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Christine Lagarde devant la Cour de justice de la République

Reuters23/05/2013 à 23:22

CHRISTINE LAGARDE DEVANT LA JUSTICE DANS L'AFFAIRE TAPIE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - La Cour de justice de la République (CJR) a entamé jeudi l'audition de Christine Lagarde, qui doit s'expliquer sur son rôle dans l'arbitrage privé rendu en 2008 en faveur de l'homme d'affaires Bernard Tapie.

Vêtue d'un tailleur bleu marine et d'un foulard turquoise, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée peu après 08h00 et n'est ressortie du bureau des juges que vers 21h00, soit près de 13 heures d'audition.

"A demain", a dit Christine Lagarde à sa sortie, confirmant ainsi qu'elle devait être à nouveau entendue vendredi devant la seule juridiction habilitée à juger les anciens ministres.

A son issue de cette seconde journée, l'ex-ministre de l'Economie sera soit mise en examen, soit placée sous statut de témoin assisté.

Une mise en examen pourrait embarrasser le FMI, même si son conseil d'administration a jusqu'ici dit ne pas être préoccupé par ce dossier.

"Le conseil d'administration a été tenu au courant de la situation à plusieurs reprises, y compris récemment, et maintient sa confiance dans la capacité de la directrice générale à mener à bien sa mission", a dit jeudi à la presse Gerry Rice, porte-parole du FMI.

L'institution devra toutefois revoir sa position si la procédure devant la CJR venait à empêcher Christine Lagarde d'exercer son mandat, indique une source au sein de l'institution.

"Les fonctions du directeur général cessent lorsque le conseil d'administration en décide ainsi", selon les statuts de l'organisation. Tous les employés du FMI doivent "respecter les plus hauts standards d'éthique professionnelle", précise le code de conduite du personnel.

En mai 2011, Dominique Strauss-Kahn, alors accusé d'agressions sexuelles et de tentative de viol sur une femme de chambre d'un hôtel de New York, avait démissionné de ce poste.

BERCY ENVISAGE UN RECOURS

Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a estimé jeudi que Christine Lagarde devrait quitter le FMI si elle était mise en examen, alors que le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a déclaré qu'elle gardait "toute la confiance des autorités françaises".

"Objectivement, connaissant le FMI et le fonctionnement des instances de ce type, j'ai tendance à considérer que si elle était mise en examen, sans doute, on lui demanderait de quitter ses fonctions", a déclaré Najat Vallaud-Belkacem sur BFM TV.

La France perdrait alors son dernier poste dirigeant d'une institution internationale.

Dans le cas d'une mise en examen, le ministère de l'Economie envisage un recours en nullité contre l'arbitrage privé qui a soldé le litige opposant le Crédit Lyonnais à Bernard Tapie.

L'homme d'affaires a pourtant dit ne pas s'intéresser au sort judiciaire de l'ancienne ministre, et fustigé les fantasmes entourant d'après lui cette affaire.

"Il faut que les trois arbitres soient trois voyous qui ont touché de l'argent pour faire un arbitrage bidon, le reste c'est du baratin", a-t-il dit sur Europe 1. "On peut fantasmer comme ça pendant des plombes mais il n'y a rien de vrai là-dedans."

Une procédure visant Christine Lagarde est ouverte depuis l'été 2011 à la CJR pour complicité de détournement de fonds publics et de faux dans cette affaire.

La directrice générale du FMI, dont le domicile a été perquisitionné fin mars, dément toute malversation et a exclu de démissionner.

L'ancienne ministre de l'Economie avait choisi en 2007 de solder par un arbitrage privé un litige judiciaire concernant la revente en 1993, par le Crédit Lyonnais, d'Adidas, contrôlé par Bernard Tapie, qui s'estimait floué par la banque.

Le tribunal arbitral avait condamné en juillet 2008 le Consortium de réalisation (CDR), structure créée en 1995 pour gérer le passif du Crédit Lyonnais après sa quasi-faillite, à verser à l'homme d'affaires 285 millions d'euros d'indemnités, dont 45 millions à titre de préjudice moral (403 millions d'euros avec les intérêts).

avec Jean-Baptiste à Paris et Alister Bull à Washington, édité par Gérard Bon


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