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Climat-L'OCDE épingle les politiques contradictoires des Etats

Reuters02/06/2015 à 15:40

* Les Etats continuent à subventionner les énergies fossiles * Les règles prudentielles de Bâle III ont des effets pervers * L'OCDE mise sur un effet COP21 sur les Etats PARIS, 2 juin (Reuters) - Les politiques de subventions des Etats et le fonctionnement actuel du système financier vont à l'encontre des objectifs de la conférence sur le climat de Paris, avertit l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les représentants de 195 pays tentent depuis lundi à Bonn de jeter les bases d'un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C maximum, enjeu de la conférence sous égide de l'Onu qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre. Un des obstacles importants à une action efficace est la poursuite de politiques favorisant les combustibles fossiles et les activités à forte intensité de carbone, qui sont autant de "signaux" contradictoires, estiment les auteurs d'un rapport de l'OCDE à paraître début juillet. "Il y a un problème d'alignement des politiques publiques avec les objectifs de lutte contre le changement climatique", souligne Richard Baron, le coordinateur de ce rapport, dont il a présenté mardi les grandes lignes à la presse. Les deux tiers des investissement énergétiques, par exemple, se font encore dans les énergies fossiles. Pire : les investissements du secteur privé dans le pétrole, le gaz et le charbon continuent de bénéficier d'aides publiques (subventions ou dispositions fiscales) à hauteur de 50 à 82 milliards d'euros par an pour les seuls 34 pays de l'OCDE. Les avantages fiscaux accordés aux véhicules de société (19% de la flotte automobile de l'OCDE) et aux frais de déplacement -- 19 à 33 milliards d'euros par an -- encouragent l'usage intensif de grosses voitures et donc l'émission de CO2. En dehors des transports, l'utilisation des combustibles fossiles par l'industrie, la production d'électricité ou le chauffage, est "très peu taxées au regard de leurs émissions de CO2", souligne encore Richard Baron. EFFETS PERVERS L'OCDE pointe également du doigt quelque 130 milliards de dollars (118 milliards d'euros) par an de subventions aux agriculteurs de ses pays membres pouvant avoir des "effets néfastes sur l'environnement". Elle dénonce aussi le fait qu'un tiers de la nourriture produite soit perdue chaque année. En revanche, la part de l'argent public dans les dépenses de recherche et développement dans le domaine énergétique est tombée de 11% en 1980 à 4% en 2012 dans les 29 pays de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), ajoute l'organisation. Pour l'OCDE, l'absence d'un marché du carbone structuré se fait clairement sentir : "On manque d'un prix du carbone fort pour décourager l'investissement dans les combustibles fossiles", souligne Richard Baron. Mais l'organisation estime que les règles prudentielles introduites dans le secteur financier par l'accord Bâle III après la crise de 2008 sont aussi de nature à décourager les investissements de long terme dans les infrastructures, les activités sobres en carbone et les énergies renouvelables. "Nous ne disons pas qu'il faut choisir entre stabilité financière et investissement dans les énergies renouvelables. Pour avoir de l'investissement, quelle que soit sa destination, il faut une stabilité financière", explique Virginie Marchal, un des auteurs du rapport. "Mais il y a peut-être des conséquences inattendues du calibrage actuel des réglementations", ajoute-t-elle. "Donc (...) essayons de trouver des solutions, qui ne sont pas de supprimer les règles prudentielles mais peut-être de mieux accompagner les banques dans ce genre d'investissement." L'OCDE invite par ailleurs les gouvernements à détecter ministère par ministère les "défauts d'alignement" de leur politique sur les objectifs affichés en matière de climat. Un obstacle sur la voie de cet "alignement" réside dans les craintes de distorsions de compétitivité, nourries par des ambitions très inégales selon les pays, estime-t-elle. "Un accord global dans le cadre de la COP21 à Paris pourrait enclencher des améliorations dans ce domaine." (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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