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France-Le meurtre du prêtre creuse le clivage gauche-droite

Reuters27/07/2016 à 15:16
    * Sarkozy estime que la gauche est "tétanisée" 
    * Hollande juge que déroger aux règles affaiblirait la 
cohésion 
    * Cazeneuve ouvert à la discussion si l'Etat de droit est 
respecté 
 
    PARIS, 27 juillet (Reuters) - Le meurtre d'un prêtre 
revendiqué par l'Etat islamique creuse le clivage gauche-droite, 
François Hollande plaidant pour le respect des règles 
constitutionnelles quand Nicolas Sarkozy et d'autres 
Républicains exigent une réplique bien plus musclée. 
    A neuf mois de l'élection présidentielle, l'ancien chef de 
l'Etat a attaqué une gauche "tétanisée" par les attentats, dont 
le discours "ne correspond plus à la réalité" et qui "refuse à 
vraiment faire bouger les lignes de droit".   
    Un refus assumé par François Hollande, qui a assuré que le 
gouvernement appliquerait "avec la plus extrême fermeté les lois 
que nous avons fait voter" depuis l'arrivée de la gauche au 
pouvoir en 2012 mais qu'il ne dérogerait pas à la Constitution. 
    "Restreindre nos libertés, déroger à nos règles 
constitutionnelles n'apporterait pas d'efficacité dans la lutte 
contre le terrorisme et affaiblirait à coup sûr la cohésion si 
précieuse de notre nation", a-t-il dit mardi.   
    Le président français qui, avec la déchéance de nationalité 
pour les auteurs de crimes terroristes, avait repris dans la 
foulée des attentats du 13 novembre une mesure prônée par 
l'opposition de droite, avait dû y renoncer le 30 mars face à 
l'opposition virulente d'une partie de la gauche, ce qui avait 
affaibli son autorité. 
    Face au terrorisme, Nicolas Sarkozy a dénoncé mardi "les 
arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action 
incomplète" alors qu'il faut selon lui être "impitoyable" pour 
mener la "guerre" aux djihadistes qui attaquent la France. 
     
    DES NOUVEAUX DELITS ? 
    Probable candidat à l'investiture présidentielle à droite, 
le président des Républicains a demandé au gouvernement 
d'appliquer "sans délai" les propositions de son parti, parmi 
lesquelles figure l'exigence que tout Français lié à "un groupe 
terroriste" soit "placé dans un centre fermé ou assigné à 
résidence avec un bracelet électronique". 
    Dans un entretien publié mercredi dans le journal Le Monde, 
il estime en outre que des dispositions européennes doivent être 
modifiées pour "que tout étranger condamné pour un crime ou un 
délit à une peine de plus de cinq ans d'emprisonnement soit 
expulsé systématiquement". 
    L'ancien Premier ministre François Fillon a demandé mardi 
dans un communiqué "combien d'assassinats ignobles" il faudrait 
"avant que la France et l'Europe se décident à comprendre que 
nous sommes en guerre et que la guerre ne se fait pas à moitié". 
    Le député Les Républicains Georges Fenech, président d'une 
commission parlementaire sur les moyens mis en oeuvre par l'Etat 
pour lutter contre le terrorisme depuis les attentats de janvier 
2015, a fait mercredi trois propositions. 
    Il s'agit de prévenir le passage à l'acte en créant un 
nouveau délit incriminant les actes préparatoires à l'adhésion à 
l'idéologie islamiste radicale et d'éviter la contamination en 
milieu carcéral en créant un centre pénitentiaire regroupant 
l'ensemble des prévenus et condamnés pour faits de terrorisme. 
    Enfin, Georges Fenech souhaite la création d'une agence 
nationale de lutte anti-terroriste disposant d'une base de 
données commune du renseignement et confiée à un Directeur 
national du renseignement rattaché au chef de l'Etat. 
     
    ANTICONSTITUTIONNEL 
    Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui avait 
déjà rejeté l'idée de créer une agence unique de lutte contre le 
terrorisme, s'est chargé mercredi de répondre à Nicolas Sarkozy 
en dénonçant une forme de "démagogie". 
    "Le respect de la Constitution, ce n'est pas une argutie 
juridique, c'est un devoir républicain", a-t-il dit. 
    La mise en rétention des personnes fichées "S", demandée de 
façon répétée par des élus Républicains, "c'est 
anticonstitutionnel, donc il faudrait pour cela faire une 
réforme de la Constitution qui ferait sortir la France de 
l'équilibre de l'Etat de droit", a-t-il ajouté sur Europe 1. 
    Une telle mesure serait en plus "totalement inefficace", 
a-t-il affirmé, car "si vous dites aux individus qui ne savent 
pas qu'ils sont surveillés qu'ils le sont, ils se dissimuleront, 
et nous aurons à la fois plus d'attentats". 
    "Ces idées qui parlent aux Français en apparence par la 
convocation de la démagogie, sont contraires à l'Etat de droit 
et sont, en matière de lutte antiterroriste, je le redoute, 
inefficaces", a poursuivi Bernard Cazeneuve.  
    Interrogé sur les attaques de la droite, le porte-parole du 
gouvernement, Stéphane Le Foll, a souligné lors du compte rendu 
du conseil des ministres qu'"on a pris beaucoup de propositions 
de l'opposition puisque la dernière loi sur la procédure pénale 
du 3 juin 2016 a été votée à l'unanimité". 
    "Donc on ne peut pas à chaque fois qu'il y a un problème, 
qu'il y a un attentat, se dire : 'c'est parce qu'il n'y aurait 
pas la réponse législative'", a-t-il ajouté. 
    Bernard Cazeneuve a cependant souligné mercredi, après un 
conseil de défense à l'Elysée, que le gouvernement était ouvert 
à des propositions pour améliorer la sécurité des Français face 
au terrorisme, y compris de la part de l'opposition. 
    "Mais nous ne pouvons pas sortir de l'Etat de droit pour 
protéger l'Etat de droit", a-t-il ajouté.   
 
 (Jean-Baptiste Vey, avec Chine Labbé, édité par Yves Clarisse) 
 

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