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France-L'Etat mis en cause dans les attentats du 13 novembre

Reuters12/07/2016 à 15:57
    * Remise du rapport parlementaire sur les attentats de 2015 
    * Cazeneuve s'efforce d'apaiser la polémique avec les 
victimes 
    * Plusieurs victimes vont porter plainte contre l'Etat 
 
    PARIS, 12 juillet (Reuters) - Des victimes des attentats du 
13 novembre 2015 ont annoncé mardi leur intention de porter 
plainte contre l'Etat au moment où la commission d'enquête 
parlementaire sur le terrorisme remettait son rapport au 
président de l'Assemblée nationale. 
    Me Samia Maktouf, qui défend 17 victimes, a estimé que ce 
rapport mettait en évidence la responsabilité de l'Etat et des 
services de renseignement français.  
    "On fera tout pour obtenir la condamnation de l'Etat 
français pour ne pas avoir empêché le passage à l'acte de 
terroristes dont certains étaient sous contrôle judiciaire", 
a-t-elle dit sur BFM TV. 
    Le rapport montre notamment que l'un des kamikazes du 
Bataclan avait pu se rendre en septembre en Syrie malgré son 
contrôle judiciaire, lié à sa mise en examen pour un projet de 
départ avorté au Yémen en 2012. 
    L'avocate des victimes du 13 novembre pourra s'appuyer sur 
la condamnation de l'Etat pour faute par le tribunal 
administratif de Nîmes (Gard) pour l'assassinat du caporal-chef 
Abel Chennouf, tué en mars 2012 à Montauban (Tarn-et-Garonne) 
par Mohamed Merah.   
    Le père d'Abel Chennouf -- tué avec un autre militaire le 15 
mars quatre jours après la mort d'un autre soldat à Toulouse -- 
avait déposé plainte contre l'Etat pour non-assistance à 
personne en danger. 
    Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, s'est vu 
reprocher la semaine dernière d'avoir rejeté d'emblée les 
principales propositions de la commission d'enquête 
parlementaire, qui évoque un échec global du renseignement.   
     
    "AUTOSATISFACTION INVRAISEMBLABLE" 
    Les parlementaires prônent une refonte du renseignement 
territorial, la création, en France, d'une agence nationale de 
lutte antiterroriste sur le modèle américain, et la création 
d'un directeur général du renseignement. 
    Bernard Cazeneuve s'est efforcé mardi en les recevant à son 
ministère de rassurer les associations de victimes qui avaient 
jugé "indécent" et "bien peu respectueux" à leur égard de 
balayer aussi rapidement le travail des parlementaires. 
    L'association "13 novembre: fraternité et vérité" avait dit 
attendre "autre chose de l'Etat que l'expression d'une 
autosatisfaction invraisemblable et intenable face au terrible 
bilan du terrorisme". 
    Mercredi matin, c'est la colère de la commission d'enquête 
que le ministre de l'Intérieur tentera d'apaiser après s'être 
moqué la semaine dernière de certaines de ses propositions.  
    Pour Bernard Cazeneuve, il n'y a pas eu de "failles" des 
services de renseignement, seulement "des dysfonctionnements" au 
niveau européen.  
    Ses propos ont suscité la colère de son président, le député 
(Les Républicains) Georges Fenech, qui a fustigé la "suffisance 
sans égale" du ministre, "démonstration d'une dénégation de 
toute responsabilité dans l'organisation de ses services de 
renseignement dont la faillite a conduit aux massacres" de 2015. 
    Dans un long communiqué, Bernard Cazeneuve s'était défendu 
d'avoir rejeté en bloc les travaux des parlementaires, 
soulignant qu'ils formulaient 40 propositions et que certaines 
allaient dans le sens de ce qu'il avait déjà engagé. 
    En revanche, il avait confirmé ses réserves sur 
l'opportunité de créer une agence nationale de lutte 
antiterroriste, sur le modèle américain, et d'instaurer un 
directeur général du renseignement. 
    Dans une lettre adressée à Georges Fenech et au rapporteur 
socialiste Sébastien Pietrasanta - dont Le Monde dit avoir pris 
connaissance - le ministre confirme son opposition à la 
réorganisation des services de renseignement préconisée par le 
rapport, craignant qu'elle n'entraîne leur "déstabilisation". 
    Selon le quotidien, Bernard Cazeneuve écarte la création 
d'une Direction générale du renseignement territorial dont il 
redoute qu'elle "ne relance une concurrence dommageable" avec la 
Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). 
    Le ministre réaffirme son attachement à "une structure 
fortement charpentée autour de deux services antiterroristes 
puissants": l'un consacré à l'intérieur, la DGSI, l'autre à 
l'extérieur, la DGSE. 
    Pour Le Monde, seules trois suggestions semblent avoir 
convaincu le ministre, notamment le renforcement du 
Coordonnateur du renseignement, un poste créé en 2008.  
 
 (Gérard Bon, édité par Sophie Louet) 
 

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