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Amnesty dresse un état des lieux de la torture dans le monde

Reuters13/05/2014 à 16:42

PRÈS DE LA MOITIÉ DE LA POPULATION MONDIALE CRAINT DES TORTURES EN CAS D'INCARCÉRATION, SELON AMNESTY

par Michael Nienaber

BERLIN (Reuters) - Près de la moitié de la population mondiale craint d'être victime de tortures en cas d'incarcération et la peur est particulièrement forte au Brésil et au Mexique, dénonce Amnesty International dans un rapport publié mardi.

"La pratique fait l'objet d'une condamnation quasi universelle. Et pourtant aujourd'hui, trente ans après l'adoption historique par les Nations unies de la Convention contre la torture, la torture est prospère dans au moins les trois quarts des pays du monde, malgré des avancées significatives", note Amnesty International en préambule d'un rapport intitulé "La torture en 2014: trente ans d'engagements non tenus".

L'étude, qui porte sur 21 pays, indique que la peur d'être soumis à des tortures est la plus forte au Brésil, où elle concerne 80% des personnes interrogées pour le compte d'Amnesty par l'institut GlobeScan, et au Mexique (64%). A l'inverse, le niveau le plus bas est enregistré en Australie (16%) et en Grande-Bretagne (15%).

Au niveau global, 44% des 21.000 personnes interrogées par les enquêteurs de GlobeScan disent qu'elles ne se sentiraient pas à l'abri de la torture en cas d'arrestation dans leur pays.

Elles sont par ailleurs 80% à réclamer des lois interdisant la torture et 60% à penser qu'aucune circonstance ne peut justifier de recourir à la torture. En Chine et en Inde, en revanche, la majorité des personnes interrogées pensent que certaines circonstances justifient son emploi.

Signée en décembre 1984, la Convention des Nations unies contre la torture désigne sous ce terme "tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne" afin d'obtenir des aveux, de la punir ou de l'intimider.

Elle a été ratifiée par 155 pays, selon les données des Nations unies. Mais, écrit Amnesty, de nombreux gouvernements "trahissent leurs engagements".

"UNE INTERDICTION MONDIALE NE SUFFIT PAS"

L'organisation internationale de défense des droits de l'homme dit avoir regroupé des informations faisant état de recours à la torture dans plus de 140 pays parmi lesquels le Nigeria ou le Mexique mais aussi l'Ukraine.

Pour ce dernier pays, Amnesty cite le cas de Vladislav Tsilitski, un programmeur informatique de 23 ans arrêté et torturé en janvier dernier par la police ukrainienne lors des manifestations contre Viktor Ianoukovitch, renversé un mois plus tard.

Le rapport médical établi par le médecin qui l'a examiné énumère des "fractures du crâne et de plusieurs os du visage, dont l'orbite, des commotions et contusions, notamment dans la région du cou".

Le jeune homme a dû être hospitalisé dès sa sortie de garde à vue, poursuit Amnesty. "Sur son lit d'hôpital, il a raconté à son avocat qu'il avait été frappé et avait perdu connaissance, et qu'un policier l'avait fait descendre du haut des colonnes du stade Dinamo en le tirant par les lèvres, puis lui avait pulvérisé du gaz sur les parties génitales." Aucune enquête n'a été ouverte sur cette affaire.

Au Brésil, Amnesty écrit que les signalements de violences des forces de l'ordre se sont multipliés en marge des manifestations qui ont eu lieu à l'approche de la Coupe du monde de football de juin-juillet et d'opérations militaires menées dans les favellas, ou bidonvilles, des grandes villes comme Rio de Janeiro.

Le rapport fait ainsi état de la disparition d'Amarildo Souza, arrêté en juillet 2013 par la police militaire à Rocinha, une favella de Rio. "Une enquête menée par les autorités a conclu qu'il était mort des suites des tortures qui lui avaient été infligées dans les locaux de l'Unité de police pacificatrice (UPP) de Rocinha, où il avait été détenu illégalement pour interrogatoire".

Deux policiers, dont le commandant de l'UPP, sont actuellement poursuivis et incarcérés, indique Amnesty.

"Plutôt que de respecter l'état de droit en appliquant une tolérance zéro à l'égard de la torture, des gouvernements mentent quotidiennement à leur population et au monde à propos de cette pratique", accuse Amnesty.

"L'omniprésence et le caractère pernicieux de cette pratique sont la preuve qu'une interdiction mondiale ne suffit pas", poursuit l'organisation qui lance par ce rapport une campagne internationale contre la torture.

(Henri-Pierre André pour le service français)

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