(Actualisé avec détails)
La police kényane a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène mardi contre des centaines de manifestants protestant une nouvelle fois contre l'installation à Nanyuki, ville du centre du pays, d'un centre de quarantaine destiné aux Américains exposés au virus Ebola.
Les esprits sont d'autant plus échauffés que les États-Unis vont de l'avant avec ce projet alors que la justice kényane a ordonné sa suspension.
Le projet de centre de quarantaine de 50 lits sur la base aérienne de Laikipia, à Nanyuki, suscite la colère de nombreux Kenyans, qui accusent les États-Unis de se décharger ainsi du risque lié à la prise en charge des personnes exposées à l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo et en Ouganda.
Deux personnes ont été tuées lors de manifestations la semaine dernière à Nanyuki.
La police a usé de gaz lacrymogène pour disperser de petits groupes de manifestants qui s’étaient de nouveau rassemblés tôt dans la ville, à proximité de la base aérienne. Certains ont brandi des drapeaux kényans, un manifestant portant une croix blanche sur laquelle était inscrit en rouge le slogan "Reject Ebola" ("Rejetez Ebola").
Au moins dix manifestants ont été interpellés par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de Reuters.
Selon Priscilla Imani, une manifestante, la présence d'un centre de quarantaine va faire fuir les touristes, qui viennent normalement dans la région pour gravir le mont Kenya ou observer des rhinocéros dans une réserve naturelle voisine.
"Mon message est le suivant: Laikipia n'est pas une décharge et nos voix doivent être entendues", a-t-elle déclaré à Reuters.
LES ÉTATS-UNIS REFUSENT L’ENTRÉE DE CAS D’EBOLA
L'administration du président américain Donald Trump a déclaré qu'elle "ne peut pas et ne permettra pas" l'entrée de cas d'Ebola sur le territoire américain, contrairement à ce qui s'était produit lors de l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, lorsque plusieurs ressortissants américains infectés avaient été soignés aux États-Unis.
Plusieurs citoyens américains ont été exposés au virus Ebola dans l'est du Congo et en Ouganda, où plus de 500 cas ont été confirmés et 100 décès imputés à l'épidémie qui s'est déclarée le mois dernier.
Six d’entre eux, dont un qui a été testé positif à la maladie, ont été transférés vers un établissement médical en Allemagne en mai, tandis qu’un autre a été conduit en République tchèque.
Le centre de Nanyuki doit accueillir des Américains exposés au virus mais ne présentant pas encore de symptômes. Les patients symptomatiques seraient transférés vers d’autres pays, selon des responsables américains.
La Haute Cour du Kenya a ordonné à deux reprises la suspension du projet et exigé la divulgation des accords et protocoles relatifs au site. La dernière ordonnance accordait au gouvernement un délai d’une semaine pour rendre publics les documents.
Joshua Malidzo, un avocat contestant le projet américain, a déclaré que le délai fixé par la cour avait expiré lundi sans que le gouvernement ne s'y soit conformé.
Un porte-parole du gouvernement n’a pas répondu à une demande de commentaire.
LA COLÈRE DES KÉNYANS CONTRE LE PRÉSIDENT
De nombreux manifestants ont dirigé leur colère contre le président William Ruto, certains scandant "Ruto must go!" ("Ruto doit partir!"). Le président William Ruto a déclaré la semaine dernière que son administration faisait "ce qu'il fallait" en mettant en place cette installation.
"Pourquoi un gouvernement mettrait-il en place un centre pour lutter contre une maladie dont nous ne souffrons pas alors qu'il n'est pas capable de s’occuper de celles dont nous souffrons?", a déclaré à Reuters Bethwel Onyango, un manifestant de 24 ans.
Des images satellites consultées par Reuters montrent une multiplication de tentes blanches au milieu d’un terrain d’environ 0,046 km² défriché au sein de la base aérienne de Laikipia depuis le 27 mai.
Des avions militaires américains continuent d’acheminer du personnel et du matériel sur le site, selon des sources diplomatiques et des données de suivi aérien.
Les États-Unis ont déclaré être au courant de la contestation judiciaire et "travailler avec le gouvernement kényan pour résoudre toute objection".
Peu après l’accord avec Nairobi, les États-Unis ont annoncé une aide de 13,5 millions de dollars (11,68 millions d'euros) destinée à renforcer la préparation du Kenya face à Ebola.
Les autorités kényanes ont indiqué que l'établissement pourrait également accueillir des Kényans et d'autres ressortissants étrangers, mais les responsables américains ne l'ont pas confirmé.
(Reportage Edwin Okoth et Vincent Mumo Nzilani, version française Elena Smirnova, édité par Sophie Louet et Benoit Van Overstraeten)

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