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Angela Merkel dit aux Grecs en colère que les efforts vont payer

Reuters09/10/2012 à 21:40

HEURTS DANS LE CENTRE D'ATHÈNES

par Andreas Rinke et Lefteris Papadimas

ATHENES (Reuters) - La police est intervenue dans le centre d'Athènes mardi face à des manifestants en colère contre la venue d'Angela Merkel, qui a promis aux Grecs qu'ils seraient payés de leurs efforts sans pour autant garantir le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide.

Des dizaines de milliers de Grecs ont bravé l'interdiction de manifester pour se rendre sur la place Syntagma, devant le Parlement, au moment de la visite de la chancelière allemande, sa première depuis le début de la crise de la dette en 2009.

Quatre manifestants vêtus d'uniformes militaires allemands ont défilé à bord d'une petite jeep en agitant un drapeau nazi et en levant le bras pour faire le salut nazi.

D'autres ont lancé des pierres, des bouteilles et des bâtons sur la police, et tenté de démanteler une barricade érigée pour protéger Angela Merkel et sa délégation. La police a fait usage de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes et des dizaines de manifestants ont été arrêtés.

Las d'années d'austérité, de nombreux Grecs reprochent à Angela Merkel d'avoir contraint leur pays à effectuer des coupes budgétaires douloureuses en échange du versement de deux tranches d'aide de plus de 200 milliards d'euros de l'Union européenne et du FMI.

A son arrivée à Athènes, la chancelière allemande a assuré qu'elle souhaitait voir la Grèce rester dans l'euro et que les efforts consentis par ses habitants seraient récompensés.

"Je suis venue ici aujourd'hui en ayant pleinement conscience que la période que traverse la Grèce en ce moment est extrêmement difficile pour les Grecs et que beaucoup de gens souffrent", a-t-elle déclaré au cours d'une conférence de presse avec le Premier ministre grec, Antonis Samaras, devant le Parlement. "C'est précisément pour cette raison que je tiens à dire qu'une grande partie du chemin est derrière nous."

"C'EST DE L'ESCLAVAGE"

La chancelière allemande s'est dite convaincue que les réformes entreprises par le nouveau gouvernement finiraient par payer, tout en reconnaissant que la Grèce, dont le taux de chômage approche les 25%, ne résoudrait pas ses problèmes du jour au lendemain.

A son arrivée à l'aéroport, elle avait affirmé que Berlin et Athènes coopéreraient étroitement pour sortir de la crise.

Antonis Samaras, qui a accueilli son hôte avec tapis rouge et honneurs militaires, a assuré de son côté que son pays respecterait ses engagements financiers et voulait rester dans l'euro, malgré tous les sacrifices que cela implique.

L'ambiance était moins chaleureuse dans le centre d'Athènes.

Des professeurs, des médecins et d'autres catégories de fonctionnaires avaient débrayé en signe de protestation, tandis que les syndicats et l'opposition défilaient dans les rues.

Place Syntagma, des banderoles affichaient "Dehors Merkel, la Grèce n'est pas votre colonie" et "Ce n'est pas une Union européenne, c'est de l'esclavage".

Six mille agents de police avaient été déployés dans le centre-ville, dont des unités antiterroristes et des tireurs d'élite postés sur les toits, pour assurer la sécurité de la chancelière au cours de sa visite de six heures.

A travers cette visite, Angela Merkel entendait apporter son soutien au gouvernement du conservateur Antonis Samaras et aux nouvelles coupes budgétaires qu'il tente d'imposer.

"BESOIN URGENT D'AIDE"

La Grèce est actuellement en discussions avec la troïka (FMI, Union européenne et BCE) à propos du versement de la prochaine tranche d'aide du plan de renflouement de 130 milliards d'euros. L'enjeu étant la prochaine tranche d'aide de 31,5 milliards d'Euros, sans laquelle la Grèce ne pourra plus honorer ses engagements à partir de la fin novembre.

Angela Merkel a reconnu que la Grèce avait un "besoin urgent" de cette aide, mais elle s'est gardée de promettre son déblocage. "Le rapport de la troïka sera rendu quand il sera prêt. Il est plus important qu'il soit complet plutôt que rendu rapidement", a-t-elle dit. "Mais je crois que nous allons voir la lumière au bout du tunnel."

La crise de la dette a ravivé de vieilles animosités entre l'Allemagne et la Grèce, deux pays à l'histoire tumultueuse.

Des milliers de Grecs sont allés comme "travailleurs invités" en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, pour aider à reconstruire le pays et plus de 30.000 Grecs vivent encore en Allemagne.

Mais les relations ont également été assombries par les atrocités dont les Grecs ont souffert sous le régime nazi.

La propre grand-mère d'Antonis Samaras s'est suicidée en voyant les chars nazis dans les rues d'Athènes au printemps 1941, lors de l'occupation allemande. Quant au président Karolos Papoulias, il a combattu contre l'armée nazie durant son adolescence, avant de s'enfuir à Cologne pour échapper à la persécution du régime des colonels.

Les relations sont tombées au plus bas mi-août lorsque le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a comparé la Grèce à un "puits sans fond".

Avec le Bureau d'Athènes et Tom Kaeckenhoff à Bonn, Hélène Duvigneau et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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