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France-Aubry aggrave la fracture au Parti socialiste

Reuters25/02/2016 à 15:10
    * Les critiques à gauche incarnées par une figure reconnue 
    * Risque de scission au PS, de candidature dissidente en 
2017 
    * Le rassemblement derrière Hollande est-il possible ? 
    * La loi El Khomri cristallise les mécontentements 
 
    par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry 
    PARIS, 25 février (Reuters) - La virulente charge de Martine 
Aubry contre la politique du gouvernement aggrave la fracture 
entre deux lignes diamétralement opposées au Parti socialiste, 
difficiles voire impossibles à réconcilier à un an de l'élection 
présidentielle.   
   Le risque d'une scission du PS est réel, alors que perdurent 
les crispations liées à l'inscription de la déchéance de 
nationalité dans la Constitution et à la loi sur le Travail.  
    Face à une majorité en lambeaux, le risque existe pour 
François Hollande de voir émerger une candidature socialiste 
dissidente à la présidentielle. Tout comme se pose la question 
du maintien à son poste de Manuel Valls, principale cible des 
tenants de la "gauche progressiste" décrite par Martine Aubry 
dans la tribune publiée mercredi par Le Monde. 
    "Là, c'est une vraie crise ouverte qui est le résultat de 
très longues années d'incompréhension", analyse Frédéric Dabi, 
directeur général adjoint de l'Ifop.  
    "Ce texte, qui ramasse toutes les critiques des frondeurs 
entendues depuis 2012, est incarné par Martine Aubry, finaliste 
de la primaire socialiste, une femme appréciée des Français. La 
publication dans Le Monde lui donne un caractère officiel". 
    Pour le conseiller régional Julien Dray, un proche de 
François Hollande, "l'autorité du président n'est pas en jeu, 
mais on ne peut pas demander à celui qui a gagné d'appliquer la 
ligne de celui qui a été battu". 
     
    AUBRY VEUT "AIDER LA GAUCHE À RÉUSSIR"  
    Que cherche Martine Aubry ? Jeudi sur RTL, l'ancienne 
candidate à la primaire de la gauche en 2011 a expliqué vouloir 
contribuer au débat "de fond" en vue de la présidentielle de 
2017, sans pour autant se placer dans la course à l'Elysée.      
    "Ce n'est pas du tout mon projet, mon projet c'est d'aider 
la gauche à réussir", a déclaré la mère des 35 heures, qui avait 
pourtant fait motion commune avec la ligne majoritaire lors du 
congrès du PS de juin 2015 à Poitiers.  
    "Mais pour réussir demain (...) il faut régler le présent 
(...) pour pouvoir présenter aux Français un projet de gauche", 
a ajouté celle qui juge inutile d'organiser une primaire si 
François Hollande est candidat à un deuxième mandat.  
    Truffée de formules assassines - "Trop, c'est trop", "Pas 
nous, pas la gauche !", "L'échec du quinquennat qui se profile" 
- sa tribune cible avant tout Manuel Valls, critiqué sur ses 
choix économiques et son attitude dans la crise des migrants.  
    "C'est nettement Valls qu'elle vise", confirme un autre 
proche de François Hollande, qui n'est "pas loin de penser" 
qu'elle cherche son départ de Matignon. 
    "Elle doit penser que si on veut sauver les meubles en 2017 
il faut se séparer de Valls, je pense qu'elle a ça en tête parce 
qu'à ses yeux il n'est pas l'homme qui rassemble la gauche, il 
est l'homme qui la clive", explique-t-il. 
     
    L'HYPOTHÈSE D'UN DÉPART DE MANUEL VALLS 
    Un député socialiste envisage lui aussi un changement de 
Premier ministre après le vote de la loi Travail de Myriam El 
Khomri décriée à gauche mais saluée par une bonne partie de la 
droite, qui se dit prête à la voter.   
    "Manuel Valls peut faire le choix de partir : soit la loi El 
Khomri est adoptée, avec ou sans recours à l'article 49-3 (qui 
permet une adoption sans vote-NDLR) et il part en homme fort. 
Soit ça ne passe pas et il part en se posant en 'réformiste 
qu'on empêche d'aller jusqu'au bout'", dit-il.  
    A Matignon, on temporise face à une tribune "qui ne propose 
rien" dont "le mérite est de clarifier les camps, avec d'un côté 
une gauche aux responsabilités et de l'autre la tradition d'une 
gauche incantatoire, de l'indignation". 
    L'hypothèse d'un départ du Premier ministre était exclue 
lors du remaniement opéré il y a seulement 14 jours, qui a vu le 
retour au gouvernement de l'ancien Premier ministre Jean-Marc 
Ayrault et l'entrée du président du Parti radical de gauche, 
Jean-Michel Baylet, et de trois écologistes. 
    Ce rapiéçage n'a servi à rien face à la tempête déclenchée 
depuis par le texte sur la réforme du Code du travail, fustigé à 
gauche comme un cadeau au patronat et un détricotage des acquis 
sociaux avant même son examen par le Conseil d'Etat.    
    "Il est clair que c'est mal parti en terme de communication. 
Beaucoup de choses qui sont dites sont fausses et discutables", 
dit un ministre, semblant reprocher à Matignon d'avoir d'emblée 
envisagé l'utilisation de l'article 49-3 sur un texte 'qui 
n'existe pas encore".  
    Pour les frondeurs comme pour une partie des syndicats, la 
loi sur le Travail est une source potentielle de casus belli. 
Une pétition en ligne opposée au projet avait recueilli jeudi 
quelque 528.000 signatures.   
    "Si le texte arrive au Parlement il est évident qu'il faut 
que le débat ait lieu", a dit Christian Paul, un proche de 
Marine Aubry, jeudi sur France Info. Si le 49-3 est utilisé, "la 
question de la motion de censure se posera", a-t-il estimé.  
    Cette bourrasque politique survient alors que François 
Hollande est en tournée en Polynésie et en Amérique du Sud 
depuis une semaine. Le chef de l'Etat, qui répétait avant de 
partir qu'il réformerait "jusqu'au bout" de son quinquennat, est 
resté pour l'instant silencieux sur cet épisode.   
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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