps, il n'y a pas un jour à perdre", déclarait vendredi à Châlons-en-Champagne un chef de l'Etat étrillé par une droite l'accusant de "naviguer à vue", des sondages où les mécontents deviennent majoritaires et des syndicats divisés entre réalistes et radicaux.

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a toutefois lancé un pavé dans la mare dans le Journal du dimanche en estimant que le calendrier du gouvernement pour les négociations entre partenaires sociaux, dont l'échéance est fixée au premier trimestre 2013, était beaucoup trop lent.

Il prône des réformes à l'allemande, mélange de chômage partiel et de plans négociés de sauvegarde de l'emploi, le tout accompagné d'une hausse de la CSG et d'une reconnaissance du handicap que constitue le coût du travail en France, des dossiers sur lesquels le gouvernement semble hésiter.

"Il est grand temps d'agir, le gouvernement doit accélérer les réformes", a dit François Chérèque, alors que dans le même temps la CGT appelle à une journée de mobilisation pour l'emploi le 9 octobre, témoin de la difficulté du dialogue social.

L'EMPLOI RESTE LE FIL ROUGE

En attendant d'être dimanche l'invité du journal de 20 heures de TF1, François Hollande se montre sur tous les fronts, qu'il s'agisse de la rentrée scolaire, avec un déplacement ce lundi à Trappes (Yvelines), ou de l'Europe. Il sera à Rome mardi, à Londres jeudi et s'entretiendra mercredi à Paris avec le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Le projet de loi sur le logement est au menu du conseil des ministres cette semaine.

Après les emplois d'avenir, examinés au début la session parlementaire avancée au 10 septembre, la négociation sur les contrats de génération devrait débuter la semaine prochaine, en vue d'une mise en oeuvre début 2013.

L'emploi reste le fil rouge, alors que la France vient de dépasser la barre symbolique des trois millions de chômeurs sur fond de plans sociaux à répétition.

"C'est une rentrée d'inquiétude, d'attente. Il faut traiter d'abord la question de l'emploi, car c'est cela qui prend les gens à la gorge", souligne-t-on dans l'entourage présidentiel.

De l'avis de Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA, "accélérer sur ce thème était devenu une nécessité".

"La promesse de volontarisme du début de l'été n'a pas été suivie d'effets. En politisant la question de l'emploi, l'exécutif prenait le risque de la déception", a-t-il dit à Reuters.

"L'impression de précipitation que cela peut donner est secondaire. Si le gouvernement avait agi sur d'autres sujets, de société par exemple, ça lui aurait été reproché", ajoute-t-il.

La préparation du budget 2013 dans un contexte de maîtrise des comptes publics sera l'autre défi de cette rentrée.

UN SCÉNARIO POSITIF ?

Sur la trentaine de milliards restant à trouver, une dizaine devrait être constituée par des baisses de dépenses.

La réforme fiscale, que le gouvernement veut la plus juste et équilibrée possible, doit inclure l'imposition à 75% des Français gagnant plus d'un million d'euros par an, selon des modalités qui restent à trouver.

"Ça m'étonnerait que le président flanche sur une mesure aussi identifiante", souligne une source gouvernementale.

Le gouvernement devrait réviser à la baisse dans les dix jours l'hypothèse de croissance pour 2013, de 1,2% jusqu'ici.

Un casse-tête pour l'exécutif, qui doit annoncer un chiffre ni trop haut pour rester crédible, ni trop bas pour rester volontariste sur la croissance.

"Sur le rétablissement des comptes publics, on pourrait dire que c'est la faute des autres dans la mesure où ils s'y sont attelés qu'en 2011 seulement, mais ce n'est plus audible par l'opinion", reconnaît un conseiller François Hollande.

Pour parvenir à l'objectif tout en permettant une baisse des charges sociales, l'un des seuls outils disponibles est une hausse de la CSG, malgré la prudence officielle.

Cela permettrait une réduction du coût du travail mais le véritable défi sera de mettre les partenaires sociaux d'accord sur une réforme du marché du travail et, en cas d'échec, la balle sera dans le camp du gouvernement.

Si ce dernier a beaucoup dénoncé le bilan du précédent quinquennat, la comparaison avec l'"hyperprésidence" de Nicolas Sarkozy donne, par contraste, une impression de lenteur.

"Avec Nicolas Sarkozy, c'était rapide : tout était décidé avant même de faire semblant de négocier", ironise un ministre. "Au-delà du déni de démocratie, la méthode était surtout inefficace".

A l'Elysée, on juge "important d'annoncer des décisions quand elles sont mûres" et l'on se dit prêt à "deux ans difficiles", avant une embellie "à l'automne 2013" et une fin de quinquennat plus lumineuse.

L'idée est de casser "la mécanique infernale de la gauche" qui a vu les gouvernements de Pierre Mauroy, Michel Rocard ou Lionel Jospin contraints de faire machine arrière devant les difficultés économiques.

Un ministre tente un scénario positif pour les mois à venir : "Imaginons : le traité européen est voté en France, le tribunal de Karlsruhe (qui doit se prononcer le 12 septembre en Allemagne sur la légalité des mécanismes européens de sauvetage-NDLR) lève l'hypothèque, l'Allemagne vote à son tour. Là, les investisseurs sont rassurés sur l'euro et plein de chefs d'entreprises débloquent investissements et embauches. Et on a un rebond de croissance assez puissant".

Le gouvernement prend, en attendant, le risque de l'impopularité.

Si l'on en croit le livre de Laurent Binet "Rien ne se passe comme prévu" relatant la campagne électorale, François Hollande s'y préparait dès le soir de sa victoire, le 6 mai.

"Est-ce que ça va durer ? Est-ce qu'ils seront toujours là dans trois mois ? Et qu'est-ce qu'ils penseront de moi alors ?", s'interrogeait le président. "On sait que c'est très fragile."

Edité par Yves Clarisse

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