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France-Les tensions sur le burkini atteignent le gouvernement

Reuters25/08/2016 à 13:11
    * Désaccord entre Valls et Vallaud-Belkacem 
    * La ministre de l'Education pointe une "dérive" 
    * Valls appelle au "discernement" sur les arrêtés 
 
    PARIS, 25 août (Reuters) - La polémique sur le burkini a 
continué jeudi d'exacerber les tensions en France jusqu'au 
gouvernement, où Manuel Valls a désavoué Najat Vallaud-Belkacem, 
pour qui la multiplication des arrêtés d'interdiction constitue 
une "dérive" politique.   
    Cette polémique enfle depuis fin juillet et les premiers 
arrêtés pris dans plusieurs villes de France - dont Cannes, le 
Touquet et la Ciotat - contre le port de cette tenue de bain 
controversée utilisée par des musulmanes pratiquantes.  
    Saisi notamment par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), le 
Conseil d'Etat, plus haute juridiction administrative française, 
devait examiner dans l'après-midi la légalité de l'arrêté pris 
au nom de risques potentiels de troubles à l'ordre public par la 
mairie de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) .   
    La prolifération des arrêtés anti-burkini "n'est pas 
bienvenue", a estimé la ministre de l'Education nationale, Najat 
Vallaud-Belkacem, sur Europe 1. 
    "Je pense que ça pose un problème, ça pose la question de 
nos libertés individuelles: jusqu'où va-t-on pour vérifier 
qu'une  tenue est conforme aux bonnes mœurs ?" a-t-elle dit. 
"Cela par ailleurs libère la parole raciste, on l'a remarqué 
dans les verbalisations, dans les incidents".  
    "Je pense qu'il y a une dérive qui est dangereuse, une 
dérive politique, puisque ces arrêtés ont été pris par des 
responsables politiques", a-t-elle ajouté.      
    Un peu plus tard au micro de BFM TV et RMC, Manuel Valls 
prenait le contre-pied de sa ministre : "Je pense que ces 
arrêtés ne sont pas une dérive", a dit le Premier ministre.  
    Quant à la libération de la parole raciste évoquée par sa 
ministre, il a estimé que c'était "une mauvaise interprétation 
des choses", car "ces arrêtés ont été pris au nom-même de 
l'ordre public".  
     
    "DISCERNEMENT"  
    "Ils ont été pris à un moment donné, dans des plages du sud 
de la France, quelques jours après les attentats de Nice dans un 
contexte particulier", a fait valoir Manuel Valls.  
    Le député socialiste "frondeur" Yann Galut a critiqué cette 
mise au point sur Twitter. "Une fois de plus Valls divise les 
Français, la gauche et jusqu'à son propre gouvernement", a-t-il 
écrit. "On est nombreux à ne plus en pouvoir." 
    En déplacement à Strasbourg, le ministre de l'Economie, 
Emmanuel Macron, a lui-même cédé à la tentation du commentaire. 
    "Il faut dans le pays aujourd'hui tel qu'il est (...) avoir 
beaucoup d'exigence en termes d'ordre public (...) et une 
priorité, le maintien de la cohésion nationale", a-t-il dit. 
    "Dans leurs compétences, les maires sont légitimes. Mais je 
ne veux pas en faire un débat sur les religions, je ne veux pas 
en faire un débat sur la laïcité aujourd'hui", a-t-il ajouté. 
    "Notre pays aujourd'hui, s'il souffre de quelque chose, 
c'est des risques de désunion et des commentaires incessants sur 
tous les sujets", a conclu le jeune ministre, pourtant habitué 
des prises de position iconoclastes. 
    Les arrêtés anti-burkini nourrissent dans la communauté 
musulmane la crainte d'une stigmatisation. Ses représentants ont 
été reçus mercredi à leur demande par le ministre de l'Intérieur 
Bernard Cazeneuve, qui leur a assuré que les principes de l'État 
de droit seraient respectés.  
    Les arrêtés doivent être appliqués "avec discernement", a 
pour sa part dit Manuel Valls à BFM TV. "On ne peut pas accepter 
le prosélytisme mais on ne peut pas accepter l'humiliation non 
plus. Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation, une 
volonté de s'en prendre à l'islam est évidemment condamnable."  
     
    CONSTERNATION  
    La polémique s'est invitée dans la pré-campagne pour 
l'élection présidentielle de 2017.  
    L'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire 
de la droite et du centre, a ainsi dénoncé dans une interview au 
Figaro Magazine le port du burkini sur les plages, fustigeant un 
"acte politique" et une "provocation".  
    Cécile Duflot, candidate à la primaire d'Europe Ecologie-Les 
Verts, a lancé jeudi une mise en garde contre un risque "de 
guerre de tous contre chacun".    
    Sur France 2, le co-fondateur du Parti de Gauche Jean-Luc 
Mélenchon a appelé à ne pas stigmatiser la communauté musulmane. 
    "Nous sommes face à une offensive politique de l'islamisme, 
nous ne sommes pas dupes", a-t-il dit. Mais "ce qui ne va pas 
aujourd'hui, c'est qu'on a l'impression qu'on montre du doigt 
sans cesse l'islam." 
    Les arrêtés et la polémique qu'ils suscitent sont observés 
avec consternation à l'étranger. Ainsi, le maire de Londres de 
confession musulmane, Sadiq Khan, en visite à Paris, critique 
les premiers dans un entretien au quotidien Evening Standard. 
    "Personne ne devrait dicter aux femmes ce qu'elles doivent 
porter, un point c'est tout", déclare-t-il. "Je ne dis pas que 
nous sommes parfaits mais l'une des joies de Londres c'est que 
nous tolérons non seulement la différence mais nous l'intégrons 
et nous la célébrons."   
 
 (Marine Pennetier, avec Michel Rose, Simon Carraud et Gilbert 
Reilhac à Strasbourg, édité par Emmanuel Jarry) 
 

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