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France-Le gouvernement annonce la suspension de l'écotaxe

Reuters09/10/2014 à 19:49

* Deuxième suspension en un an du dispositif écotaxe * Royal propose un prélèvement sur les sociétés d'autoroutes * Les écologistes se disent scandalisés * Valls défend la décision de la ministre de l'Ecologie (Avec déclarations Valls et Royal) PARIS, 9 octobre (Reuters) - Le gouvernement français a annoncé jeudi, pour la deuxième fois en un an, la suspension "sine die" de l'écotaxe, réduite à un péage de transit poids lourds, en raison des difficultés liées à sa mise en oeuvre et de la grogne des routiers. La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a déclaré dans la foulée qu'elle envisageait de mettre à contribution les sociétés d'autoroutes pour remplacer la taxe suspendue. Le Premier ministre a défendu sa décision, qui a suscité colère chez les écologistes et incompréhension dans la majorité mais est saluée par les transporteurs routiers, qui ont levé immédiatement leur menace de mobilisation contre l'écotaxe. "C'est une décision sage car le dispositif était devenu incompréhensible", a dit Manuel Valls à des journalistes dans le train qui le ramenait d'un déplacement à Lille. "La ministre a eu raison de suspendre son application sine die. Il faut trouver une décision pérenne et simple et se donner le temps nécessaire", a-t-il ajouté. Ségolène Royal a déclaré lors d'une conférence de presse que sa "priorité" allait maintenant à un prélèvement sur les profits des autoroutes" qu'elle a jugés "choquants". Elle a souligné que l'application de la taxe de transit poids lourds était prévue pour décembre 2015, ce qui laissait le temps de trouver une solution de remplacement. SUSPENSION SINE DIE "Nous avons décidé, premièrement, de suspendre sine die le dispositif d'écotaxe, deuxièmement de créer un groupe de travail, troisièmement d'intensifier la recherche de solutions sur la situation économique et sociale globale du secteur", avait-elle dit après une réunion avec les routiers. Elle a fait valoir qu'une mise en oeuvre "aveugle" pourrait menacer l'emploi et souligné, lors de sa conférence de presse, que les entreprises n'étaient pas prêtes et que l'équipement des camions représentait un coût important. Ségolène Royal a dit préférer suspendre l'écotaxe "plutôt que de voir le pays bloqué", car "les mouvements, une fois qu'ils sont déclenchés, on ne sait pas comment ça s'arrête." Les transporteurs routiers français avaient annoncé qu'ils entameraient lundi prochain des actions contre l'écotaxe, dont l'expérimentation devait débuter en octobre. Ils ont immédiatement annoncé la suspension du mouvement après celle de l'écotaxe par le gouvernement. "Mme Royal a écouté ce que les transporteurs routiers avaient à lui dire de la crise économique qu'ils sont en train de traverser, de l'insupportabilité de l'écotaxe en raison de sa complexité", a dit sur France Info Gilles Mathelié-Guinlet, délégué général d'une de leurs organisations syndicales. Les transporteurs disent avoir aussi obtenu qu'une réflexion soit lancée pour une refonte du financement des infrastructures et sur un plan de compétitivité pour le secteur. Les syndicats d'agriculteurs FNSA et JA se sont également dit satisfaits, tout en espérant que la décision de Ségolène Royal mettait un "point final" à la saga de l'écotaxe. ÉCOLOGISTES SCANDALISÉS Les écologistes ont dénoncé un nouveau recul, qu'ils assimilent à une victoire "des lobbies routiers". "Je suis tout simplement scandalisée", a déclaré sur i>TELE la dirigeante d'Europe Ecologie-Les Verts, Emmanuelle Cosse. "A un an du sommet sur le climat qui aura lieu à Paris, voir que notre gouvernement n'est pas capable de commencer à avoir une fiscalité écolo et ne veut pas agir sur la pollution de l'air (...) montre que pour l'instant il y a encore beaucoup de chemin à faire pour évoluer", a-t-elle ajouté. L'exécutif socialiste suspend pour la deuxième fois la mise en oeuvre de l'écotaxe votée sous Nicolas Sarkozy. Fin 2013, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait reculé face à la fronde des "bonnets rouges" bretons et levé la mise en oeuvre du dispositif initial prévu pour le début de 2014. Après la publication d'un rapport parlementaire prônant pourtant le maintien du dispositif, Ségolène Royal avait annoncé le remplacement de l'écotaxe par une "taxe de transit poids lourds", dont le périmètre était réduit aux principales routes françaises, soit 4.300 kilomètres. Cette nouvelle mouture devait rapporter environ 500 millions d'euros annuels, contre plus de 800 millions dans la version initiale, pour rénover les infrastructures et financer des modes de transports plus "verts" en France. Pour compenser le manque à gagner, l'exécutif a décidé d'augmenter de deux centimes la taxe sur le gazole, dont les routiers sont exonérés, dans le projet de loi de Finances 2015. La société Ecomouv', chargée de la collecte de cette taxe à travers l'installation de portiques, a toujours dit qu'elle réclamerait des indemnités en cas d'annulation du contrat. "On va à nouveau regarder si on peut résilier le contrat Ecomouv (...), réduire cette évasion de 40% de la recette, (voir) quelle est notre marge de manœuvre", a dit la ministre. (Marion Douet, avec Yann Le Guernigou, édité par Emmanuel Jarry)

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