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François Fillon à l'épreuve de la vie hors de Matignon

Reuters10/05/2012 à 19:44

François Fillon à l'épreuve de la vie hors de Matignon

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - François Fillon, seul Premier ministre du quinquennat de Nicolas Sarkozy, aura su "durer et endurer" à Matignon, selon la célèbre formule d'un de ses prédécesseurs, Raymond Barre, mais une mission plus délicate encore l'attend dehors.

Celui qui fut un temps relégué par Nicolas Sarkozy au rang de simple "collaborateur" avant de s'affirmer comme un allié loyal a présenté jeudi la démission de son gouvernement et doit désormais affronter les réalités du monde extérieur.

Mercredi, pour la première et dernière fois en cinq ans, il s'est attardé dans la cour après un ultime conseil des ministres, comme pour refermer une longue parenthèse puisque seul Georges Pompidou, sous la Ve République, a fait mieux avec plus de six ans à la tête du gouvernement.

Candidat aux législatives à Paris avant, peut-être, de briguer la mairie de la capitale en 2014, l'hôte exclusif de la rue de Varenne depuis 2007 a déjà préparé sa sortie. Mais sa tâche la plus redoutable sera de s'imposer dans la nécessaire recomposition qui attend une droite tiraillée de toutes parts.

Leader naturel de la majorité de par sa fonction depuis son accession à Matignon en 2007, il ne pourra plus se contenter de jouer les rassembleurs en fronçant les sourcils.

L'UMP pourrait, selon les mots de Marine Le Pen, s'apparenter bientôt à un "champ de ruines" miné par une terrible guerre des chefs, au rang desquels l'ennemi intime de François Fillon, Jean-François Copé.

Ce dernier, secrétaire général d'une UMP écartelée par la "droitisation" orchestrée en fin de mandat par Nicolas Sarkozy et confrontée à la menace grandissante d'un Front national en quête de reconnaissance comme de respectabilité, a déjà mis fermement la barre sur l'élection présidentielle de 2017.

François Fillon voit-il aussi loin? Pas sûr. Agé aujourd'hui de 58 ans, il en aura 63 lors du prochain scrutin pour la fonction suprême et sera peut-être alors perçu par les électeurs comme une figure du passé.

L'homme ne manque cependant pas d'atouts.

Fort d'une légitimité parlementaire qui a pu le faire rêver un temps d'occuper le "perchoir" de l'Assemblée nationale, il incarne une droite compétente et raisonnable, éloignée de l'excitation et de l'improvisation que certains ont pu reprocher au président sortant.

DES ÉCUEILS ET DES ENNEMIS

Héritier du "gaullisme social", François Fillon, qui a jugé bon pendant le quinquennat de se revendiquer de Philippe Séguin et de préciser que Nicolas Sarkozy n'était nullement son "mentor" en politique, est perçu à droite comme plus consensuel que d'autres, en particulier que le remuant Jean-François Copé.

"François Fillon fait partie des quelques femmes et hommes d'Etat que nous avons le bonheur d'avoir au sein de notre majorité sortante", dit à Reuters Guy Geoffroy, député UMP de Seine-et-Marne. "C'est un personnage essentiel et éminent dans le vie politique de notre pays et au sein de notre majorité."

D'autres dans la majorité sortante sont moins dithyrambiques et ne voient aucune raison à ce que François Fillon devienne le seul maître à bord d'un navire UMP en pleine tourmente.

"C'est évidemment un acteur de la majorité qui aura son rôle à jouer", formule ainsi de manière diplomatique Yves Censi, député UMP de l'Aveyron et proche de Jean-François Copé. "Il y a un certain nombre de sensibilités qui doivent être rassemblées et lui fait partie de ces sensibilités".

Des ennemis, François Fillon sait qu'il en a. Si une paix armée se dessine avec Jean-François Copé, au moins jusqu'aux législatives, des écueils se présenteront vite, comme le cas de Rachida Dati, qui a brandi la menace d'une candidature dissidente dans la même circonscription que lui à Paris.

Les adversaires de l'ancien pensionnaire de Matignon, l'ancienne ministre de la Justice en tête, lui reprochent d'être un habile manoeuvrier guettant le moindre faux pas de ses adversaires pour en tirer profit.

Il n'en a pas moins su faire preuve de caractère à Matignon, comme lorsqu'il a évoqué au début du quinquennat un Etat "en situation de faillite", ou encore quand il a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy après le discours de Grenoble en juillet 2010, dans lequel le président sortant avait lié immigration et délinquance.

DÉRAPAGES CONTRÔLÉS

François Fillon ne manque pas de constance non plus, notamment pour réaffirmer sans cesse la nécessité de réduire les déficits ou pour se poser en défenseur des valeurs de la République et en pourfendeur des extrêmes.

Depuis sa reconduction à Matignon en novembre 2010, après que de nombreux observateurs eurent prédit qu'il céderait sa place au centriste Jean-Louis Borloo, il a cependant changé de registre.

Celui qui avait jusqu'alors toujours marqué, par petites touches prudentes, la distance qui le séparait de Nicolas Sarkozy s'est mué en exégète du discours de celui qui l'a pourtant repoussé longtemps dans l'ombre sans ménagement.

Rangé en campagne derrière le chef de l'Etat, François Fillon est même allé jusqu'à se départir de sa proverbiale mesure, créant une polémique en critiquant la candidate écologiste Eva Joly pour ses lacunes en matière de "culture française". Puis une autre en exprimant l'inadéquation, à ses yeux, des traditions d'abattage rituel avec le monde moderne.

Parler de dérapages serait néanmoins excessif à propos de ce passionné de course automobile qui sait en outre parfaitement les contrôler. L'avenir proche dira s'il peut, loin des circuits balisés qu'il lui faut maintenant quitter, rouler vers un nouveau destin.

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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