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Athènes éteint l'audiovisuel public par mesure d'économie

Reuters12/06/2013 à 13:07

LA CRISE RATTRAPE LA RADIOTÉLÉVISION GRECQUE

par Harry Papachristou et Renee Maltezou

ATHENES (Reuters) - Les trois chaînes de télévision et la radio du service public de l'audiovisuel grec ont provisoirement cessé d'émettre ce mardi à minuit sur décision du gouvernement, une décision motivée par le souci de réaliser des économies qui a suscité les protestations des salariés et de certains partenaires de la coalition au pouvoir.

La décision de fermer pour une durée indéterminée les antennes de l'ERT a été prise par décret et annoncée moins de cinq heures avant son entrée en application par le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou.

Le gouvernement n'a pas précisé quand les émissions reprendraient. Il a indiqué que l'ERT allait être entre-temps restructurée, avec une réduction des effectifs à la clef.

L'ERT, qui emploie quelque 2.600 salariés, est doté d'un budget annuel de 300 millions d'euros. Elle gère également des radios régionales.

Les employés du groupe toucheront un dédommagement et pourront faire acte de candidature pour retrouver en emploi au sein de la future organisation.

"Au moment où l'on impose au peuple grec de lourds sacrifices, il n'est plus question de repousser au lendemain, d'hésiter, d'épargner les vaches sacrées", a justifié Simos Kedikoglou, qui s'exprimait sur une des chaînes publiques.

Cette suspension est l'une des mesures les plus spectaculaires prises par le gouvernement grec dans le cadre du programme d'austérité imposé en échange de l'aide financière internationale accordée par l'Union européenne, le FMI et la BCE.

Pour Simos Kedikoglou, le groupe audiovisuel public était devenu "un cas typique d'un incroyable gâchis".

Aussitôt après cette annonce, de nombreux employés de l'ERT se sont rassemblés devant le siège de l'entreprise à Athènes et se sont engagés à combattre cette décision. Dans la soirée, plusieurs milliers de personnes les ont rejoints.

"Nous sommes le mardi 11 juin, et c'est une journée difficile", a déclaré la présentatrice du journal télévisé du soir, Elli Stai. "Nous allons diffuser ce qui semble être notre dernier JT avec le sang-froid, la cohérence et le professionnalisme dont nous avons l'habitude", a-t-elle ajouté.

Des unités des forces de police anti-émeutes ont été déployées à l'entrée d'un studio de l'ERT, dans le centre d'Athènes, où des manifestants avaient déroulé une banderole "A bas la junte, l'ERT ne fermera pas".

Des chaînes privées ont interrompu leurs programmes normaux pendant six heures pour témoigner de leur solidarité.

"Le journalisme est persécuté. Nous ne permettrons pas que la voix de la Grèce soit réduite au silence", a dit George Savvidis, qui dirige le syndicat des journalistes POESY.

REMOUS DANS LA COALITION

La suspension spectaculaire des émissions de radio et de télévision pourrait aussi avoir des répercussions politiques: deux des partis associés à Nouvelle démocratie, la formation du Premier ministre Antonis Samaras, ont exprimé leur opposition à cette mesure.

"La radio et la télévision publiques ne peuvent cesser d'émettre", a notamment dit Yannis Maniatis, un cadre du Pasok, le Parti socialiste, précisant qu'"une coalition à trois ne peut fonctionner par une politique du 'fait accompli'".

Devant le siège de l'ERT, Alexis Tsipras, chef de file de la coalition d'opposition Syriza (gauche), a dénoncé "un coup d'Etat non seulement contre les salariés de l'ERT mais aussi contre le peuple grec".

Le président de l'Union européenne de radio-télévision (UER), Jean-Paul Philippot, a écrit à Samaras pour lui demander de revenir sur cette décision. "Les radio-télédiffuseurs nationaux sont plus importants que jamais dans des périodes de difficulté nationale", argumente-t-il.

"L'existence de médias de service public et leur indépendance vis-à-vis des gouvernements sont au coeur des sociétés démocratiques", ajoute-t-il en estimant que des réformes en profondeur de médias publics "ne doivent être décidées qu'après un débat démocratique ouvert et complet devant un parlement, et pas par un simple accord conclu entre deux ministres".

La décision survient alors que les pouvoirs publics n'arrivent pas à trouver preneur pour sa compagnie gazière DEPA, l'une des compagnies publiques visées par le programme de privatisations en cours. La privatisation de DEPA était censée rapporter un milliard d'euros. Mais le seul candidat pressenti pour cette opération, le russe Gazprom a renoncé.

Selon le plan de sauvetage financier mis au point par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, la Grèce doit lever au moins 1,8 milliard d'euros d'ici fin septembre par le biais de privatisations, avec un objectif d'au moins 2,5 milliards d'euros d'ici la fin de l'année.

"Cette frappe aveugle contre l'ERT est une diversion après le fiasco DEPA", analyse le député indépendant Christos Aidonis.

Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français

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