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France-Trump, repoussoir ou stimulant dans la primaire à droite

Reuters09/11/2016 à 18:32
    * Juppé y voit la nécessité du rassemblement 
    * Sarkozy rejette la comparaison mais fustige la "pensée 
unique" 
    * Les sarkozystes saluent un démenti cinglant aux sondages 
    * Bruno Le Maire se pose en Trump français 
 
 (Actualisé avec déclaration Fillon) 
    par Sophie Louet et Simon Carraud 
    PARIS, 9 novembre (Reuters) - Les candidats à l'investiture 
présidentielle à droite en France ont voulu tirer mercredi les 
enseignements de la victoire de Donald Trump à l'échelle de la 
primaire : Alain Juppé, favori, s'estime conforté dans sa 
stratégie de rassemblement contre le "populisme" prêté à son 
rival Nicolas Sarkozy, qui y voit la justification de sa 
croisade contre "la pensée unique". 
    L'ancien président français a été accusé par ses détracteurs 
de mener une campagne droitière à la Trump pour mobiliser le 
noyau dur de l'électorat des Républicains et rallier des 
électeurs exaspérés par "le système".   
    En septembre, le candidat "clivant" avait dit sur Europe 1 
souhaiter la victoire d'Hillary Clinton, rejetant la comparaison 
avec le candidat républicain. "Peut-être que si Donald Trump 
devait gagner, je serais moins comparé à lui", avait-il dit. 
    S'il s'en défend, ses soutiens, comme Brice Hortefeux ou 
Laurent Wauquiez, concèdent que le président-élu américain a pu 
être une source d'inspiration. 
    "C'est quelqu'un qui a une forme de parole très directe, 
aborde un certain nombre de thèmes qui jusqu'ici étaient plutôt 
tabouisés", déclarait ainsi le président par intérim de LR en 
mars dernier sur France 2, validant par avance les thèmes de 
campagne de Nicolas Sarkozy empruntés au Front national : 
déclassement social, identité, immigration, souveraineté. 
    Mercredi, Nicolas Sarkozy a estimé lors d'une déclaration à 
la presse que le choix des Américains, comme celui du Brexit en 
Grande-Bretagne, devait être "respecté" et "entendu" : "Il 
exprime le refus d'une pensée unique qui interdit tout débat sur 
les dangers qui menacent notre nation".   
    Dans chacun de ses meetings, l'ancien président se pose en 
pourfendeur d'une "pensée unique" qui, a-t-il répété mercredi, 
"ne voit pas l'exigence des peuples quant à la maîtrise de 
l'immigration et au respect des frontières, cette pensée qui 
ignore la nécessité des mesures difficiles qu'il y a à prendre 
pour protéger les citoyens du terrorisme islamiste." 
     
    "MORALITÉ, IL FAUT VOTER" 
    Plus prosaïquement, les lieutenants de Nicolas Sarkozy 
puisent dans le résultat de l'élection américaine des raisons 
supplémentaires de croire à la qualification de l'ancien 
président malgré des sondages systématiquement défavorables. 
    "La victoire de (Donald Trump) rappelle qu'en démocratie un 
président est élu et pas choisi par les médias et les sondeurs", 
a écrit sur Twitter le député Eric Ciotti. Pour Luc Chatel, "les 
électeurs détestent qu'on leur dicte leur vote. Le peuple a 
toujours le dernier mot." 
    Alain Juppé, qui reconnaît régulièrement que "rien n'est 
joué", a mis en garde contre le "populisme" et la "démagogie" en 
visant implicitement Nicolas Sarkozy derrière "tous ceux qui 
sont à la remorque" des idées du FN. 
    "C'est pourquoi plus que jamais je veux rassembler toux ceux 
qui se font une certaine idée de la France et de la République 
(...) pour faire barrage au Front national. Ça me donne encore 
plus d'énergie pour la préparation du premier tour de la 
primaire", a-t-il déclaré à des journalistes.   
    "Moralité, il faut voter", a réagi sur Twitter le directeur 
de campagne du maire de Bordeaux, Gilles Boyer, à l'annonce des 
résultats américains. 
    Alain Juppé mise sur une mobilisation d'ampleur à la 
primaire, de l'ordre de trois millions de participants, pour 
emporter l'avantage face à la base sarkozyste. 
    "On a toujours été très prudents sur les sondages, on a 
toujours dit qu'il ne fallait pas s'emballer et que les choses 
n'étaient pas faites", a déclaré mercredi Virginie Calmels, 
l'une des porte-parole d'Alain Juppé, à Reuters. 
     
    "LE LIÈVRE ET LA TORTUE" 
    Quant à la question de savoir si Nicolas Sarkozy, qui se 
présente comme le candidat de "la majorité silencieuse", 
pourrait tirer bénéfice de l'électrochoc américain, elle dit ne 
pas y croire : "Il ne représente pas le vote anti-établissement, 
il a été président". 
    S'il y a un Trump français, c'est moi, a paru avancer Bruno 
Le Maire, qui entend incarner le "renouveau" à droite. 
    "L'élection de Donald Trump est la réaction d'un peuple 
américain inquiet, qui voit le déclassement arriver (...); moi 
ça fait depuis 2012 que je me déplace en France et que je vois 
cette peur du déclassement social", a-t-il dit sur Radio 
Classique. 
    "Face aux populismes, aux Etats-Unis ou en France, si on 
remet les mêmes, le populisme passera. En 2012, lorsque la 
droite se fait battre par un François Hollande, pas par un Obama 
ou un Mandela, c'est vraiment que le système politique 
s'écroule", a ajouté l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy. 
    L'ancien Premier ministre François Fillon, qui entend 
déjouer le duel annoncé entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, a 
estimé que la classe politique française devait méditer les 
leçons de la victoire de Donald Trump. "Ce peuple américain a 
déjoué tous les sondages, tous les diktats de l'Establishment, 
et nous devrions en tirer quelques conséquences pour 
nous-mêmes", a-t-il dit en marge d'un déplacement à Lille. 
    Jean-François Copé, à 1% d'intentions de vote dans de 
récents sondages, juge pour sa part son concept de "droite 
décomplexée" légitimé et interpelle les instituts de sondage : 
"Je crois qu'il va bien falloir qu'on s'interroge sur la place 
qu'il faut donner aux sondages dans notre démocratie", dit-il 
dans un message vidéo. 
    Jean-Frédéric Poisson, autre outsider de la primaire, 
considère que l'issue de l'élection américaine "ouvre des 
perspectives nouvelles pour beaucoup d'entre nous, en tout cas 
pour moi". "Comme je le dis souvent, si La Fontaine avait suivi 
les sondages, il aurait fait gagner le lièvre et pas la tortue", 
a-t-il dit sur LCP. 
 
 (avec Ingrid Melander à Bordeaux, édité par Marc Joanny) 
 

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