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ENCADRE-Brexit-Et si le Royaume-Uni revenait sur sa décision ?

Reuters24/06/2016 à 19:46
    * Les Britanniques ont la clef d'un calendrier défavorable 
    * Mais le Brexit est lourd pour eux de crises potentielles 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 24 juin (Reuters) - Officiellement, la France demande 
à Londres et aux Européens de tirer rapidement les conséquences 
du vote britannique en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de 
l'Union européenne. 
    Mais en privé, des diplomates français n'excluent pas que le 
Royaume-Uni, prenant conscience du coût énorme d'un "Brexit", 
finisse par y renoncer dans les mois ou les années à venir. 
    Le Premier ministre britannique, David Cameron, grand 
perdant du référendum de jeudi, et son rival conservateur, Boris 
Johnson, qui a pour sa part fait campagne pour le Brexit, ont 
d'ailleurs montré qu'ils entendaient prendre leur temps. 
    David Cameron a repoussé à l'automne sa démission et laissé 
à son successeur le soin d'invoquer l'article 50 du traité de 
Lisbonne, première étape de la procédure, jusqu'ici sans 
précédent, de sortie de l'UE d'un pays membre.  
    "Il est vital de souligner qu'il n'y actuellement nul besoin 
de se hâter et en effet (...) rien ne changera à court terme", a 
pour sa part déclaré Boris Johnson. "Il n'y a aucune raison de 
se précipiter pour invoquer l'article 50." 
    François Hollande a au contraire souhaité que les procédures 
prévues par les traités européens soient "rapidement appliquées" 
pour couper court à toute période d'incertitude.   
    Le chef de l'Etat français demande "que l'application des 
règles pour la sortie se fasse dans les délais les plus courts 
car (...) il faut que les choses soient claires", a expliqué le 
porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.  
    "Il faut que (...) l'ensemble des acteurs économiques 
puissent savoir où nous allons et comment nous y allons", a-t-il 
ajouté, à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire. 
    Le calendrier est semé d'embûches et les Britanniques en 
détiennent la clef dès lors qu'ils peuvent choisir le moment de 
notifier à Bruxelles leur demande officielle de sortie. 
    Les Espagnols ont des élections législatives dimanche. Le 
président du Conseil italien, Matteo Renzi, a un référendum sur 
une réforme constitutionnelle en octobre. Les principaux partis 
français seront ensuite occupés par des primaires, puis par des 
élections présidentielle et législatives l'an prochain. 
     
    "SAUT DANS L'INCONNU" 
    L'Allemagne a aussi des élections en 2017, qui verra la fin 
du mandat du président du Conseil européen, Donald Tusk.  
    De quoi laisser craindre aux dirigeants français que Londres 
profite de ce que les Européens, dont Paris et Berlin, aient la 
tête ailleurs pour jouer la montre et obtenir des concessions. 
    Mais des diplomates français ont une autre perception de la 
situation et n'excluent pas un futur revirement britannique. 
    L'histoire de l'Union européenne est jalonnée de nouveaux 
votes après un référendum perdu, comme en France, au Danemark et 
en Irlande, fait valoir l'un. "C'est un sujet, on en discute", 
disait-il quelques jours avant le référendum britannique. 
    Un autre mise sur une prise de conscience des Britanniques 
quand ils mesureront le coût économique et politique du Brexit. 
Pour eux aussi, c'est un "saut dans l'inconnu", fait-il valoir. 
    La succession de David Cameron sera tout sauf facile. Et le 
parti conservateur est si déchiré entre pro et anti-Brexit que 
trouver une majorité aux Communes ne sera pas aisé. 
    Si l'Ecosse et l'Irlande du Nord, qui ont voté massivement 
pour le maintien dans l'UE, menacent de quitter le Royaume-Uni, 
cela peut aussi faire réfléchir l'opinion publique. 
    "Rien ne doit être exclu, y compris parce qu'on risque 
d'avoir une crise politique", souligne ce diplomate. 
    Dans ce cas de figure, comme dans celui d'un Brexit consommé 
et assumé, le chemin est en tout cas étroit. 
    Une partie du gouvernement français paraît tenté par une 
"fermeté absolue" à l'égard des Britanniques, selon la formule 
d'un ministre favorable à cette ligne. 
    Pour le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, 
il importe au contraire d'éviter tout esprit de revanche, qui 
reviendrait non seulement à "punir" collectivement les électeurs 
britanniques qui ont "mal voté", mais également la masse de ceux 
qui ont voté en faveur du maintien dans l'UE. 
    Selon une source proche du gouvernement, ces deux lignes ont 
donné lieu à un débat interne au gouvernement français vendredi 
matin et "François Hollande a fait la synthèse".  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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