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Draghi et Schäuble veulent plus d'intégration européenne

Reuters21/07/2012 à 20:17

POUR MARIO DRAGHI, L'EURO N'EST PAS EN DANGER

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le président de la Banque centrale européenne et le ministre allemand des Finances poussent en faveur d'un renforcement de l'intégration politique européenne, que la France n'envisage pour le moment qu'avec prudence.

Mario Draghi et Wolfgang Schäuble se sont exprimés samedi dans deux quotidiens français - Le Monde pour le premier et Le Figaro pour le second - au lendemain d'un accord de l'Eurogroupe sur les conditions d'une aide européenne à la recapitalisation des banques espagnoles.

Ils laissent l'un et l'autre entendre que l'une des leçons à tirer de la crise de la dette souveraine dans la zone euro est la nécessité de renforcer l'intégration européenne.

"Tout mouvement vers une union financière, budgétaire et politique est à mon sens inévitable et conduira à la création de nouvelles entités supranationales", dit le président de la BCE.

"Dans certains pays, le transfert de souveraineté (...) que cela implique est un enjeu majeur", admet Mario Draghi. Mais "avec la mondialisation, c'est précisément en partageant la souveraineté que les pays peuvent mieux la conserver".

Pour le patron de la BCE, pas de doute : "A long terme, l'euro doit être fondé sur une plus grande intégration."

Un avis partagé par le ministre allemand des Finances, depuis longtemps militant d'une Europe plus fédérale.

"Nous devons continuer à travailler aujourd'hui sur ce qui n'était pas faisable à l'époque de la création de l'euro : une coopération plus étroite en matière de politique économique et financière", explique-t-il dans une interview au Figaro.

"En d'autres termes, une union politique plus forte, avec des changements de traités", précise Wolfgang Schäuble.

Le 17 mai à Aix-la-Chapelle, lors de la remise du prix Charlemagne qui récompense des personnalités pour leur engagement en faveur de la construction européenne, il plaidait déjà pour une "union politique".

Il propose notamment un Parlement européen bicaméral aux pouvoirs renforcés, dont une chambre élue au suffrage universel direct, de même que le président d'une Commission européenne transformée en véritable gouvernement de l'UE.

"ALCHIMIE COMPLEXE"

Le ministre allemand des Finances est en fait un récidiviste. En 1994, avec un autre dirigeant de la CDU, Karl Lamers, il proposait à la France d'aller de l'avant dans une plus grande intégration politique de l'Union européenne en constituant un "noyau dur" avec quelques autres pays membres.

Il s'était alors heurté à une fin de non-recevoir du Premier ministre français de l'époque, Edouard Balladur, qui répondait dans une tribune au Monde : "Il n'y a que des inconvénients à rouvrir le débat sur le fédéralisme."

Cette allergie à la notion de fédéralisme perdure dans une France imprégnée de culture jacobine et intergouvernementale.

A Paris, les propositions de Wolfgang Schäuble sont jusqu'ici perçues, au mieux, comme une volonté de plaquer sur l'échelon européen le modèle fédéral allemand.

"Il faudra une forme d'union politique mais nous avons à inventer une forme originale", déclarait la semaine dernière la présidente socialiste de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Elisabeth Guigou.

Une objection auquel le ministre allemand prend soin de répondre dans son interview au Figaro.

"L'union ne se fera pas sur le modèle allemand, ni sur le modèle français", jure Wolfgang Schäuble. "C'est une alchimie complexe fondée sur la combinaison de la diversité des cultures en Europe."

Le ministre français des Affaires européennes, ancien militant du "non" lors du référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne, ne dit pas autre chose.

"Il n'y a pas d'un côté le grand saut politique proposé par les Allemands et de l'autre la réponse française, toujours dubitative", déclarait récemment Bernard Cazeneuve à Reuters.

"Ce n'est pas comme cela que les choses se passent entre nos deux pays. En fait, chacun apporte sa contribution à l'autre et c'est ainsi que l'Europe progresse", ajoutait-il.

Dans le Figaro, Wolfgang Schäuble s'efforce également de répondre à une autre crainte largement répandue au sein de l'UE : celle de voir la construction européenne se traduire par le renforcement d'une technocratie bruxelloise échappant au contrôle des Etats et des peuples.

"Nous ne voulons pas d'un super-Etat européen", dit-il. "Nous ne voulons pas davantage de bureaucratie européenne. Il faut créer quelque chose de nouveau, une nouvelle répartition des pouvoirs entre les Etats membres et l'Union."

"Nous voulons une Europe capable d'agir dans les domaines où elle a des intérêts communs, notamment pour la politique monétaire, économique et financière", ajoute-t-il.

Edité par Jean-Stéphane Brosse

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