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AVANT-PAPIER-Les régionales, un diagnostic post-attentats sous l'emprise du FN

Reuters03/12/2015 à 16:25
    * L'extrême droite pourrait remporter des régions 
    * Les triangulaires menacent en nombre 
    * La gauche espère en un "sursaut citoyen" 
    * La droite redoute d'être prise en étau 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 3 décembre (Reuters) - Trois semaines après les 
attentats de Paris, les Français sont appelés dimanche à voter 
au premier tour des élections régionales dans un climat 
d'angoisse et d'incertitudes dont le Front national pourrait 
tirer un profit déterminant pour 2017. 
    C'est un scrutin intermédiaire sans précédent en France qui 
se déroulera les 6 et 13 décembre, en plein état d'urgence, dans 
13 régions métropolitaines nées de la fusion des 22 anciennes en 
vertu d'une loi controversée datant de janvier 2015. 
    Des compétences des exécutifs régionaux, comme les 
transports et les lycées, que reste-t-il aujourd'hui dans le 
débat ? Peu ou pas de trace tant cette campagne-éclair, 
suspendue à la suite des attaques du 13 novembre, a pris un tour 
national inédit, dominée par les questions sécuritaires. 
    Une répétition générale avant l'élection présidentielle de 
2017 qui bouscule les partis traditionnels et propulse à 
l'avant-scène une extrême droite en plein essor, favorisée qui 
est plus est par le mode de scrutin.  ID:nL8N1314W3  
    De "l'effet attentats", les sondeurs anticipent une possible 
conséquence "sismique" pour le paysage politique français: une 
poussée du vote FN au premier tour avec une forte probabilité de 
victoire au second en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où concourt 
la présidente du FN Marine Le Pen, et en Provence-Alpes-Côte 
d'Azur, où se présente sa nièce Marion Maréchal-Le Pen. 
    "Cet électorat est galvanisé et très en colère et a très 
envie d'en découdre contre toute une série d''ennemis', tout 
converge pour que le FN obtienne un score sans précédent", 
souligne Jérôme Fourquet (Ifop). 
    Marine Le Pen a estimé jeudi sur Europe 1 que son parti 
était en situation de pouvoir gagner "quatre ou cinq régions". 
     
    UNE "RIPOSTE" DANS LES URNES? 
    Selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour le Cevipof et Le 
Monde, réalisée par internet du 20 au 29 novembre auprès de 
23.061 personnes, le FN est en tête des intentions de vote au 
premier tour dans six régions.   
    "Après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, 
le plafond pour le FN, autour de 25%, est devenu plancher. Un 
nouveau seuil est en train d'être franchi, des étages 
supplémentaires se sont ajoutés à la faveur de la crise des 
migrants et des attentats", explique Jérôme Fourquet. 
    Mais tous les sondeurs insistent sur la difficulté de 
prédire les résultats du second tour dans ce type de scrutin. 
    Les analystes évoquent en effet une autre incidence 
post-attentats : "un sursaut de participation", selon les termes 
du politologue Pascal Perrineau, une forme de riposte dans les 
urnes des Français, enclins en temps normal à l'abstention. 
    "Une certaine maturité s'exprime dans les moments 
difficiles, donc ça peut créer une bonne surprise dimanche 
soir", estime Juliette Méadel, porte-parole du Parti socialiste. 
    A gauche, où l'on se défend d'instrumentaliser les drames, 
le regain de popularité de François Hollande, l'union nationale 
qui a prévalu bon an mal an après les attentats, ont réévalué 
les perspectives, plutôt pessimistes avant le 13 novembre. 
    "Si la gauche limite la casse, ce ne sera pas grâce au bond 
de popularité de Hollande, ce sera parce que la droite a un très 
gros caillou dans sa chaussure qui est le FN", relativise Jérôme 
Fourquet. "Il y aura un petit renforcement du vote utile à 
gauche mais c'est vraiment à la marge." 
    La gauche, dans ses calculs les plus contraints, estime 
pouvoir garder la Bretagne, grâce au ministre de la Défense 
Jean-Yves Le Drian, le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et 
l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. 
     
    LA DROITE PIÉGÉE 
    A droite, où Nicolas Sarkozy espérait encore il y a peu 
laver l'humiliation de 2010 pour se lancer en position de force 
dans la primaire de 2016, le FN, qui est en capacité d'imposer 
plusieurs triangulaires en reléguant au passage l'ex-UMP, 
complique aussi singulièrement le scénario. 
    "Ça va twister grave!", résume le député UDI Maurice Leroy. 
    Un élu des Républicains estime, sous couvert de l'anonymat, 
que la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie est "irrécupérable" 
mais que "ce n'est pas tout à fait foutu" en PACA. 
    Les sondages donnent l'union de la droite et du centre 
victorieuse dans au moins cinq régions : Ile-de-France, 
Centre-Val de Loire, Pays de la Loire, Bourgogne-France-Comté, 
Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. 
    "Il faut être prudent", concède Alain Marleix, député LR du 
Cantal et tête de liste LR-UDI dans ce département. "Au premier 
tour, on aura un vote sanction contre la gauche et les partis 
traditionnels, au deuxième un vote de raison", veut-il croire, 
alors que le débat sur le "front républicain" oppose de nouveau 
majorité et opposition. 
    "Un débat grotesque", pour le député LR des Alpes-Maritimes 
Eric Ciotti, qui "prend le pari" que le FN, "l'enfant adultérin" 
de la gauche, "ne gagnera aucune région". 
    Pressé par Manuel Valls d'être "à la hauteur" du défi de 
l'extrême droite, Nicolas Sarkozy exclut catégoriquement tous 
retrait ou fusion des listes au second tour. Une stratégie qui 
serait selon lui "rendre service" à Marine Le Pen. 
    Le Premier ministre a assuré que "tout sera it  fait" pour 
barrer la route au Front national. Dans le Nord, la question se 
pose avec acuité. "Le second tour se jouera entre Mme Le Pen et 
moi. Je suis le seul à pouvoir l'emporter face à elle. C'est aux 
autres de faire leur choix, pas à moi", a prévenu le candidat de 
la droite, Xavier Bertrand. 
    Nicolas Sarkozy, qui "tient ses troupes" selon un cadre de 
LR, escompte une victoire de Valérie Pécresse en Ile-de-France, 
première région et bastion imprenable de la gauche depuis 1998, 
pour gommer du tableau une tonalité possiblement plus mitigée. 
    Face au virage sécuritaire de François Hollande, qui a 
repris la plupart des propositions de la droite, cette dernière 
s'est de fait retrouvée piégée, écartelée plus que jamais entre 
tentation droitière et modération centriste. 
    "Trancher entre la ligne Sarkozy et la ligne Juppé pourrait 
être une question de survie face au FN. Le second tour nous le 
dira", estime un cadre LR. 
 
 (avec Elizabeth Pineau, Ingrid Melander, Emmanuel Jarry et 
Emile Picy, édité par Yves Clarisse) 
 

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