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Arnaud Montebourg essuie un revers dans la bataille de SFR

Reuters 14/03/2014 à 19:34

REVERS POUR ARNAUD MONTEBOURG DANS LE DOSSIER SFR

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Vivendi a infligé vendredi un revers à Arnaud Montebourg, en pointe sur ce dossier au sein du gouvernement, en engageant des négociations exclusives avec Altice sur la cession de sa filiale télécoms SFR à Numericable.

Le ministre du Redressement productif défend le projet concurrent, une fusion de Bouygues Telecom avec SFR, ce qui réduirait à trois le nombre d'opérateurs de téléphonie mobile dans un secteur en proie à une féroce guerre des tarifs.

"La concurrence par la destruction (...) ne s'arrêtera pas si Numericable conquiert SFR", avait-il déclaré. Et de prêcher pour la création de champions français capables de tenir leur rang dans de futures restructurations au niveau européen.

Il était revenu à la charge vendredi en estimant que la solution Numericable poserait un "problème fiscal", avec une holding à Luxembourg, une entreprise cotée à Amsterdam et un président d'Altice, Patrick Drahi, résidant en Suisse.

Arnaud Montebourg n'en avait pas moins admis sa défaite en reconnaissant que Vivendi préférait cette solution. Un revers qui fait les délices de l'opposition.

"Caramba, encore raté ! Effets de manches et puis ça tombe à plat !" ironise la députée UMP Laure de la Raudière, co-auteur d'un rapport sur la régulation du secteur des télécoms.

Le ministre du Redressement productif est, semble-t-il, aussi allé une nouvelle fois trop loin et trop fort au goût de l'exécutif dans un dossier industriel privé.

"Personne n'est sur cette ligne, y compris le président de la République", assurait vendredi une source gouvernementale.

"En Allemagne, il serait absolument inconcevable qu'un ministre se mêle d'une telle opération", renchérit le député socialiste Christophe Caresche.

DISCRÉTION À L'ELYSÉE ET MATIGNON

Au moment où le gouvernement s'efforce d'amadouer les investisseurs, cette démonstration d'interventionnisme étatique très français risque de faire mauvais effet.

D'où la discrétion observée par l'Elysée et Matignon, même si l'on y reconnaît qu'Arnaud Montebourg joue son rôle.

"L'Etat entend faire preuve d'une neutralité vigilante" dans ce dossier, souligne un conseiller de François Hollande.

Les positions sont probablement beaucoup moins tranchées qu'il n'y paraît, tant au gouvernement que dans la majorité.

Nombre de députés socialistes se revendiquent d'une tradition colbertiste, à l'instar d'Arnaud Leroy, proche du ministre du Redressement productif, quitte à faire passer la défense des consommateurs derrière l'impératif industriel.

"On ne peut pas mettre trop en avant le droit du consommateur si on voit que ça a des conséquences sur toute une stratégie industrielle. Il faut trouver un équilibre", dit-il.

D'autres, comme le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, se montrent en revanche sensibles au risque d'une hausse de tarifs, agitée par les détracteurs de la solution Numericable, qui maintient de facto quatre opérateurs.

"L'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile (il y a deux ans) a été une bonne chose", soutient ainsi Christophe Caresche. "En 2013, la principale mesure de pouvoir d'achat pour les ménages français a été la baisse de leurs forfaits."

"Alors, est-ce qu'Arnaud Montebourg défend les dividendes que l'Etat tire d'Orange ou les consommateurs ? Je me pose la question", ajoute le député socialiste de Paris.

Olivier Lelong, délégué CFDT à SFR, juge lui aussi qu'Arnaud Montebourg "s'est beaucoup avancé", même si "ce qu'il dit n'est pas totalement faux : c'est vrai que calmer un peu la guerre des prix ne ferait de mal à personne".

DEMANDES DE GARANTIES

Elysée et Matignon ont apparemment décidé de laisser faire les protagonistes, tout en s'efforçant d'obtenir d'eux, en amont, des garanties, notamment en matière d'emplois.

La ministre déléguée à l'Economie Numérique, Fleur Pellerin, a pris acte de la décision du conseil de surveillance de Vivendi et a invité les dirigeants d'Altice à "traduire de manière opérationnelle" leurs engagements.

Vanessa Jereb, déléguée Unsa SFR, a demandé sur BFM TV que les partenaires sociaux soient reçus dans le cadre des tractations, afin de formaliser ces engagements par écrit.

Ces discussions ne sont en tout état de cause que le début d'un processus dont le résultat n'est pas nécessairement acquis.

"Il est possible qu'on ne soit pas au bout du feuilleton des grandes manoeuvres dans les télécoms", a souligné Benjamin Douriez, de "60 millions de consommateurs", sur BFM TV.

Un avis partagé par Arnaud Leroy, pour qui "il n?est pas dit que le 'deal' avec Numericable se fasse".

"On a vu des retournements. Quand on va réellement prendre connaissance de l?état de SFR, de ses équipements, peut-être que Numericable retirera ses billes ou cherchera un partenaire. Il y a une multitude d?options encore sur la table", dit-il.

Pour Olivier Lelong, la grande question est de savoir si Altice sera en mesure de débourser près de 12 milliards d'euros, sachant qu'il y aura au bout du compte des perdants.

"Le marché des télécoms a été tellement déstabilisé que les entreprises qui essayent de reprendre SFR jouent leur avenir", explique le syndicaliste, pour qui Bouygues n'aura pour alternative que d'entrer en discussion avec Free.

(Avec Julien Ponthus, Gwénaëlle Barzic, Marion Douet et Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet)

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