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France-Grévistes en baisse et négociations décisives à la SNCF

Reuters06/06/2016 à 21:38
    * Objectif : débloquer la situation avant l'Euro 
    * CGT et Sud-Rail restent intransigeants 
    * La direction mène des discussions parallèles avec l'Etat 
 
 (Actualisé avec reconduction grève) 
    PARIS, 6 juin (Reuters) - Le trafic SNCF a encore été 
perturbé lundi par un mouvement de grève à l'appel de la CGT et 
Sud-Rail, au moment où direction et syndicats tentaient de 
finaliser un accord sur l'organisation du travail dans 
l'entreprise publique. 
    Les deux syndicats ont reconduit le mouvement de grève pour 
mardi, a annoncé la SNCF, qui prévoit cependant une 
"amélioration sensible" du trafic TGV mardi.  
    "On ne lâche rien, rien du tout", a déclaré pour sa part 
Sud-Rail dans un communiqué affirmant que "plus d'un cheminot 
sur deux assurant la production" est en grève. 
    Le taux de participation a nettement diminué lundi par 
rapport à la semaine dernière, avec 8,5% de grévistes, au lieu 
de 17% mercredi dernier ou 10,5% vendredi. 
    Le trafic s'est avéré conforme aux prévisions, a déclaré à 
Reuters une porte-parole de l'entreprise : six TGV sur 10 en 
moyenne, six TER sur 10, un Transilien sur deux, un Intercités 
sur trois. 
    Le trafic Alleo vers l'Allemagne et Eurostar (Angleterre) 
était normal, trois Thalys sur quatre circulaient vers le Nord 
de l'Europe, ainsi que trois Lyria sur quatre (Suisse), un 
Ellipsos sur trois (Espagne) et un SVI sur quatre (Italie). 
    Dans une interview à paraître dans la Voix du Nord, le chef 
de l'Etat, François Hollande, déclare pour sa part que "nul ne 
comprendrait que (cette) grève se poursuive au détriment des 
comptes de la compagnie publique, du bon déroulement de l'Euro 
(de football)" et des usagers. 
    La direction de la SNCF évalue à plus de 20 millions d'euros 
par jour le coût de ce mouvement. Son président, Guillaume Pepy, 
avançait dans le Journal du Dimanche le chiffre de "près de 300 
millions" depuis le début du mouvement. 
    La CGT et Sud-Rail ont fait des négociations à la SNCF un 
élément de leur épreuve de force avec le gouvernement contre le 
projet de réforme du Code du travail.  
     
    ACCORD DE BRANCHE 
    Le gouvernement est intervenu directement pour diviser le 
front syndical à la SNCF et tenter de mettre fin à cette grève 
avant le coup d'envoi de l'Euro, le 10 juin. 
    Moyennant des concessions, notamment en matière de repos 
pour le personnel roulant, le secrétaire d'Etat aux Transports, 
Alain Vidalies, a ainsi obtenu que l'Unsa, deuxième syndicat de 
la SNCF, et la CFDT lèvent leurs préavis de grève. 
    Bien qu'en désaccord avec ces concessions, qui vont à 
l'encontre de sa recherche de compétitivité, la direction de 
l'entreprise a repris intégralement les éléments négociés par 
l'Etat avec la CFDT et l'Unsa dans le projet d'accord qu'elle a 
transmis la semaine dernière aux syndicats. 
    C'est ce projet que la direction et les représentants des 
fédérations cheminots CGT, Unsa, CFDT et Sud-Rail ont commencé à 
examiner article par article lundi matin, l'objectif étant de 
soumettre à signature un texte définitif mardi. 
    En fin d'après-midi, les négociateurs n'en étaient qu'à 
l'article 25, sur un projet qui en compte une soixantaine, selon 
le négociateur de l'Unsa, Roger Dillenseger. 
    "Sud et CGT essayent de jouer la montre", a dit à Reuters le 
secrétaire général de la CFDT cheminots, Didier Aubert.  
    CGT et Sud-Rail rejettent notamment l'article 49, qui permet 
des dérogations "au plan local" en matière d'organisation du 
travail, si elles sont validées par "la majorité en nombre des 
organisations signataires" du futur accord d'entreprise. 
    Ces deux organisations demandent aussi une renégociation de 
la convention collective négociée au niveau de la branche dans 
son ensemble et soumise à signature jusqu'à mercredi. 
     
    "GESTE FINANCIER" 
    "Notre ambition n'est pas de bloquer l'Euro (...) C'est 
d'avoir une convention collective de haut niveau", a déclaré à 
RTL le secrétaire général de Sud-Rail, Eric Santinelli. "On veut 
empêcher (...) la généralisation de la concurrence." 
    Selon la CFDT, cette convention collective permet de réduire 
à 9% l'écart concurrentiel entre l'entreprise publique et le 
secteur ferroviaire privé, au lieu de plus de 30%.  
    Ne pas l'appliquer serait renoncer à des avantages accordés 
aux salariés du privé, dont 13 jours de repos supplémentaires, 
cinq jours fériés compensés ou jusqu'à trois mois de salaire en 
indemnité de départ en retraite, souligne Didier Aubert. 
    Pour entrer en vigueur, l'accord d'entreprise devra être 
signé par des syndicats représentant au moins 30% des salariés 
de la SNCF, sans opposition de syndicats à 50% ou plus. 
    Or CGT et Sud-Rail ont recueilli 51% des suffrages exprimés 
aux élections professionnelles de 2015 à la SNCF. Il faudrait 
donc que l'une ou l'autre renonce à s'opposer au futur accord.  
    En tout état de cause, les participants à la séance de 
négociation de lundi prévoyaient qu'elle se prolongerait tard. 
    "Ça va se terminer vraiment très tard et il n'y aura donc 
pas d'annonce sur la suite du mouvement avant demain matin", a 
dit à Reuters Eric Descamps, secrétaire fédéral de Sud-Rail. 
    Une autre discussion délicate est parallèlement en cours, 
entre l'Etat et la direction de la SNCF sur un soutien financier 
pour compenser les concessions faites à la CFDT et à l'Unsa. 
    Une piste est un allègement de l'endettement de la SNCF, 
grâce à la prise en charge des intérêts ou une reprise partielle 
de cette dette de 50 milliards d'euros par l'Etat. 
    Ce "geste" pourrait aussi prendre la forme d'un soutien plus 
direct à son effort de modernisation et de développement, par 
exemple la prise en charge du financement des trains Intercités, 
qui coûtent 350 à 400 millions d'euros par an à la SNCF, dont 
l'investissement total est d'environ huit milliards par an.  
 
 (Emmanuel Jarry, avec Elizabeth Pineau, édité par Gérard Bon) 
 

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