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ECLAIRAGE-Alstom-Le gouvernement français accusé de "bricolage"

Reuters04/10/2016 à 19:34
    * L'achat de rames TGV par l'Etat moquée 
    * Pour les critiques, aucune solution structurelle n'est 
trouvée 
    * Le gouvernement se défend de tout "bricolage" 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 4 octobre (Reuters) - Le gouvernement a dû se 
défendre mardi des accusations de "bricolage" lancées après 
l'annonce du plan de sauvetage du site Alstom  ALSO.PA  de 
Belfort, qui passera par l'achat par l'Etat de TGV pour les 
faire rouler à vitesse réduite. 
    A moins de sept mois de l'élection présidentielle, François 
Hollande et Manuel Valls ont sans doute évité, avec l'aide du 
secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, un nouveau 
Florange (Moselle), où la fermeture des hauts-fourneaux reste un 
symbole de l'incapacité du pouvoir à tenir ses promesses. 
    Les élus locaux et les représentants syndicaux des salariés 
d'Alstom ont certes manifesté leur soulagement.   
    Mais ce plan improvisé en trois semaines, après l'annonce 
par Alstom du transfert en Alsace du site de Belfort, laisse 
entières les interrogations sur un Etat actionnaire et une 
politique industrielle jugés défaillants.   
    La mesure la plus moquée est la commande anticipée par 
l'Etat, pour environ 500 millions d'euros, de 15 TGV voués à 
rouler sur des lignes traditionnelles qui ne seront au mieux 
transformées en liaisons à grande vitesse qu'en 2025-2030, avec 
les coûts supplémentaires de fonctionnement que cela suppose. 
    "C'est pire que du bricolage, c'est du bricolage foireux", a 
déclaré à Reuters l'économiste Nicolas Bouzou, selon qui même 
"les soviétiques n'auraient pas investi 500 millions d'euros 
pour faire rouler des TGV à 200 km/h". 
    Les dirigeants de l'opposition, candidats à la primaire de 
droite pour la présidentielle en tête, s'en sont donné à coeur 
joie. L'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy a ainsi estimé que 
cette "commande plus ou moins artificielle" repoussait les 
échéances sans régler le problème structurel d'Alstom à Belfort. 
    "Tant mieux pour Alstom mais chacun voit bien que ce plan 
bricolé à la hâte n'est pas à la hauteur du défi que représente 
le sauvetage véritable de notre industrie ferroviaire", a-t-il 
dit à des journalistes. 
     
    UNE MANOEUVRE CYNIQUE ? 
    Le co-fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a 
été plus sévère encore : "Le rafistolage frôle le ridicule : à 
quoi cela rime-t-il d'acheter 15 rames TGV pour les faire 
circuler sur des lignes Intercités que le gouvernement veut 
fermer ou abandonner aux régions pour 75% d'entre elles ?" 
    Et d'estimer que les annonces gouvernementales sur le site 
de Belfort n'ont qu'un but : "Eviter cyniquement (sa) fermeture 
avant l'élection présidentielle." 
    Il n'y a guère eu que le secrétaire général de la CFDT, 
Laurent Berger, pour défendre le plan annoncé mardi. 
    "Je trouve bien que l'Etat se mobilise pour maintenir ce 
site", a-t-il déclaré à Europe 1. Car si Belfort ferme, a-t-il 
ajouté, "on se lamentera dans quelques années en disant 'il y a 
des commandes en termes de TGV du futur mais il faut qu'on aille 
le produire ailleurs qu'en France'." 
    Interpellé à l'Assemblée nationale, le Premier ministre a 
reproché à ceux qui accusent le gouvernement de "bidouillage" 
d'être les mêmes qui lui reprochaient il y a quelques jours de 
ne pas jouer son rôle d'actionnaires à 20% d'Alstom. 
    "Ça n'est (...) en rien du bricolage, c'est de la 
stratégie", a-t-il dit. "Nous assumons le rôle de l'Etat 
stratège. Nous, nous assumons le rôle des services publics." 
    Le ministre des Finances, Michel Sapin, a pour sa part 
défendu l'achat par l'Etat de rames de TGV pour le futur. 
     
    PROBLÈMES DE CONCURRENCE ? 
    "Il n'est pas interdit de se projeter un tout petit peu dans 
l'avenir en se demandant ce qui serait utile dans quatre ans et 
qui pourrait être fait dès maintenant", a-t-il dit.  
    Il a également écarté l'objection selon laquelle la 
Commission européenne pourrait trouver à redire à cet achat 
direct de matériel à Alstom par l'Etat. 
    Des assurance auxquelles ne croit pas Nicolas Bouzou, selon 
qui il est à craindre que des concurrents d'Alstom "saisissent à 
un moment ou un autre les instances européennes". 
    Mais pour cet économiste, les décisions du gouvernement 
concernant le site de Belfort sont un condensé de "tout ce qu'il 
ne faut pas faire en matière de politique industrielle", sachant 
par ailleurs que les carnets de commande d'Alstom sont pleins 
grâce à ses contrats remportés à l'étranger. 
    "Dépenser 500 millions d'euros pour éviter de déplacer 400 
emplois alors qu'on a besoin ailleurs de cet argent est un 
non-sens", estime-t-il. Il déplore aussi que l'Etat et la SNCF 
n'aient jamais montré une vraie volonté de développer le fret 
ferroviaire en France, ce qui donnerait du travail à Alstom. 
    Les décisions annoncées mardi paraissent en outre en 
décalage avec les questions que se posent depuis quelques temps 
différentes instances sur la pertinence du tout TGV.   
    Des sénateurs ont recommandé fin septembre de geler pendant 
15 ans le financement de nouvelles LGV afin d'investir dans la 
rénovation du réseau ferré existant.   
    Quant à la Cour des comptes, elle considère dans un rapport 
publié jeudi que la priorité accordée depuis des années au 
transport de passagers par TGV est "un modèle à bout de souffle 
au coût devenu non soutenable". 
 
 (Avec Gwénaëlle Barzic, Gilles Guillaume et Jean-Baptiste Vey, 
édité par Yves Clarisse) 
 

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