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Ecoutes: la France rappelle les Etats-Unis à leurs engagements

Reuters24/06/2015 à 12:28

PARIS RAPPELLE WASHINGTON À SES ENGAGEMENTS SUR LE DOSSIER DES ÉCOUTES

PARIS (Reuters) - La France a rappelé mercredi les Etats-Unis à leurs engagements après la publication de révélations sur les écoutes des présidents Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande par les services de renseignement américains entre 2006 et 2012.

Cette nouvelle salve d'informations sur les activités de la NSA par Wikileaks, relayées par le journal Libération et le site Médiapart, suscitent un tollé à Paris, où l'ambassadrice américaine a été convoquée par les Affaires étrangères.

François Hollande a réuni mercredi matin un conseil de défense avec les responsables concernés et devait recevoir des parlementaires sur le même sujet à la mi-journée.

"Il s'agit de faits inacceptables qui ont déjà donné lieu à des mises au point entre les Etats-Unis et la France, notamment fin 2013, au moment des premières révélations", a déclaré la présidence française dans un communiqué après le conseil.

"Des engagements avaient été pris par les autorités américaines. Ils doivent être rappelés et strictement respectés. La France ne tolérera aucun agissement mettant en cause sa sécurité et la protection de ses intérêts", a ajouté l'Elysée.

En clair : ces comportements passés des services américains sont connus et Washington s'est déjà engagé à y mettre fin.

Aux Etats-Unis, le porte-parole du National Security Council Ned Price a assuré que les activités de surveillance américaines n'étaient motivées que par des objectifs de sécurité nationale, évoquant la situation actuelle, pas passée.

"Nous ne ciblons pas (...) les communications du président Hollande", a-t-il dit. "Nous travaillons de manière proche avec la France sur tous les sujets de préoccupation internationale et les Français sont des partenaires indispensables."

CINQ NOTES

Le site Wikileaks, fondé par Julian Assange, diffuse avec Libération et Médiapart sous le titre "Espionnage Elysée" des notes rendant compte d'écoutes téléphoniques de la NSA jusqu'au sommet de l'Etat français. (wikileaks.org/nsa-france)

Selon Libération, leur contenu "ne révèle pas de secret d'Etat" mais témoigne "de l'intérêt porté à la France" par la NSA, dont la base de données contient des numéros de téléphone de très hauts responsables, dont Nicolas Sarkozy.

Y figurent des membres de l'entourage du prédécesseur de François Hollande ou de son gouvernement, dont Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée puis ministre de l'Intérieur, Jean-David Levitte, conseiller diplomatique, ou les anciens secrétaires d'Etat Pierre Lellouche et Jean-Pierre Jouyet.

Ce dernier est l'actuel secrétaire général de l'Elysée.

Une note du 22 mai 2012, quelques jours après l'élection de François Hollande, fait état de réunions secrètes à Paris pour étudier, déjà, les conséquences d'une potentielle sortie de la Grèce de la zone euro. Selon une autre note, Nicolas Sarkozy déplorait en mars 2010 le recul américain sur un accord de coopération en matière de renseignement.

Elle cite des propos de Jean-David Levitte et Pierre Vimont, ambassadeur aux Etats-Unis, selon qui "le principal obstacle est le désir des Etats-Unis à continuer d'espionner la France".

Une autre rapporte une discussion entre Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé sur les moyens de relancer le processus de paix au Proche-Orient et une possible initiative avec le président russe Dimitri Medvedev.

Selon une quatrième, de 2008, Nicolas Sarkozy jugeait être "le seul" dirigeant à pouvoir régler la crise financière, qu'il imputait en grande partie à des erreurs américaines.

LA FRANCE PAS NAÏVE

Ces nouvelles révélations suscitent à Paris une indignation jusque dans les milieux les plus pro-américains.

Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, évoque un "problème de confiance" tout en affirmant ne pas être surpris. Pierre Lellouche, autre proche de l'ex-chef d'Etat, juge ces écoutes "extrêmement regrettables". Pour eux,

les autorités françaises ne peuvent pas en rester là.

A gauche, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a jugé ce comportement "inacceptable" de la part d'un allié.

"Une nouvelle fois, nous redécouvrons que les Etats-Unis n'ont pas d'alliés, ils n'ont que des cibles ou des vassaux", a souligné sur Twitter le député socialiste Jean-Jacques Urvoas.

Président de la commission des Lois de l'Assemblée, il est aussi rapporteur d'un projet de loi très contesté renforçant les prérogatives des services de renseignement français pour lutter contre le terrorisme adopté mercredi au Parlement.

Le cofondateur du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon a réclamé l'arrêt des négociations sur le partenariat commercial transatlantique (TTIP) entre l'Europe et les Etats-Unis.

A l'autre extrême, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a dénoncé une "menace directe" pour l'indépendance et la souveraineté de la France et demandé aux autorités françaises de "réagir avec fermeté".

Mais en diplomate chevronné, Jean-David Levitte a relativisé les informations de Wikileaks : il a dit dans Libération être "toujours parti du principe (qu'il était) écouté, et pas seulement par (les) amis et partenaires américains".

Quant à l'ancienne ministre de la Défense et des Affaires étrangères de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie, elle a assuré que la France n'avait jamais été naïve.

"Les conversations qu'il pouvait y avoir entre le ministre de la Défense et le président de la République se faisaient hors téléphone", a-t-elle dit sur iTELE.

(Gregory Blachier et Emmanuel Jarry, avec Chine Labbé, John Irish et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

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