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Fillon et Copé face à face pour la présidence de l'UMP

Reuters18/09/2012 à 22:55

UMP: LE DUEL COPÉ/FILLON

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - François Fillon et Jean-François Copé se disputeront la présidence de l'UMP en novembre, un duel attendu mais redouté par les caciques du parti qui s'inquiètent des répercussions pour l'avenir de la droite d'une compétition chaque jour plus acrimonieuse.

L'ex-Premier ministre, favori des sondages, met en avant à 58 ans sa stature d'homme d'Etat après cinq années à Matignon pour emporter les suffrages des militants, avec l'élection présidentielle de 2017 en ligne de mire.

Le secrétaire général de l'UMP, qui fait campagne à 48 ans dans le rôle de l'"outsider" comme Nicolas Sarkozy le fit face à François Hollande pour la présidentielle, veut croire à l'adhésion de la base à sa vision d'une "droite décomplexée", là où son rival incarnerait l'immobilisme passéiste des "barons".

Dans le nouvel acte qui se joue, les deux camps se sont livrés mardi à une démonstration de force en dévoilant leurs parrainages, contre toute attente à l'avantage de François Fillon. Le député de Paris a annoncé lors d'une conférence de presse avoir recueilli 45.000 signatures alors que le député-maire de Meaux avait fait état auparavant de "plus de 30.000".

Déplorant que les candidats n'aient pas été traités "sur un pied d'égalité" - une pique à Jean-François Copé accusé de verrouiller l'appareil -, François Fillon a déclaré qu'il reprenait sans attente sa "marche militante", porté par "un grand enthousiasme, un grand mouvement" en sa faveur.

La députée des Alpes-Maritimes Michèle Tabarot, soutien de Jean-François Copé, s'est dite "assez étonnée" sur BFM TV de l'ampleur des parrainages en faveur de François Fillon, alors que l'entourage de ce dernier annonçait ces derniers jours quelque "15.000" signatures. "Grand bluff", écrit le député Sébastien Huyghe, un autre pro-Copé, sur Twitter.

"Non, ce n'est pas une ruse", a répondu François Fillon sur Canal+, précisant que 35.000 signatures avaient été déposées à l'UMP. "Ça a été assez difficile d'aller les chercher, (...) on en a trouvé 45.000 quand même", a-t-il déclaré sur Canal+. Selon l'ex-Premier ministre, "ça s'est emballé" depuis 15 jours, à raison de "3.000 à 4.000 parrainages par jour.

Les 264.137 militants à jour de cotisation au 30 juin seront les maîtres du jeu lors du congrès des 18 et 25 novembre - si un second tour est nécessaire.

LE MAIRE ET KOSCIUSKO-MORIZET NE TRANCHENT PAS

Le "troisième homme" espéré par de nombreux cadres du parti pour démocratiser le scrutin et contrecarrer une confrontation venimeuse ne sera donc pas.

Seul l'ancien ministre Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP de 2008 à 2010, aurait pu s'interposer avec ses quelque 8.200 parrainages, mais il a choisi de se préparer pour la primaire présidentielle prévue théoriquement en 2016.

Des statuts contraignants et obsolètes, de l'avis de tous au sein du parti néogaulliste créé en 2002, ont empêché les prétendants Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, ainsi qu'Henri Guaino, ex-plume de Nicolas Sarkozy, de soumettre leur projet aux militants.

Tout candidat putatif devait soumettre les parrainages d'au moins 7.924 adhérents (3% du corps électoral) d'ici 20h00 à la Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales (Cocoe) pour espérer concourir.

Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre de l'Ecologie et députée de l'Essonne, a dit mardi en avoir recueilli un peu moins de 7.000, Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Agriculture et député de l'Eure, un peu moins de 7.200.

Les deux prétendants veulent toutefois continuer à creuser leur sillon, sans prendre parti pour l'un ou l'autre des finalistes, avec la volonté que leur famille politique sorte "plus forte" de cette élection censée tourner la page de la présidence Sarkozy, un Nicolas Sarkozy qui laisse planer le doute sur ses intentions futures.

"DANS LES SOUTES"

Les candidatures seront officiellement annoncées le 4 octobre, à la veille du lancement de la campagne officielle.

Pour l'ancien Premier ministre Alain Juppé, qui avait avancé sans succès l'hypothèse d'une candidature "pacificatrice" et n'a toujours pas pris position, "toute la question maintenant est de savoir dans quel esprit va se dérouler la campagne".

"Si ça continue à s'étriper l'un l'autre par lieutenants interposés, ce sera évidemment désastreux parce que les Français n'attendent pas ça", a-t-il dit à des journalistes à Bordeaux.

François Fillon et Jean-François Copé ont toujours évité l'affrontement direct jusqu'à présent, mais leurs entourages respectifs alimentent régulièrement les hostilités.

L'enjeu est désormais de capter le soutien des militants, dont Jean-François Copé, aux commandes du parti depuis novembre 2010, entend faire sa force. "Objectivement, je me donne du mal, et ils y sont sensibles", explique le secrétaire général de l'UMP, qui a déclaré qu'il s'effacerait si Nicolas Sarkozy faisait son retour sur la scène politique pour 2017.

"Ils veulent quelqu'un de très disponible pour aller dans les soutes, pas un 'hypoprésident'", ajoute-t-il dans une critique voilée à François Fillon

"Tous les jours, je vis dans le souvenir de la campagne présidentielle de Chirac en 1995", souligne-t-il pour mieux relativiser les sondages auprès des sympathisants - pas les adhérents encartés - qui donnent François Fillon ultra-favori comme Edouard Balladur il y a 17 ans. Jacques Chirac l'avait finalement emporté.

Avec Chine Labbé et Claude Canellas à Bordeaux

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