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France-Confusion autour d'une opération anti-ETA

Reuters 17/12/2016 à 20:57
    * Le ministre de l'Intérieur parle d'un coup dur pour l'ETA 
    * Les personnes arrêtées disent avoir voulu détruire des 
armes 
    * Nombreuses réactions politiques et syndicales en leur 
faveur 
    * Processus de discussion en panne entre ETA, Madrid et 
Paris 
 
 (Avec réactions, identité des personnes arrêtées) 
    BORDEAUX, France, 17 décembre (Reuters) - Cinq personnes ont 
été arrêtées et des armes et explosifs saisis vendredi soir près 
de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), dans une opération conjointe 
de la police française et de la Garde civile espagnole, sur 
laquelle plane une grande confusion. 
    Contrairement à ce qui avait été dit dans un premier temps, 
l'ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme Michel 
Tubiana ne fait pas partie de ce groupe décrit par le ministre 
de l'Intérieur, Bruno Le Roux, comme étant constitué de "cinq 
individus en relation avec l'organisation terroriste ETA". 
    Le ministre a parlé dans un communiqué d'un "nouveau coup 
dur" porté à l'organisation séparatiste basque. 
    Ces cinq personnes, placée en garde à vue à la prison de 
Bayonne pour être interrogées par des agents de la 
sous-direction anti-terroriste de la police (SDAT) et de la 
direction de la sécurité intérieure (DGSI), appartiennent à la 
société civile, précise-t-on cependant de source judiciaire. 
    Il s'agit du dirigeant du mouvement écologiste basque Bizi, 
Jean-Noël Etcheverry, et de celui de la chambre d'agriculture du 
Pays Basque, structure militante locale, Michel Berhocoirigoin. 
    Les autres sont un viticulteur, Michel Bergougnan, et deux 
journalistes, dont un reporter d'images indépendant, Stéphane 
Etchegaray, et une femme, Béatrice Molle-Haran, à laquelle 
appartient la maison de Louhossoa dans laquelle les arrestations 
ont eu lieu, selon des sources proches de l'enquête. 
    Leur intention était de donner un coup de pouce à un 
processus de négociations en panne entre l'ETA et les autorités 
espagnoles et françaises, en neutralisant une partie de 
l'arsenal de l'organisation, assurent leurs amis. 
     
    DÉSARMER ETA 
    "On se trouve en présence (...) d'une opération de 
communication face à des gens qui, en raison du blocage du 
processus de paix par les gouvernements espagnol et français, se 
proposent de détruire du matériel militaire et de le donner aux 
autorités", a expliqué à Reuters l'ancien président de la LDH. 
    C'est "tout le contraire d'une manifestation de complicité 
ou d'action en lien avec une quelconque entreprise terroriste", 
a ajouté Michel Tubiana, partie prenante de cette initiative. 
    Michel Tubiana, Jean-Noël Etcheverry et Michel 
Berhocoirigoin ont expliqué leur démarche dans un courrier 
diffusé vendredi par le site internet basque Mediabask. 
    "Nous, membres de la société civile, n'ayant aucun lien ni 
subordination avec l'ETA, avons décidé d'enclencher le processus 
de désarmement de l'organisation armée", écrivent-ils.  
    Mediabask publie également un échange de courriers dans 
lequel l'ETA approuve cette démarche. 
    L'organisation a annoncé en octobre 2011 l'abandon définitif 
d'une lutte armée qui a fait plus de 800 morts en 40 ans. Mais 
aucun accord n'a été trouvé jusqu'ici sur les modalités de son 
désarmement avec les autorités espagnoles et françaises. 
    L'ETA "souhaite désarmer" mais, "à toutes les démarches en 
direction des gouvernements espagnol et français, il a été 
opposé une fin de non recevoir", dit Michel Tubiana. 
    Les éléments fournis à ce stade sur les armes trouvées à 
Louhossoa divergent. Michel Tubiana, Jean-Noël Etcheverry et 
Michel Berhocoirigoin font état de "15% de l'arsenal mis sous 
scellé par l'ETA". Une source policière parle de 80 à 90%. 
     
    SOUTIENS POLITIQUES ET SYNDICAUX 
    La police technique et scientifique procède à l'inventaire 
de ces armes et à leur examen pour voir si certaines d'entre 
elles ont servi dans des attentats, dit-on de source judiciaire. 
    Le parquet anti-terroriste de Paris est chargé du dossier. 
Selon une source policière, les cinq personnes arrêtées 
pourraient être poursuivies pour destruction de preuves. 
    Les réactions politiques et syndicales dans la région en 
faveur de la libération de ces "faiseurs de paix", comme les 
qualifient leurs soutiens, ont été pratiquement unanimes. 
    La CFDT Pays Basque a dénoncé des "arrestations arbitraires" 
et un coup porté au rôle de médiateur de la société civile. Une 
condamnation partagée par la Confédération paysanne et le 
mouvement altermondialiste Attac. 
    Une manifestation contre ces arrestations a réuni samedi 
après-midi à Bayonne 2.000 personnes selon la police, 4.000 
selon les organisateurs. Des élus locaux de droite et de gauche 
ont défilé en tête de cortège, dont une proche du président 
François Hollande, la sénatrice Frédérique Espagnac. 
    Vingt-trois élus du Pays Basques de toutes tendances ont 
signé une déclaration commune, dans laquelle ils témoignent de 
leur engagement "incontestable" en faveur de la paix. 
    Au niveau national, le parti Europe Ecologie-Les Verts et 
son candidat pour l'élection présidentielle de 2017, Yannick 
Jadot, se sont joints aux demandes de libération. 
 
 (Service France et Claude Canellas, édité par Emmanuel Jarry) 
 

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