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Destitution-Jour crucial pour Rousseff avec le vote des députés

Reuters 17/04/2016 à 19:37
    * Vote prévu à partir de 14h00 (17h00 GMT) 
    * Les partisans de la destitution doivent réunir deux tiers 
des voix, soit 342 voix 
    * Le parti présidentiel dit avoir espoir de mettre la 
procédure en échec 
 
 (Actualisé avec dernières estimations du Parti des 
travailleurs) 
    par Anthony Boadle et Marcela Ayres 
    BRASILIA, 17 avril (Reuters) - Les députés brésiliens se 
sont réunis dimanche pour procéder à un vote susceptible de 
déboucher sur une destitution de la présidente Dilma Rousseff, 
accusée d'avoir truqué les comptes publics pour favoriser sa 
réélection en 2014, un scrutin qui pourrait mettre fin à 13 de 
pouvoir du Parti des travailleurs. 
    Cette crise politique, qui divise le Brésil depuis des mois 
sur fond de soupçons de corruption, s'est peu à peu muée en un 
conflit ouvert entre la présidente et son vice-président, le 
centriste Michel Temer, membre du Parti du mouvement 
démocratique brésilien (PMDB), qui lui succéderait si elle était 
destituée.  
    Dilma Rousseff s'est lancée samedi dans des tractations de 
la dernière chance avec les députés de son camp, pour tenter de 
s'assurer leur soutien à la veille du vote. La présidente a 
rencontré une partie des députés appelés à se prononcer ce 
dimanche pour ou contre sa destitution au motif qu'elle aurait 
enfreint les règles budgétaires en vigueur en maquillant les 
compte publics pour faciliter sa réélection en 2014. 
    Ces discussions suggèrent que le vote de dimanche pourrait 
être plus serré qu'attendu initialement. Les opposants à la 
présidente doivent réunir une majorité des deux tiers des 513 
députés, soit 342 voix, pour voter la destitution. Si la 
destitution passe à la chambre basse, le Sénat devra alors se 
prononcer. 
    On estime que Dilma Rousseff doit trouver 20 voix pour 
mettre la procédure en échec. 
    "D'après nos derniers calculs, nous aurons les voix pour 
bloquer la destitution", a affirmé José Guimarães, chef de file 
du Parti des travailleurs (PT), la formation de Rousseff et de 
Lula, à la chambre des députés. 
    Plus tôt dans la journée, un conseiller de Michel Temer 
avait déclaré que Rousseff, soutenue par son prédécesseur Luis 
Iñacio Lula da Silva, qui reste l'homme politique le plus 
influent du pays, était parvenue à retourner une poignée de 
députés mais pas assez pour faire pencher la balance en sa 
faveur. 
    Le vote des députés est prévu à partir de 14h00 (17h00 GMT) 
mais le résultat pourrait ne pas être connu avant la fin de la 
soirée. Selon les sondages, plus de 60% des Brésiliens sont 
partisans d'une destitution de la présidente. 
     
    MANIFESTATIONS ET DÉPLOIEMENT POLICIER 
    Partisans et adversaires de la destitution de la présidente 
se sont rassemblés dès dimanche matin à Brasilia, la capitale, 
et se sont rapprochés du Congrès. Une barrière de deux mètres de 
haut a été érigé sur plus d'un kilomètre pour séparer les deux 
cortèges.  
    Des milliers de policiers se sont dans le même déployés à 
Brasilia et dans les mégapoles que sont Sao Paulo et Rio de 
Janeiro, où l'on attend des rassemblements rivaux de plusieurs 
centaines de milliers de partisans et d'opposants à la 
destitution.  
    Dans une vidéo et une tribune publiée dans la presse, Dilma 
Rousseff, première femme à diriger le plus grand pays d'Amérique 
latine, a de nouveau nié avoir commis des actes justifiant sa 
destitution, présentant la procédure visant à la chasser du 
pouvoir comme "la plus grosse fraude juridique et politique" de 
l'histoire du Brésil. 
    "Nous sommes face à la menace d'un coup d'Etat, un coup 
d'Etat sans armes qui utilise des méthodes plus destructrices, 
comme la fraude et le mensonge, pour tenter de détruire un 
gouvernement légitimement élu", a-t-elle écrit dans le grand 
quotidien Folha de S.Paulo samedi.  
     
    UN POUVOIR AFFAIBLI 
    Outre les accusations de manipulation du budget, Dilma 
Rousseff se voit reprocher par une partie de l'opinion publique 
d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans sa pire récession 
économique depuis les années 1930. 
    Son pouvoir a en outre été affaibli par l'affaire Petrobras, 
un dossier de corruption présumée à grande échelle impliquant le 
puissant groupe pétrolier public.  
    Elle n'a pas été personnellement mise en cause par la 
justice dans ce dossier, contrairement à bon nombre des députés 
appelés à se prononcer sur son sort. Selon le site d'information 
politique indépendant Congresso em Foco, plus de 300 des élus 
appelés à voter sont visés par une enquête pour corruption, 
fraude ou infraction au code électoral. 
    La crise politique, qui a fait éclater la coalition 
gouvernementale, est d'autant plus profonde que l'héritière de 
Lula a conservé le soutien d'une partie des classes populaires, 
reconnaissantes au Parti des travailleurs de l'amélioration de 
la qualité de vie de dizaines de millions de personnes en 13 ans 
de pouvoir.  
    Si les députés votent en faveur de la destitution, il 
appartiendra alors au Sénat de se prononcer sur le renvoi de la 
présidente devant la justice pour infraction aux règles 
budgétaires. Si elle perd ce vote, qui pourrait avoir lieu le 10 
ou le 11 mai, elle sera automatiquement suspendue et remplacée 
par Michel Temer. Ce dernier, qui assurerait la présidence 
jusqu'en 2018 si Dilma Rousseff était jugée coupable par le 
Sénat, n'a que peu de soutiens politiques.  
    Si elle survit au vote de dimanche, la présidente restera 
très affaiblie et les observateurs estiment que sa promesse de 
former alors un gouvernement d'union nationale a peu de chances 
d'être tenu au vu des divisions profondes créées par la crise. 
 
 (avec Daniel Flynn; Marc Angrand, Eric Faye et Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 

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