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Bataille entre armée et insurgés dans des faubourgs de Damas

Reuters30/01/2012 à 00:02

BATAILLE ENTRE ARMÉE ET INSURGÉS DANS DES FAUBOURGS DE DAMAS

par Khaled Yacoub Oweis et Mariam Karouny

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - L'armée syrienne a déployé dimanche environ 2.000 militaires en renfort et entrepris de reprendre des faubourgs de l'est de Damas tombés aux mains des insurgés, faisant 19 morts, selon des opposants.

Cette initiative illustre la poursuite des violences invoquée samedi par la Ligue arabe pour justifier la suspension de sa mission d'observation. Le secrétaire général de cette organisation, Nabil Elarabi, s'est envolé dimanche vers le siège des Nations unies à New York pour y inciter le Conseil de sécurité à soutenir son projet de "transition" pour la Syrie, prévoyant la mise à l'écart de Bachar al Assad.

Les militaires envoyés en renfort dans le secteur de Ghouta, une banlieue à la périphérie orientale de Damas, sont arrivés à l'aube à bord de convois d'autocars et de véhicules de transport de troupes, accompagnés d'au moins 50 chars et autres blindés, ont rapporté des activistes. Ils viennent appuyer les troupes engagées dans les faubourgs de Sakba, Hammouriya et Kfar Batna, situés à quelques kilomètres seulement du centre de la capitale.

Des blindés ont pénétré jusqu'au coeur de Sakba et de Kfar Batna, ont dit ces opposants.

"C'est une guerre urbaine. Il y a des cadavres dans les rues", a dit un activiste de Kfar Batna.

Un autre militant a affirmé que Sakba était soumis à d'intenses bombardements mais que l'armée se heurtait à une résistance acharnée de la part des rebelles.

Selon les opposants, 14 civils et cinq insurgés de l'Armée syrienne libre ont été tués dans ces faubourgs, pris par des rebelles dans le courant de la semaine et cibles depuis samedi d'une offensive de l'armée.

"Les mosquées transformées en hôpitaux de fortune réclament du sang. Ils ont coupé l'électricité. Les stations-service sont vides et l'armée empêche les habitants de partir pour aller chercher du carburant pour les générateurs et pour faire fonctionner le chauffage", a dit Raïd, un activiste de Sakba, interrogé brièvement par téléphone satellitaire.

RANKOUS ASSIÉGÉE

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme indique que 41 civils ont été tués dans le pays dimanche, dont 14 à Homs et 12 dans la localité d'Hama.

Trente-et-un soldats et membres de forces de sécurité ont également trouvé la mort principalement lors de deux attaques de déserteurs dans la province d'Idlib dans le nord de la Syrie.

L'agence officielle de presse Sana a fait état des funérailles militaires de 28 soldats et policiers samedi et de 23 autres dimanche.

Le mouvement de contestation né en mars 2011 contre Bachar al Assad, dont la famille dirige la Syrie depuis 1970, se transforme progressivement en une insurrection armée alimentée par un nombre croissant de déserteurs, menaçant de faire basculer dans la guerre civile ce pays de 23 millions d'habitants situé au coeur du Moyen-Orient.

Cette insurrection s'approche progressivement de Damas, dont la banlieue de Ghouta, ceinture agricole séparant la capitale de la campagne, est composée de plusieurs faubourgs habités par une population essentiellement sunnite et conservatrice.

Ce secteur a été le théâtre de vastes manifestations réclamant le départ de Bachar al Assad, issu de la minorité alaouite.

Des milliers de militaires assiègent également Rankous, une ville de 25.000 habitants nichée dans la montagne à une trentaine de kilomètres au nord de Damas, affirment des habitants et des opposants. Pour tenter de déloger des déserteurs et des insurgés, les blindés de l'armée pilonnent cette localité depuis mercredi et les forces du régime y ont fait au moins 33 morts, disent-ils.

Ailleurs, les opposants disent avoir entrepris de récupérer les corps de sunnites tués dans un massacre imputé à des miliciens fidèles au régime à Homs.

L'Onu estime que la répression a fait plus de 5.000 morts depuis mars. Ce bilan date de décembre et l'Onu dit ne plus être en mesure de l'actualiser.

Le régime syrien affirme pour sa part que les troubles provoqués par des "groupes terroristes" soutenus par l'étranger ont coûté la vie à plus de 2.000 militaires et policiers.

RÉTICENCES RUSSES ET CHINOISES

Pour tenter de mettre fin au bain de sang, la Ligue arabe cherche à convaincre le Conseil de sécurité de l'Onu d'appuyer son plan prévoyant une "transition politique" en Syrie.

Un projet de résolution en ce sens, soutenu par des pays occidentaux comme la France, a été soumis vendredi au Conseil, devant lequel Nabil Elarabi et le Premier ministre qatari, Hamad ben Djassim al Sani, président du comité de la Ligue arabe sur la Syrie, défendront leur projet mardi.

Les deux hommes s'efforceront notamment de surmonter les réticences de la Russie et de la Chine, deux pays disposant du droit de veto.

"Nous allons avoir plusieurs réunions avec des représentants des pays membres du Conseil de sécurité afin d'obtenir le soutien et l'accord du conseil à l'initiative arabe", a dit Nabil Elarabi avant d'embarquer à bord de son avion au Caire.

Interrogé au sujet des positions de la Russie et de la Chine, il s'est borné à faire état de "contacts" avec ces deux pays sur cette question.

Condamnant "vigoureusement l'intensification dramatique de la violence en Syrie", "la France appelle la communauté internationale à prendre ses responsabilités pour protéger les civils syriens, en premier lieu au sein du Conseil de sécurité", écrit le Quai d'Orsay dans un communiqué.

"Tout doit être fait pour obtenir un accord rapide sur le projet de résolution diffusé vendredi à New York au nom du groupe arabe", ajoute le ministère français des Affaires étrangères.

Cité par les médias officiels, un responsable du gouvernement syrien a exprimé l'étonnement de son pays face à la suspension de la mission d'observation arabe. Cette décision va "peser sur les délibérations (du Conseil de sécurité) dans le but d'inciter à une intervention étrangère et d'encourager les groupes armés à accroître le niveau de violence", a-t-il dit.

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réuniront le 5 février pour examiner la situation en Syrie, a annoncé un haut responsable de l'organisation. Ils devraient prendre une décision sur le retrait éventuel de leurs observateurs.

Bertrand Boucey pour le service français

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