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Ayrault juge la passivité sur la Syrie porteuse de risques

Reuters04/09/2013 à 21:11

AYRAULT JUGE LA PASSIVITÉ SUR LA SYRIE PORTEUSE DE RISQUES

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault a défendu mercredi le principe d'une action militaire "ponctuelle", "proportionnée" et "collective" contre des objectifs "significatifs" en Syrie, en riposte à l'usage présumé d'armes chimiques par le régime de Bachar al Assad.

Le Premier ministre français, lors d'un débat à l'Assemblée nationale sur la crise syrienne, a invoqué la nécessité de donner un "coup d'arrêt" à toute velléité d'utiliser des armes de destruction massive, en Syrie et ailleurs.

Il n'a cependant pas convaincu l'opposition de soutenir une démarche qui a peu de chance d'avoir le feu vert de l'ONU.

Tout en dénonçant l'horreur des attaques chimiques contre des civils attribuées au régime de Damas, UMP et centristes ont accusé François Hollande d'être à la remorque des Etats-Unis et de rompre avec la diplomatie traditionnelle de la France.

Ils ont trouvé dans le Front de gauche, opposé par principe à toute action militaire et qui exige comme eux un vote au Parlement, un allié de circonstance.

"Face à la barbarie, la passivité ne peut être une option, pas pour la France en tout cas", a dit Jean-Marc Ayrault, qui a reçu sans surprise le soutien du groupe socialiste, majoritaire, et celui, plus nuancé, de ses partenaires de gouvernement Verts.

"Ne pas réagir, c'est laisser Bachar al Assad poursuivre ses atrocités, encourager la prolifération et l'emploi d'armes de destruction massive, abandonner la Syrie et la région toute entière au chaos et céder aux menaces", a-t-il ajouté.

De même que Barack Obama, François Hollande s'est prononcé pour une action punitive après l'usage présumé de gaz toxiques qui a fait des centaines de morts parmi la population, le 21 août, dans un quartier insurgé de Damas.

MESSAGE A L'IRAN

Mais si le chef d'Etat américain a demandé un vote du Congrès le 9 septembre, son homologue français n'est en rien contraint par sa Constitution d'en faire autant.

Jean-Marc Ayrault a admis qu'une autorisation explicite du Conseil de sécurité de l'Onu serait certes souhaitable.

"Mais regardons la réalité en face", a-t-il ajouté : "Depuis deux ans et demi, la Russie et la Chine ont bloqué toute réponse à la tragédie syrienne."

Il a estimé que l'absence de réaction enverrait un très mauvais signal non seulement à Bachar al Assad mais aussi à des pays tel l'Iran et la Corée du Nord, qui pourraient y voir un feu vert pour utiliser leurs armes nucléaires.

Face à des élus de droite et de gauche divisés sur le bien fondé d'une action militaire, il a juré que la France prendrait "toutes ses responsabilités" mais n'agirait qu'au sein d'une coalition que François Hollande s'efforce de constituer.

Le président du groupe UMP lui a opposé un triple refus : "Refus d'une action strictement militaire sans but réel de guerre au-delà d'un coup de semonce et d'une punition ; refus d'une intervention isolée sans légitimité internationale, refus d'un (...) reniement de notre politique étrangère."

Il a réaffirmé que l'UMP ne pourrait soutenir la participation de la France à une action militaire qu'à deux conditions préalables : la publication du rapport des experts de l'ONU chargés d'enquêter sur l'usage d'armes chimiques en Syrie et le vote d'une résolution du Conseil de sécurité.

"Le président de la République n'a pas reçu mandat de s'affranchir du cadre des Nations unies ; si d'aventure il venait à prendre cette lourde responsabilité, les députés UMP ne le soutiendraient pas", a ajouté Christian Jacob.

LÉGALITÉ INTERNATIONALE

Tout en reconnaissant le risque de prolifération nucléaire et d'utilisation des armes chimiques en cas d'inaction, le chef de file des députés centristes de l'UDI a repris l'argument de la légalité internationale.

"Pour assurer la paix, il n'y a que le droit", a dit Jean-Louis Borloo. "L'époque des expéditions punitives de quelques puissances relève d'une époque révolue."

"Vous nous proposez tout simplement de renier notre signature de la charte de l'Onu", a-t-il ajouté.

Comme son homologue de l'UMP, il a invité le gouvernement à mesurer les conséquences possibles d'une action militaire sur les intérêts et les ressortissants français dans la région.

L'orateur écologiste François de Rugy a pour sa part reconnu que son camp était divisé et a souhaité une coalition "la plus internationale possible".

Ce débat sans vote est apparu en tout état de cause quelque peu prématuré en l'absence d'une telle coalition et alors que le sommet du G20, jeudi et vendredi à Saint-Pétersbourg, offrira à Barack Obama et François Hollande l'occasion d'évoquer la crise syrienne avec leur homologue russe, Vladimir Poutine.

Edité par Yves Clarisse


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