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ENCADRE-Les paramètres techniques de l'accord de Lausanne

Reuters03/04/2015 à 16:02

par Shadia Nasralla VIENNE, 3 avril (Reuters) - L'accord conclu jeudi à Lausanne par l'Iran et les puissances du P5+1 doit servir de cadre à un règlement définitif de la crise du nucléaire iranien attendu pour la fin juin. L'Iran s'est engagé à réduire ses activités nucléaires dans trois domaines: ses stocks d'uranium enrichi, son parc de centrifugeuses (qui enrichissent l'uranium) et le degré d'enrichissement. "L'approche exposée empêchera efficacement l'Iran de fabriquer une bombe atomique pendant une période étendue", note Robert Einhorn, chercheur à la Brookings Institution. Mais certains détails restent à régler d'ici au 30 juin, d'où la prudence des négociateurs qui ont souligné le caractère prometteur mais fragile de cet accord politique. "BREAK-OUT TIME" Il s'agit du temps qui serait nécessaire à l'Iran pour constituer un stock de matière fissile (uranium hautement enrichi ou plutonium) suffisant pour produire une bombe atomique - si Téhéran, qui s'en défend, décidait de se doter de l'arme atomique. Les experts estiment qu'il faut au moins 25 kg d'uranium enrichi à 90% pour fabriquer une bombe atomique. L'objectif du P5+1 dans les discussions qui se sont conclues jeudi à Lausanne était que ce délai incompressible soit suffisamment long pour permettre de préparer d'éventuelles mesures de rétorsion. Aux termes de l'accord d'étape, sur les dix années à venir, il faudrait au moins un an entre une décision de produire suffisamment d'uranium de qualité militaire et la constitution du stock nécessaire. D'après un document du département d'Etat américain résumant l'accord négocié à Lausanne, le "break-out time" actuel est compris entre deux et trois mois seulement. Des diplomates occidentaux font observer cependant que le calcul de ce laps de temps peut être soumis à des variations en fonction de décisions politiques. Avec 6.500 centrifugeuses de type IR-1 (première génération) alimentées en hexafluorure d'uranium (forme gazeuse de l'uranium naturel qui contient 0,7% d'uranium-235, l'isotope utilisé pour produire une bombe), le "break-out time" serait de l'ordre de 43 semaines, selon les calculs d'Olli Heinonen, ancien inspecteur en chef de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA). Si on utilise de l'hexafluorure d'uranium déjà enrichi à 3,5%, ce délai tombe à douze semaines. ENRICHISSEMENT DE l'URANIUM A l'origine, l'Iran souhaitait conserver la totalité de ces centrifugeuses, les machines qui purifient et enrichissent l'uranium. Selon le degré d'enrichissement, l'uranium peut servir de combustible pour la production d'énergie nucléaire ou, s'il est très enrichi, entrer dans le processus de fabrication de la bombe atomique. Le dernier rapport en date de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) évaluait en février dernier le parc iranien à 19.500 centrifugeuses installées, dont 10.200 opérationnelles. Les négociations de Lausanne ont débouché sur un nombre qui sera limité à quelque 6.100 centrifugeuses, dont environ 5.000 opérationnelles. L'enrichissement de l'uranium dépend aussi du type de centrifugeuses. L'accord prévoit que l'Iran ne pourra pas enrichir l'uranium en utilisant d'autres centrifugeuses que celles de première génération (IR-1). Il pourra toutefois utiliser des modèles plus modernes pour les activités de recherche et de développement (R&D), dont un plan détaillé à long terme devra être remis à l'AIEA, mais on ignore quand et selon quelles modalités. STOCK Depuis l'accord intérimaire de novembre 2013 conclu à Genève avec les pays du P5+1, l'Iran a cessé d'enrichir l'uranium à plus de 5%. D'après le document rendu public par le département américain d'Etat, l'Iran a accepté de réduire ses stocks d'uranium faiblement enrichi à 300 kg (enrichi à 3,7%) sur quinze ans. L'estimation des stocks actuels varie de 8.000 kg (selon l'AIEA) à 10.000 kg (selon Washington), FORDOW ET ARAK L'avenir du réacteur à eau lourde d'Arak et du site souterrain de Fordow devra être détaillé dans l'accord définitif. En vertu de l'accord d'étape de Lausanne, l'Iran a accepté qu'ils ne puissent plus servir à produire de matériau fissile - plutonium ou uranium fortement enrichi - utilisable à des fins militaires. Les Occidentaux avaient demandé le démantèlement du réacteur à eau lourde d'Arak, qui peut produire des quantités significatives de plutonium. L'Iran s'y est refusé, mais a déclaré que le réacteur ne servirait qu'à produire des radio-isotopes pour la médecine ou l'agriculture. La reconversion du site d'Arak risque donc de se révéler litigieuse. Concernant le site de Fordow, dont l'existence n'a été révélée qu'en 2009 et qui contient des salles abritant des centrifugeuses creusées à 90 mètres sous terre, les Occidentaux souhaiteraient qu'il ne serve plus du tout à l'enrichissement de l'uranium. Dans l'accord de Lausanne, Téhéran s'engage à ne pas y enrichir d'uranium pendant quinze ans et à n'utiliser le site qu'à des "fins pacifiques". Mais la définition de ces "fins pacifiques" pourrait également poser problème, Téhéran ayant insisté pour poursuivre à Fordow des recherches sur les centrifugeuses avancées. AGENCE INTERNATIONALE DE L'ENERGIE ATOMIQUE Toute l'architecture de l'accord repose sur le contrôle et la vérification des engagements pris par l'Iran, tâche qui incombera à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Du degré de coopération de l'Iran dépendra le succès d'un accord définitif. L'agence onusienne basée à Vienne compte actuellement entre quatre et huit représentants en Iran, qui inspectent des sites déclarés, contrôlent des images de vidéosurveillance et peuvent éventuellement poser des scellés sur des conteneurs d'uranium. L'accord de Lausanne prévoit que Téhéran acceptera un contrôle renforcé de l'AIEA, avec un accès facilité aux sites de son programme nucléaire (avec ou, surtout, sans notification préalable). Depuis des mois, l'Iran freine sur une enquête ouverte par l'AIEA concernant les "possibles dimensions militaires" (PMD) de son programme nucléaire, remontant pour l'essentiel avant 2003. Cette enquête découle d'un rapport diffusé en novembre 2011 dans lequel l'AIEA faisait état de "sérieuses inquiétudes concernant une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien". Citant à l'appui des informations "crédibles", l'AIEA affirmait que ces données "indiquent que l'Iran a mené des activités relatives à la mise au point d'un engin explosif nucléaire". Sources: déclarations à Lausanne, document diffusé par le département américain d'Etat. RENVOI Pour retrouver LE POINT sur l'accord cadre de Lausanne, cliquer sur ID:nL6N0X005M (Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief)


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