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Avant la bataille, Daech s'enterre et truffe Mossoul d'explosifs

Reuters11/10/2016 à 23:12
    * La bataille pourrait débuter avant la fin du mois 
    * La grande ville du nord compte 1,5 million d'habitants 
    * L'Etat islamique a piégé les cinq ponts de la ville 
    * Des enfants recrutés pour surveiller la population 
 
    par Michael Georgy, Babak Dehghanpisheh et Ahmed Rachid 
    ERBIL/BAGDAD, 11 octobre (Reuters) - Pendant que l'armée 
irakienne et ses alliés se préparent pour la grande offensive en 
vue de reprendre Mossoul à l'Etat islamique, les djihadistes 
s'apprêtent à se défendre, truffant la ville de bombes, enrôlant 
femmes et enfants pour les informer, indiquent des responsables 
irakiens et américains. 
    La grande ville du Nord tombée en juin 2014 est la plus 
grosse agglomération prise par l'Etat islamique. Sa reconquête 
affaiblirait considérablement le mouvement, ce qui explique 
l'activité intense qui semble régner dans le chef-lieu de la 
province de Ninive. 
    Selon des habitants de Mossoul contactés par téléphone et 
sur les réseaux sociaux, les djihadistes ont truffé d'explosifs 
les cinq ponts de la ville, préparé des voitures piégées, 
rassemblé leurs kamikazes et renforcé la surveillance de la 
ville, qui compterait encore 1,5 million d'habitants. 
    Des trous sont percés dans la chaussée au marteau-piqueur 
pour y placer des explosifs. 
    La bataille devrait être lancée ce mois-ci par l'armée 
irakienne et les milices chiites et sunnites qui lui prêtent 
mains fortes, avec l'appui aérien de la coalition internationale 
dirigée par les Etats-Unis et à laquelle participe la France. 
    Selon l'ancien ministre des Finances et des Affaires 
étrangères Hoshiyar Zebari et le colonel John Dorrian, 
porte-parole de la coalition internationale, Daech est 
littéralement en train de s'enterrer avec hommes et matériel. 
    "Ils s'enterrent pour combattre pour Mossoul", déclare 
Hoshiyar Zebari, qui a accès aux renseignements concernant les  
mouvements de l'EI à Mossoul. "Ils sont plus prudents et ont 
rasé leur barbe pour se fondre dans la population. Ils déplacent 
constamment leur quartier général." 
    "On voit un combattant dans un endroit, puis apparaître dans 
un autre", confirme le porte-parole de la coalition. 
     
    ÂGÉS DE HUIT ANS À PEINE 
    Les combattants de l'EI ont également érigé des murs de 
terre et de béton pour bloquer les points d'entrée dans la ville 
et ont construit une tranchée de deux mètres sur deux qui doit 
être remplie de pétrole enflammé, ce qui, en dégageant de la 
fumée noire, obscurcira le ciel et rendra les frappes aériennes 
plus difficiles, explique encore John Dorrian. 
    Cette politique de la terre brûlée risque de faire un très 
grand nombre de victimes civiles, estiment les organisations 
humanitaires. Environ 200.000 personnes devraient fuir au cours 
des deux premières semaines de combats, estime Lise Grande, 
coordinatrice de la mission d'assistance de l'Onu pour l'Irak. 
    Pendant ce temps, l'Etat islamique, qui a déjà perdu les 
villes irakiennes de Falloudja et de Ramadi, renforce son 
emprise sur la population de Mossoul. Le groupe fondamentaliste 
sunnite a menacé d'exécuter quiconque évoque la "libération" de 
Mossoul, selon des habitants et des représentants des milices 
sunnites qui se sont entretenus avec des proches sur place. 
    Selon un habitant, des enfants, âgés pour certains de huit 
ans à peine, parfois armés de pistolets et de couteaux, ont été 
déployés dans toute la ville pour surveiller la population et 
faire leur rapport à l'EI. Ces enfants recrutent ensuite 
d'autres enfants pour faire le même travail. 
     
    "ILS SONT AUX ABOIS" 
    "Cela brise le coeur de voir les enfants de Mossoul devenir 
des terroristes en herbe. J'ai enseigné à mon fils de sept ans 
tout ce qu'il faut savoir sur l'autisme pour qu'il fasse 
semblant d'être malade mentalement et évite d'être recruté par 
Daech", dit cet habitant via WhatsApp.  
    "Ils sont aux abois et ils pourraient même forcer les 
enfants à combattre une fois que les troupes gouvernementales 
seront aux portes de Mossoul", ajoute-t-il. 
    Toute personne qui voudrait s'échapper risque d'être repérée 
par les djihadistes postés sur les toits des immeubles en 
bordure de la ville et équipés de jumelles de vision nocturne. 
    Un début de résistance semble s'organiser, affirme Hoshiyar 
Zebari, qui est également membre du Parti démocratique du 
Kurdistan. Certains habitants, au péril de leur vie, ont tracé à 
la bombe de peinture des signes spécifiques sur les maisons des 
combattants de l'EI. 
    De leur côté, les djihadistes ont commencé à enrôler leurs 
épouses pour des descentes surprise dans les maisons de façon à  
ce que les habitantes de Mossoul puissent être fouillées. 
    "Ils sont aux abois. Ils ont l'air d'avoir peur. C'est la 
première fois qu'il utilisent leurs femmes pour fouiller des 
maisons", dit un habitant de Mossoul sur les réseaux sociaux.  
     
    ÉVITER UN CONFLIT COMMUNAUTAIRE 
    Tous les habitants racontent que Daech utilise des grues 
pour faire descendre les combattants chargés de plastiquer les 
ponts de la ville. "Les ponts sont piégés la nuit pour éviter 
les frappes aériennes", précise un habitant. 
    Certains dirigeants et combattants de l'EI sont en train de 
quitter Mossoul pour se diriger vers Tal Afar, située à 70 km à 
l'ouest et également sous contrôle de l'EI. Certains vont même 
plus loin vers la Syrie, expliquent les autorités américaines. 
    Une question demeure: celle de la composition des forces qui 
s'apprêtent à attaquer Mossoul, indique-t-on côté irakien. Le 
but prioritaire est de maintenir les milices chiites soutenues 
par l'Iran hors de Mossoul pour éviter un conflit communautaire 
avec les sunnites, majoritaires dans la ville. 
    En revanche, les milices chiites seront autorisées à diriger 
les opérations visant à rependre Haouidja, localité voisine 
contrôlée elle aussi par l'EI, indiquent les autorités. 
    La reprise de Mossoul signera-t-elle la fin des djihadistes 
de l'EI? Les Irakiens restent prudents. "Ils pourraient entrer 
dans la clandestinité et perpétrer des actes terroristes", 
estime Zebari. "Mais pas en tant que mouvement organisé."   
 
 (avec John Walcott à Washington; Danielle Rouquié pour le 
service français, édité par Henri-Pierre André et) 
 

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