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Au Bourget, François Hollande déclare la guerre à l'argent-roi

Reuters22/01/2012 à 20:53

FRANÇOIS HOLLANDE DÉCLARE LA GUERRE À L'ARGENT-ROI

par Elizabeth Pineau

LE BOURGET, Seine-Saint-Denis (Reuters) - Candidat autoproclamé de la justice, de l'égalité et de la jeunesse, chantre du "rêve français", François Hollande a fait dimanche de l'argent-roi le principal adversaire du quinquennat à venir, s'il est élu président le 6 mai prochain.

La lutte contre le monde de la finance a constitué le fil rouge du premier grand discours de campagne du candidat socialiste, qui a mis le cap à gauche, levé un peu de voile sur sa personnalité et mis en garde contre l'extrême droite.

"Je suis venu vous parler de la France", a-t-il déclaré au début d'un discours de près d'une heure et demie qui s'est terminé par une Marseillaise entonnée par une salle surchauffée.

En tout, quelque 20.000 personnes, dont les ténors socialistes et quelques "people" comme Yannick Noah, qui a chanté sur scène avant son discours, sont venus écouter le député de Corrèze en ce moment-clé de sa campagne.

Sans citer une seule fois son probable futur adversaire, Nicolas Sarkozy, François Hollande a fait de l'argent, et dans une moindre mesure de l'extrême droite, ses principales cibles.

"Je vais vous dire un secret : j'aime les gens, quand d'autres sont fascinés par l'argent", a-t-il déclaré dans ce discours dont ses proches assurent qu'il a été écrit de sa main.

"OPTIMISTE DE LA VOLONTÉ"

"Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne : cet adversaire, c'est le monde de la finance", a-t-il ajouté.

Des propos qui rappellent ceux du seul président socialiste de la Ve République, François Mitterrand, qui, lors du Congrès d'unification des socialistes à Epinay en juin 1971, avait prôné la rupture avec "toutes les puissances de l'argent, l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes".

Dans la crise, François Hollande s'est posé en "optimiste de la volonté". "Je ne promettrai que ce que je suis capable de tenir", a-t-il toutefois prévenu, prônant un discours de "vérité" cher à Pierre Mendès France, dont il s'est revendiqué.

"Je ne perdrai pas un seul instant du mandat qui me sera confié", a-t-il ajouté, rappelant que ses premières mesures de président viseraient le monde bancaire et la fiscalité.

"Dix ans de droite auront coûté aussi cher que tous les gouvernements réunis de la Ve République", a-t-il fait observer, fustigeant le quinquennat de la "dégradation".

Pour la première fois depuis son entrée dans la course présidentielle, le candidat né à Rouen en août 1954 a parlé en public de sa famille, rendant hommage à son père "qui n'avait pas les mêmes idées que moi" et à sa mère "âme généreuse qui m'a transmis l'ambition d'être utile".

"Je revendique une simplicité qui n'est pas une retenue, mais la marque de l'authentique autorité", a-t-il ajouté.

François Hollande a aussi rendu hommage à la Corrèze, terre de résistance à l'Allemagne nazie. "Les résistants ne réclamaient pas de bonus ou de stock-options pour leurs actions", a-t-il souligné.

Candidat "normal", l'ancien premier secrétaire du PS a repoussé les critiques de ceux qui lui reprochent de n'avoir jamais fait partie d'un gouvernement.

"Certains me reprochent de n'avoir jamais été ministre, quand je vois ce qu'ils sont aujourd'hui, ça me rassure", a-t-il ironisé. "Ce sont les mêmes qui reprochaient en son temps à François Mitterrand de l'avoir été onze fois".

JEUNESSE

François Hollande a mis le jour de l'élection de ce dernier à la présidence de la République - "le 10 mai 1981, j'avais 26 ans", parmi les dates-clés de sa vie politique, de même que l'élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle le 21 avril 2002, "une blessure que je porte encore en moi".

"J'en ai tiré toutes les leçons", a-t-il assuré, invitant à se préoccuper plus que jamais des ouvriers et des employés.

Dans la "République irréprochable" qu'il appelle de ses voeux, François Hollande veut inscrire dans la Constitution la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'Etat, et réduire de 30% les indemnités du président et des ministres.

Au chapitre des nouvelles propositions d'un programme qu'il détaillera jeudi prochain, il a aussi annoncé un quintuplement des sanctions contre les communes ne respectant le quota de logements sociaux et un renforcement des forces de sécurité dans les quartiers difficiles.

A l'international, il a confirmé son souhait d'accélérer le retrait des forces françaises d'Afghanistan, appelé à la fin des massacres en Syrie et proposé, pour janvier 2013, un nouveau traité d'amitié avec l'Allemagne renouvelant celui du 22 janvier 1963. S'il élu, son premier voyage sera à Berlin, a-t-il dit.

En meeting en Seine-Saint-Denis, le plus jeune département de France, François Hollande a conclu en parlant de la jeunesse, dont il entend faire l'obsession de son quinquennat.

"Est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012 ? Je demande à être jugé sur ce seul engagement", a-t-il dit. "Changer leur vie sera pour moi la plus grande des fiertés".

Edité par Yves Clarisse


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