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Bombardements meurtriers en Syrie avant l'arrivée de Kofi Annan

Reuters09/03/2012 à 21:00

BOMBARDEMENTS MEURTRIERS EN SYRIE

par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Les forces de sécurité syriennes ont tué au moins 54 personnes vendredi dans l'ensemble de la Syrie, dont 17 dans la ville de Homs, selon des militants, à la veille de l'arrivée à Damas de Kofi Annan, l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe.

L'ancien secrétaire général des Nations unies a appelé jeudi à l'ouverture d'un dialogue entre le régime de Bachar al Assad et l'opposition, mais les opposants ont rétorqué que cela reviendrait à donner du temps aux forces gouvernementales pour les écraser.

"Nous rejetons tout dialogue tant que les chars bombardent nos villes, que les tireurs embusqués abattent nos femmes et nos enfants et que de nombreuses régions sont coupées du reste du monde par le régime, privées d'électricité, de communications et d'eau", a réagi Hadi Abdallah, un activiste de Homs.

En ce vendredi de grande prière hebdomadaire et pour marquer le huitième anniversaire d'un soulèvement kurde réprimé dans le sang dans le nord-est de la Syrie, l'opposition entendait au contraire maintenir la pression sur le régime au moment où celui-ci montre de timides signes de divisions.

Après la défection, mercredi, du vice-ministre du Pétrole, Abdo Houssameldine, quatre généraux ont rejoint l'insurrection. Ils ont gagné un camp dans le sud de la Turquie, a annoncé jeudi un porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL).

A Homs, l'ASL n'a pas déposé les armes une semaine après la chute de Bab Amro et la répression se poursuit dans plusieurs quartiers encore sous le contrôle des rebelles.

Dix-sept personnes ont été tuées dans la ville, notamment par des tirs de mortiers contre une manifestation dans le quartier de Bab Houd, rapporte un activiste, Abou Imad, selon lequel une mosquée de Bab Dreib a aussi été touchée à la fin de la prière.

D'après Walid Fares, un militant de Khalidiya, autre foyer de contestation de la ville, quatre manifestations ont été organisées ce vendredi à Homs et toutes ont été bombardées à coups de mortiers.

"Trente chars sont entrés dans mon quartier à sept heures ce matin et ont tiré sur les maisons", a déclaré de son côté Karam Abu Rabea, un habitant du quartier de Karm al Zeitoun. Les habitants qui avaient prévu de manifester après la prière sont confinés chez eux, a-t-il ajouté.

VALERIE AMOS EN TURQUIE

A Damas, deux habitants ont également été tués vendredi dans le quartier de Kfar Souseh, où les forces de sécurité se sont déployées pour réprimer un acte de désobéissance civile, selon des militants.

Les opposants avancent le chiffre d'au moins 54 morts dans l'ensemble du pays en cette seule journée de vendredi, la province d'Idlib, proche de la frontière turque, étant également touchée par les violences avec 24 décès signalés.

L'agence officielle de presse SANA a fait état de son côté d'importantes manifestations pro-Assad à Damas et à Hassaka (nord-est).

Après son déplacement mercredi à Homs, où elle s'est dite "anéantie" par l'ampleur des destructions, la secrétaire générale adjointe de l'Onu chargée des affaires humanitaires, Valerie Amos, a visité vendredi un camp de réfugiés syriens en Turquie.

Elle a annoncé à Ankara que le gouvernement syrien avait accepté de s'associer à une "évaluation limitée" de la situation en Syrie, mais demandé un délai pour répondre à sa demande d'"accès illimité" aux zones touchées par les combats.

"Le gouvernement syrien a demandé plus de temps pour étudier l'accord que je lui ai soumis. Il est très important que nous ayions un accès illimité", a déclaré Valerie Amos.

Près de 30.000 Syriens sont réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie. Douze mille d'entre eux sont enregistrés dans les camps établis dans la province turque de Hatay (sud-ouest), dont 800 au cours de la semaine écoulée, un chiffre en augmentation depuis la chute de Bab Amro, selon un fonctionnaire du ministère turc des Affaires étrangères.

Valerie Amos s'est entretenue à Ankara avec le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, dont le pays est l'un des plus critiques envers le régime de Bachar al Assad. Jeudi, le président turc Abdullah Gül s'est dit favorable au déploiement en Syrie d'une force régionale, à laquelle la Tunisie s'est dite disposée à participer.

ANNAN DOIT CONVAINCRE MOSCOU

Beaucoup plus conciliante envers les autorités de Damas, la Chine a annoncé vendredi l'envoi d'un nouvel émissaire dans la région. L'assistant du chef de la diplomatie chinoise, Zhang Ming, se rendra en Arabie saoudite et en Egypte du 10 au 14 mars, puis en France du 14 au 16 mars pour évoquer le dossier syrien, a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Zhang Ming "discutera de la question syrienne avec les responsables de la Ligue arabe et d'autres pays pour tenter de trouver une résolution juste et adaptée" avant de tenir des "consultations" en France, a précisé Liu Weimin lors d'un point presse quotidien.

Un autre émissaire chinois, Li Huaxin, a appelé ce week-end à Damas à la fin "immédiate" des violences et présenté un plan de sortie de crise en six points. Pékin a aussi mis en garde les Occidentaux contre la tentation d'utiliser l'aide humanitaire pour "s'ingérer" dans les affaires intérieurs syriennes.

Même son de cloche en Russie, alliée de longue date du régime syrien, dont elle est le principal fournisseur d'armes. "Nous ne soutiendrons aucune résolution (au Conseil de sécurité de l'Onu) qui ouvrirait la porte à l'usage de la force contre la Syrie", a twitté jeudi le vice-ministre russe des Affaires étrangères.

Un diplomate russe est allé plus loin, jeudi, en endossant, lors du forum humanitaire sur la Syrie organisé au siège de l'Onu à Genève, la version officielle syrienne du conflit selon laquelle les forces gouvernementales combattent plus de 15.000 "terroristes" étrangers liés à Al Qaïda.

Moscou pourrait pourtant jouer un rôle crucial pour mettre fin au bain de sang en poussant Bachar al Assad à quitter le pouvoir, estime le centre de réflexion International Crisis Group, selon lequel c'est dans ce domaine que Kofi Annan a une carte à jouer.

"Si (Annan) arrive à convaincre la Russie de soutenir un plan de transition, le régime (syrien) n'aura d'autre choix que de négocier de bonne foi ou de se retrouver presque totalement isolé après la perte d'un allié clé", estime l'organisation basée à Bruxelles dans un rapport publié cette semaine.

Avec Oliver Holmes à Beyrouth, Tulay Karadeniz à Ankara, Sabrina Mao à Pékin, Tom Miles à Genève, Tangi Salaün pour le service français

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