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Damas évoque ses armes chimiques, poursuite des combats

Reuters23/07/2012 à 21:29

LA SYRIE RECONNAÎT ÊTRE EN POSSESSION D'ARMES CHIMIQUES

par Erika Solomon et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - La Syrie a reconnu pour la première fois lundi être en possession d'armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d'"agression extérieure" tout en excluant de les employer pour mater l'insurrection contre Bachar al Assad.

Cette annonce d'un éventuel recours à des armes non conventionnelles survient alors que le régime syrien est engagé dans une vaste contre-offensive à Damas et à Alep, la grande ville du Nord proche de la Turquie.

Le caractère chaotique de la situation sur le terrain a incité récemment les Etats-Unis et Israël à s'inquiéter ouvertement du sort de l'arsenal chimique syrien, l'Etat juif se disant même prêt à intervenir si des armes non conventionnelles devaient être transférées au mouvement chiite libanais du Hezbollah, allié de Damas.

"Aucune arme chimique ou biologique ne sera jamais employée dans le cadre de la crise en Syrie, quelle que soit l'évolution de la situation", a affirmé lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Djihad Makdissi, lors d'une conférence de presse diffusée sur une chaîne de télévision d'Etat.

"Ces armes sont stockées et sécurisées sous la supervision directe des forces armées et ne seront utilisées que si la Syrie fait face à une agression extérieure."

En déplacement en Serbie, le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a fait part de sa vive préoccupation.

"L'utilisation d'armes de destruction massive en Syrie par quiconque en Syrie serait un acte répréhensible", a-t-il dit à la presse.

POURSUITE DES BOMBARDEMENTS

A Bruxelles, le chef de la diplomatie britannique William Hague a pour sa part qualifié "d'intolérable" la menace brandie par Damas.

"C'est caractéristique de l'illusion totale qui berce ce régime, qui pense être victime d'une agression extérieure", a dit à la presse le secrétaire au Foreign Office lors d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

"Ce qui se passe en fait c'est que son propre peuple se soulève contre un Etat policier brutal (...) et il est de toute façon inacceptable (de la part des autorités syriennes) de dire qu'elles pourraient utiliser des armes chimiques pour quelque raison que ce soit."

Sur le terrain, les forces syriennes ont bombardé lundi Alep et le quartier de Narh Aicha, dans le sud de Damas, faisant irruption dans des commerces et des maisons, avant d'y mettre le feu, rapportent des militants de l'opposition.

A Alep, les habitants fuient les quartiers d'Al Haideriya, d'Hanano et de Sakhour, tenus par les insurgés et théâtres d'affrontements entre rebelles et forces de sécurité.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), organisme d'opposants basé à Londres, a évoqué dimanche un bilan de 1.261 tués, dont 299 parmi les forces pro-Assad, dans toute la Syrie depuis dimanche dernier, ce qui fait de cette semaine la plus meurtrière d'un soulèvement pacifique puis d'un conflit qui ont fait 18.000 morts depuis la mi-mars 2011 selon l'OSDH.

Face à l'intensification des violences, le Premier ministre irakien Nouri al Maliki a donné instruction lundi aux autorités frontalières d'autoriser l'entrée des réfugiés syriens, a annoncé un responsable.

La Ligue arabe a promis de son côté le versement de 100 millions de dollars pour l'aide aux réfugiés syriens, dont le nombre pourrait atteindre 185.000 cette année selon le Haut Commissariat de l'Onu pour les réfugiés.

CONCESSION

Quatre jours après l'échec de l'Onu à imposer la paix en Syrie conformément au plan de l'émissaire international Kofi Annan, les discussions piétinent toujours sur la marche à suivre pour mettre un terme aux violences en Syrie.

La Russie, alliée indéfectible de Damas, s'oppose toujours aux menaces de sanction réclamées par l'Occident qui souhaite voir le président Bachar al Assad quitter le pouvoir.

Maintenant la position de Moscou dans le dossier syrien, le président russe Vladimir Poutine a estimé lundi que la crise syrienne devait être résolue par des négociations et non par les armes.

Une chute du gouvernement du président Bachar al Assad risquerait de perpétuer une guerre civile où les rôles s'inverseraient, a-t-il ajouté.

Réunis à Doha dimanche, les pays de la Ligue arabe ont exhorté le président syrien Bachar al Assad à quitter le pouvoir en échange d'une "sortie sûre" et ont appelé les opposants et les insurgés de l'Armée syrienne libre (ASL) à constituer un gouvernement de transition.

Ces appels à la démission constituent "une ingérence flagrante" dans les affaires internes de la Syrie, a dénoncé Makdissi lundi. "Nous regrettons que la Ligue arabe se soit abaissée à ce niveau immoral envers un pays membre de cette institution au lieu d'aider la Syrie", a-t-il dit.

L'Irak a estimé pour sa part qu'il revenait au peuple syrien de décider de son sort. "La délégation irakienne a émis des réserves. Ce n'est pas dans l'habitude d'une réunion ministérielle de demander à quelqu'un de partir", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ali al Dabbagh.

L'Union européenne a renforcé de son côté son embargo sur les armes.

Marine Pennetier pour le service français

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