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Deux mois pour redresser l'assurance chômage

Reuters17/01/2014 à 20:39

CHÔMAGE ET DÉFICIT EN FRANCE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Les partenaires sociaux, qui ont lancé vendredi les négociations sur de nouvelles règles de l'assurance chômage et du financement de l'Unedic, divergent sur le traitement du déficit de cet organisme qui gère l'indemnisation de trois chômeurs sur cinq.

Cette première réunion consacrée au calendrier et à la méthode de négociation, ainsi qu'au diagnostic, au siège du Medef, principale organisation patronale, ne leur a cependant pas permis d'entrer véritablement dans le vif du sujet.

Ils se sont donné quatre sessions plénières d'ici le 13 mars - cinq si nécessaire - pour s'accorder sur l'indemnisation des chômeurs et des mécanismes d'incitation au retour au travail, dont la mise en oeuvre de "droits rechargeables".

L'Unedic, qui leur a présenté un état des lieux, prévoit un déficit de 4,3 milliards d'euros en 2014 et une dette cumulée de 22,1 milliard en fin d'année, le chômage, au plus haut depuis 1997, touchant 10,5% de la population active métropolitaine.

Pour les organisations patronales, il est urgent de rétablir, ou au moins de stabiliser, les comptes de l'Unedic.

"Il n'y a aucun organisme, paritaire ou pas, qui peut continuer à vivre avec un tel déficit annuel et des déficits cumulés, même si on arrive encore à emprunter à un taux faible", a déclaré la négociatrice de CGPME, Geneviève Roy.

Mais la CFDT, Force ouvrière (FO) et la CFTC estiment qu'il faut "faire le dos rond" et assumer les déficits en attendant le retour de la croissance et les créations d'emplois.

"Un régime d'assurance-chômage, c'est fait pour indemniser les gens pendant les périodes de crise", a dit la négociatrice de la CFDT, Véronique Descacq. "Il ne faut pas s'étonner qu'on soit en déficit, il faut collectivement l'assumer."

"Nous faisons le pari de la reprise" économique, a pour sa part déclaré son homologue de la CFTC, Yves Razzoli.

LE MEDEF NE VEUT PAS "SE FAIRE AVOIR"

Les syndicats rejettent toute idée de réduction des droits des chômeurs, qu'il s'agisse d'un allongement de la période de cotisation validant ces droits, d'une réduction de la durée d'indemnisation ou d'une diminution des allocations.

Ils ont reçu le soutien du président François Hollande.

"Ce n'est pas au moment où il y a un taux de chômage élevé qu'il faut réduire les droits des chômeurs", a-t-il dit mardi.

Une déclaration qui a eu le don d'irriter le négociateur de l'Union professionnelle artisanale (UPA), une des trois délégations d'employeurs qui participent aux négociations.

"On ne doit rien s'interdire, il faut discuter de tout et on n'a pas à nous dicter ce qu'il y a à faire au niveau des partenaires sociaux", a déclaré Patrick Liébus à Reuters.

Le seul point sur lequel le patronat ne transigera pas, c'est son refus d'augmenter les cotisations, a pour sa part déclaré le négociateur du Medef, Jean-François Pilliard.

"On s'est fait avoir avec les retraites complémentaires, on ne va pas recommencer avec l'assurance chômage", a-t-il dit. "On a négocié l'augmentation de cotisation parce que l'Etat s'était engagé à faire une réforme profonde du système de retraites. On s'est fait lâché en route. Il n'y aura pas d'épisode deux."

Le négociateur de la CGT, qui plaide justement pour une augmentation des cotisations sur les contrats courts et pour un allongement de la durée d'indemnisation de 24 à 30 mois (36 à 60 mois pour les seniors), s'est dit "prêt pour la bagarre".

"Le Medef n'en a jamais assez", a dit Eric Aubin. "Après le nouveau cadeau qui vient de leur être fait avec le pacte de responsabilité (proposé par François Hollande aux entreprises), ils continuent d'en demander."

PROCHAIN RENDEZ-VOUS LE 28 JANVIER

Il a lancé un appel aux salariés et aux demandeurs d'emploi à se mobiliser "pour peser dans ces négociations", lors de la journée d'action organisée le 6 février par la CGT sur les questions d'emploi, de salaires et de protection sociale.

Mais au-delà de ces déclarations rituelles en début de négociation sociale, les autres délégations syndicales ont plutôt trouvé un patronat sur la réserve - "prudent", a dit Stéphane Lardy, "ambigu", a estimé son homologue de la CFE CGC, Franck Mikula, évitant la provocation, selon Véronique Descacq.

"Je pense qu'il y a une voie. Elle est étroite mais il y a une voie", a souligné la négociatrice de la CFDT.

Les syndicats ont notamment relevé que les négociateurs patronaux n'avait pas agité le chiffon rouge d'une demande de dégressivité de l'indemnisation des chômeurs.

Mais Jean-François Pilliard n'a pas exclu que la question puisse être soulevée en court de négociation, de même que le cas épineux des intermittents du spectacle, qui contribuent à hauteur d'un milliard d'euros par an au déficit de l'Unedic, alors qu'ils ne représentent que 3% des demandeurs d'emploi.

"Un régime d'assurance chômage n'a pas vocation à financer la politique culturelle de la France", a-t-il dit.

Le gouvernement a prévu dans la loi de finances 2014 300 millions d'euros d'économies sur l'assurance chômage, a-t-il rappelé. "On serait heureux qu'ils nous expliquent comment on fait une économie de 300 millions sans toucher à rien."

Il a cependant ajouté qu'il y avait avant tout une "véritable réflexion à mener sur la question des activités réduites et de la sécurisation des parcours professionnels".

"Notre objectif est de rendre le régime plus incitatif à la reprise d'emploi", a souligné le négociateur du Medef.

Prochain rendez-vous le 28 janvier.

Edité par Yves Clarisse

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