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Erdogan, premier président turc élu au suffrage universel direct

Reuters11/08/2014 à 05:55

* Erdogan crédité de près de 52% des suffrages * Le nouveau président appelle à la réconciliation sociale * Ses détracteurs craignent un Etat autoritaire par Daren Butler et Ayla Jean Yackley ISTANBUL, 11 août (Reuters) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est entré dans l'histoire dimanche en devenant dès le premier tour et avec près de 52% des suffrages le premier président de la République élu au suffrage universel direct. Au son des klaxons et sous une nuée de drapeaux, ses partisans ont envahi les rues de la capitale Ankara après l'annonce de sa victoire par les chaînes de télévision turques. Les résultats complets seront annoncé ce lundi, mais le président du Haut Conseil électoral a confirmé la victoire dès le premier tour de Recep Tayyip Erdogan. Avec 51,8% des voix, il devance de treize points Ekmeleddin Ihsanoglu, candidat commun des laïques kémalistes et des nationalistes (38,5%). Selahattin Demirtas, du Parti démocratique du peuple (HDP, principale force pro-kurde), a obtenu 9,7%, selon les chaînes de télévision. Ce résultat obtenu par un Kurde aurait été impensable il y a seulement quelques années, quand le pouvoir central luttait contre la rébellion kurde. "LA TURQUIE VA RENAÎTRE DE SES CENDRES" "Aujourd'hui est un nouveau jour, une nouvelle étape pour la Turquie, c'est la naissance de la Turquie, qui va renaître de ses cendres", a lancé Erdogan à ses milliers de partisans venus l'acclamer devant le siège de son Parti de la justice et du développement (AKP) à Ankara. Mais Erdogan, qui dirige le gouvernement islamo-conservateur depuis 2003 et que ses adversaires accusent de dérive autoritaire, a aussi promis d'oeuvrer à la réconciliation sociale. Un an après le mouvement de contestation de la place Taksim, et alors que des responsables de son parti et des proches ont été impliqués dans un vaste scandale de corruption, il a promis qu'il serait "le président des 77 millions de Turcs et pas seulement de ceux qui ont voté pour (lui)". A 60 ans, le premier président élu au suffrage universel direct de la Turquie, qui prêtera serment le 28 août, va faire à coup sûr basculer le pays dans un régime semi-présidentiel. Pas question en effet pour Erdogan de se couler dans les fonctions essentiellement protocolaires de la présidence. "M. Erdogan continue de dominer la scène politique turque et veut faire de la présidence une fonction exécutive, dotée d'un rôle actif. Il menait le jeu lorsqu'il était Premier ministre, il a va continuer de mener le jeu depuis la présidence", prévient Nicholas Spiro, directeur du Spiro Sovereign Strategy. L'AKP va se réunir rapidement pour se pencher sur les candidats à sa succession aux postes de Premier ministre et chef du parti. Le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu est considéré comme le favori. "Le futur Premier ministre de Turquie gouvernera dans l'ombre d'Erdogan", ajoute Spiro. LE PRÉSIDENT DU CENTENAIRE ? En un peu plus d'une décennie de croissance économique, Erdogan a aussi transformé la société turque et les piliers de la république laïque fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk sur les ruines de l'empire ottoman. Ses détracteurs voient en Erdogan un "sultan moderne", réfractaire à la critique et issu de l'islam politique, et redoutent que son accession à la présidence n'éloigne un peu plus encore la Turquie, membre de l'Otan et candidate à l'entrée dans l'Union européenne, de l'idéal laïque de son père fondateur. Erdogan, qui ne doutait pas de sa victoire, a déjà exprimé le souhait de rester à la présidence pendant deux mandats, soit au moins jusqu'en 2023, année du centième anniversaire de la république kémaliste, une date symbolique pour celui qui fait souvent référence dans ses discours à l'Empire ottoman. Ses partisans ont vu dans son élection annoncée le parachèvement de la campagne qu'il mène depuis son arrivée au pouvoir pour remodeler la Turquie aux dépens des élites laïques qui dominent le pays depuis la proclamation de la république. Ses partisans mettent notamment en avant ses réalisations économiques pour expliquer leur soutien. (avec Nick Tattersall et Orhan Coskun; Tangi Salaün, Bertrand Boucey, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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