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Ennahda optimiste pour la formation du gouvernement en Tunisie

Reuters20/02/2013 à 16:50

ENNAHDA OPTIMISTE POUR LA FORMATION D?UN NOUVEAU GOUVERNEMENT EN TUNISIE

par Tarek Amara

TUNIS (Reuters) - Au lendemain de la démission du Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, le président d'Ennahda, principale formation islamiste et première force parlementaire, s'est prononcé mercredi pour la formation d'un nouveau gouvernement de coalition, qui selon lui, pourrait voir le jour dès cette semaine.

"Nous avons besoin d'un gouvernement de coalition avec plusieurs partis politiques et des techniciens", a déclaré Rached Ghannouchi à l'issue d'un entretien avec le président Moncef Marzouki, qui avait demandé à le consulter pour tenter de trouver une solution à cette crise politique sans précédent depuis la "révolution de jasmin".

"Nous devons conclure un accord aussi vite que possible. Je m'attends à ce qu'un nouveau gouvernement soit annoncé cette semaine", a-t-il ajouté.

La veille, Hamadi Jebali avait renoncé à ses fonctions faute d'avoir pu former un gouvernement d'experts apolitiques chargé de préparer de nouvelles élections. Il en avait avancé l'idée après l'assassinat, le 6 févier, de Chokri Belaïd, opposant de gauche dont la mort a exacerbé les tensions entre islamistes et laïques.

Le chef du gouvernement, secrétaire général d'Ennahda, a toutefois proposé l'idée sans consulter sa propre formation, qui l'a finalement rejetée.

"La crise s'aggrave", titre mercredi le journal en ligne Assarih. Le désir d'Ennahda de conserver ses postes ministériels et l'échec du projet d'Hamadi Jebali ont ramené la Tunisie "à la case départ", ajoute-t-il.

Le chef du gouvernement avait pris ses fonctions il y a quinze mois, après la victoire électorale de son mouvement qui a conclu un accord de partage du pouvoir avec plusieurs partis laïques.

Ces derniers étaient favorables à la formation d'un gouvernement apolitique, mais Ennahda craignait de perdre sa position dominante. Rached Ghannouchi a souhaité qu'Hamadi Jebali soit chargé de la formation d'un nouveau gouvernement de coalition. L'intéressé a toutefois indiqué mardi qu'il n'accepterait pas de rester à son poste en l'absence d'assurances concernant la tenue de nouvelles élections et l'entrée en vigueur d'une nouvelle constitution.

GHANNOUCHI PRÊT AU COMPROMIS

"Jebali va probablement refuser, malgré le souhait d'Ennahda, de diriger un nouveau gouvernement. Si Ennahda ne s'ouvre pas davantage, elle sera très isolée", a commenté le politologue Youssef Ouslati.

Rached Ghannouchi juge essentiel de poursuivre la coopération avec les mouvements laïques et assure que son parti est prêt à des compromis sur les "grands ministères" que sont les Affaires étrangères, la Justice et l'Intérieur.

Avant de le recevoir mercredi, le président Marzouki, dont le Congrès pour la République (CPR, gauche laïque), a quitté le gouvernement le 10 février, a consulté les représentants de l'opposition et une délégation d'Ennahda.

Le chef de l'Etat aurait invité le Massar à s'associer à la coalition gouvernementale, mais le parti laïque a lui aussi des exigences. "Nous voulons que le ministère de l'Intérieur soit indépendant", a déclaré Samir Bettaïb au nom de la formation.

Pour le politologue Salem Labyed, la Tunisie, berceau du printemps arabe, est à nouveau à la croisée des chemins. Si Hamadi Jebali reprend la tête du gouvernement, dit-il, un nouveau consensus pourrait émerger. "Mais, si Ennahda désigne un de ses faucons, il y aura un conflit avec les partis laïques. A ce moment-là, le climat pourrait devenir très tendu et déborder dans la rue", ajoute-t-il.

La crise qui a éclaté après l'assassinat de Chokri Belaïd a pesé lourdement sur les négociations en cours avec le Fonds monétaire international concernant l'octroi d'un prêt de 1,78 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros).

"Une fois qu'un nouveau gouvernement sera nommé, nous lui demanderons ses intentions, son mandat. Une fois que la situation politique sera clarifiée, nous évaluerons comment aider au mieux la Tunisie", a dit à Reuters une porte-parole du FMI interrogée par courrier électronique.

Le mois dernier, l'institution indiquait que les discussions sur le déblocage de cet accord stand-by étaient arrivées à un "stade avancé".

Mardi, l'agence de notation Standard and Poor's avait abaissé la note à long terme de la Tunisie de BB à BB-.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Pascal Liétout


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