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France-L'arrêt du porte-avions relance le débat sur un second

Reuters10/02/2017 à 17:04
    * Le Charles-de-Gaulle à l'arrêt pour 18 mois 
    * Le Pen pour la construction d'un deuxième porte-avions 
    * Hamon ne l'exclut pas, Fillon appelle à la lucidité 
    * Le coût d'investissement estimé à 4 milliards d'euros 
 
    par Marine Pennetier 
    PARIS, 10 février (Reuters) - La mise à l'arrêt pour un an 
et demi du Charles-de-Gaulle relance en pleine campagne 
présidentielle le débat sur la construction d'un second 
porte-avions dans un contexte à la fois de forte menace 
djihadiste et de contraintes budgétaires.  
    Fleuron de la Marine française, engagé dans les conflits en 
Afghanistan, en Libye et plus récemment au large de la Syrie, le 
Charles-de-Gaulle va subir à Toulon (Var) des travaux 
d'entretien et de rénovation prévus de longue date.  
    Cet "arrêt technique majeur" du CDG, plus de quinze ans 
après sa mise en service en 2001, survient deux mois après son 
retour de la zone irako-syrienne où il a été déployé à trois 
reprises notamment pour appuyer, par des frappes aériennes, les 
forces locales au sol en lutte contre l'Etat islamique. 
    Le prochain président devra donc composer avec l'absence de 
cet outil de projection jusqu'à l'été 2018, de quoi raviver le 
débat sur la nécessité de construire un second porte-avions dont 
le coût est estimé à entre trois et quatre milliards d'euros.  
    "Peut-être qu'il serait souhaitable d'avoir un deuxième 
porte-avions", soulignait en novembre le ministre français de la 
Défense Jean-Yves Le Drian. "Peut-être que la question se posera 
quand on élaborera la loi de programmation militaire qui 
commencera en 2020." 
    Loin d'être nouvelle, l'idée d'un second porte-avions a 
émergé dès le début des années 2000.  
    Face aux contraintes budgétaires, la France propose à la 
Grande-Bretagne de coopérer sur un projet qui prévoit la 
construction de trois porte-avions, dont un pour la Marine 
française. Un accord est signé en 2006 mais le programme est 
suspendu en 2008 avant d'être définitivement abandonné en 2013.  
    Dans un rapport publié en 2014, la Cour des comptes 
épinglera un projet dans lequel "des sommes importantes" ont été 
engagées "alors que l'impasse de la coopération était très 
largement prévisible". Depuis, le chantier est au point mort.  
     
    "PREMIER CHANTIER" DE MARINE LE PEN 
    A l'heure actuelle, seule la présidente du Front national 
Marine Le Pen a inscrit dans son programme la construction d'un 
second porte-avions, le "Richelieu".  
    "La commande d'un second porte-avions sera l'un des premiers 
grands chantiers que je lancerai", a-t-elle déclaré en décembre 
sur son blog.  
    Lors d'une conférence de presse consacrée aux questions de 
défense le 6 janvier, Benoît Hamon a estimé que la mise à 
l'arrêt du Charles-de-Gaulle posait la question. 
    "S'il n'y a pas deux porte-avions, il n'y a pas de 
permanence à la mer", a dit le candidat socialiste. 
    "La question qui nous sera posée c'est : est-ce qu'on fait 
deux porte-avions, l'un pour succéder au Charles-de-Gaulle et un 
autre à côté, ou est-ce qu'on en fait un seul mais avec le même 
problème qui se posera plus tard ?", a-t-il demandé.  
    "Mais il est incontestable que vu le prix d'un deuxième PA, 
cette question doit être appréciée au regard des efforts que 
nous pouvons consentir sur le plan budgétaire. Je ne l'écarte 
pas mais je ne la retiens pas non plus". 
    François Fillon, candidat de la droite et du centre, s'est 
lui montré plus catégorique.  
    "Le porte-avions, accompagné du groupe aéronaval, est un 
instrument de projection de forces et de puissance", soulignait 
l'ancien Premier ministre dans un entretien à Valeurs Actuelles 
en novembre dernier. 
    "Cependant, il faut être lucide : nous n'avons pas les 
moyens d'en construire un deuxième", ajoutait-il. "Il nous 
faudra en revanche lancer dès le début des années 2020 les 
études pour construire le successeur du Charles-de-Gaulle, qui 
devra le remplacer à partir des années 2035." 
     
    POIDS DIPLOMATIQUE 
    La France ne peut toutefois pas faire pendant 18 mois sans 
porte-avions comme si elle en avait un, a souligné le chef 
d'état-major de la Marine, l'amiral Christophe Prazuck, devant 
le Sénat, le 16 novembre dernier.  
    "Sommes-nous pour autant condamnés à l'impuissance pour ce 
qui concerne les moyens maritimes ? Non !", a-t-il déclaré 
citant notamment les "raids efficaces" menés depuis un BPC lors 
de l'opération Harmattan en Libye en 2011.  
    "Nous attendons des missiles de croisière navals qui 
équiperont nos FREMM, puis les Barracuda, qui auront l'allonge 
que nous avons aujourd'hui avec la chasse embarquée, mais 
évidemment en nombre plus réduit que les munitions que peuvent 
délivrer nos avions", a-t-il dit.  
    Au-delà de la dimension militaire de cet outil de 
projection, les défenseurs du porte-avions insistent sur son 
poids diplomatique et politique.  
    L'an dernier, le déploiement du porte-avions russe, l'amiral 
Kouznetsov, en Méditerranée d'où il a mené des frappes en Syrie, 
avait été perçu comme le grand retour de la Russie sur la scène 
internationale.  
    Plus récemment, le porte-avions chinois, le Liaoning, s'est 
dirigé pour la première fois vers le Pacifique pour des 
exercices en pleine mer, en dehors des eaux de la mer de Chine. 
    "Aujourd'hui, on voit bien que les choses changent : les 
Chinois veulent construire quatre porte-avions, les Indiens 
veulent en construire trois, les Anglais sont en train d'en 
construire deux", a souligné l'amiral Prazuck. "Il existe donc 
un intérêt largement partagé pour cet outil". 
 
 (avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse) 
 

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