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Après le séisme au Népal, certains renoncent à l'Everest

Reuters 04/05/2015 à 07:57

AU NÉPAL, CERTAINS RENONCENT À L'ÉVEREST

par Frank Jack Daniel et Andrew R.C. Marshall

LUKLA, Népal/KATMANDOU (Reuters) - Alors que le Népal cherche encore ses morts dans les décombres du séisme du 25 avril, et que s'amenuise l'espoir de retrouver des vivants, quelques riches grimpeurs et leurs sherpas ont dû renoncer, de plus ou moins bon gré, à leurs rêves d'ascension de l'Everest.

Après plusieurs jours d'hésitations, la société Himalayan Experience, important organisateur d'expéditions dans l'Everest, a finalement décidé vendredi d'annuler l'ascension en cours, comme d'autres grandes équipes avant elle, bien que le ministère népalais du Tourisme ait fait savoir la veille que les expéditions pouvaient reprendre.

Parmi les clients d'Himalayan Experience, certains ont compris. Le millionnaire texan David McGrain, dit que la décision d'annuler aurait dû être prise plus vite, compte tenu des milliers de personnes tuées par le tremblement de terre et des 18 tués dans une avalanche qui s'est abattue sur le camp de base de l'Everest.

Il fustige le "narcissisme" de ses coéquipiers.

"Ils ne pensaient qu'à une chose, leur foutue ascension, alors que quelques heures auparavant, nous tenions des crânes brisés dans nos mains", commente cet ancien haltérophile au nez orné d'un anneau d'or qui a été évacué vers la ville de Lukla par hélicoptère.

D'autres ont tergiversé. Nick Cienski, au milieu des ruines du camp de base où il a aidé à rassembler les restes des victimes, reconnaît être de ceux-là.

"Il y a 24 heures, nous mettions dans des sacs des parties de corps. Donc, d'un côté, il y a cette réalité, et d'un autre côté, nous somme des alpinistes. (...) Est-ce que ça a un sens de continuer?"

"SANS COEUR"

La question a aussi travaillé le patron d'Himalayan Experience, Russell Brice, un habitué de l'Everest.

"Les membres de mon équipe sont très en colère contre moi", dit-il, rencontré à Katmandou. "Mais j'ai pris la décision d'annuler et ils vont devoir faire avec."

Russell Brice, un Néo-Zélandais de 63 ans au visage buriné, dit avoir changé d'avis après avoir été piqué au vif par des mails qui laissaient entendre qu'il faisait passer en premier ses affaires, l'intérêt de certains de ses grimpeurs et la vanité d'atteindre les sommets.

L'homme, qui souligne qu'il a injecté "des millions de dollars dans la communauté népalaise" avec qui il travaille depuis très longtemps, se dit blessé par les mails qui l'accusaient d'être "sans coeur" face au drame des Népalais.

Si sa décision n'avait dû se fonder que sur la seule sécurité des grimpeurs, une ascension aurait été possible, reconnaît-il.

"Physiquement, notre équipe pourrait encore continuer et y aller", dit-il.

Environ 350 alpinistes étrangers et 700 guides népalais se trouvaient sur la montage lors du séisme. Après, les camps d'Himalayan Experience et d'autres équipes ont servi de centres médicaux improvisés pour soigner une soixantaine de blessés. Les sacs de couchage ont servi de linceuls pour les morts.

Dennis Broadwell, qui gère la société américaine Mountain Gurus, a lui aussi annulé l'ascension de l'Everest. Il se souvient de "deux Occidentaux qui se plaignaient pour obtenir des médicaments antidouleur alors que les sherpas étaient assis humblement, attendant d'être soignés."

"JE DOIS TRAVAILLER"

"Si cela s'était produit en Amérique, ils n'auraient pas été au match le lendemain", dit-il. "J'ai dit à mes clients : c'est une catastrophe nationale, les sherpas veulent juste rentrer retrouver leurs familles."

L'an dernier déjà, Phurba Namgyal Sherpa avait participé aux recherches pour extirper les corps de 19 guides ensevelis sous une avalanche. Ce drame avait annulé la saison.

Cette année, il a encore survécu et raconte qu'il a aidé à sauver son client américain, un ancien de la guerre d'Afghanistan, Benjamin Breckheimer : ils se sont couvert la bouche et le nez pour qu'ils ne soient pas remplis de neige.

Benjamin Breckheimer, blessé par l'explosion d'une bombe en 2009, veut être le premier ancien combattant blessé de l'armée américaine à faire l'ascension de l'Everest.

Jon Reiter, entrepreneur en bâtiment californien, a lui fait l'ascension de six des sept plus hauts sommets du monde. Il lui reste l'Everest à conquérir. Il était au camp de base au moment du séisme. Il était là aussi lors de l'avalanche de l'an dernier.

"Ce n'est pas l'année pour monter l'Everest", dit-il à Katmandou de retour des montagnes.

Sur le chemin du retour chez lui, le guide Phurba Namgyal Sherpa, estime que le feu vert donné par le gouvernement népalais à la reprise des ascensions est irresponsable. "Trop dangereux", dit-il.

Mais de nombreux autres sherpas vont néanmoins tenter de repartir en montagne pour des raisons économiques.

A Lukla, Rinjen Sherpa, 49 ans, est couché sur un brancard dans un local près de l'héliport à côté de quatre cadavres. Il est arrivé là mardi dernier, gravement blessé au dos, la tête et le bras entaillés. Il dit qu'il retournera au travail s'il le peut.

"Que faire d'autre ? Il n'y a pas d'autre travail", murmure-t-il le visage crispé par la douleur. "Je dois travailler."

Il gagne 7,50 dollars (6,70 euros) par jour.

(Avec Douglas Busvine; Danielle Rouquié pour le service français)

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