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A Stalingrad, les migrants veulent rester en France

Reuters03/11/2016 à 12:42

LES MIGRANTS DE STALINGRAD DISENT VOULOIR RESTER EN FRANCE

par Cyril Camu

PARIS (Reuters) - A son échelle, cela se mesure d'abord en quantité de café distribuée aux migrants. "Quand j'ai commencé à les aider, j'avais besoin d'une poignée de thermos", se remémore Abla. "Aujourd'hui, il m'en faut chaque matin une quarantaine".

Cette bénévole habite dans le 19e arrondissement de Paris. Sous ses fenêtres, elle voit depuis plusieurs semaines grossir un camp sauvage promis par les autorités françaises à un démantèlement imminent, où tentes et abris de fortune abritent des centaines de Somaliens, Sud-Soudanais, ou encore Afghans, venus chercher l'asile en France.

Au milieu de la chaussée de la seule avenue de Flandre, les tentes s'étalent sur près de 500 mètres. En tout, plus de 3.000 migrants campent désormais aux abords de la station de métro Stalingrad. Selon une source dans l'entourage de la maire de Paris, leur nombre a doublé en une semaine, au moment où la "jungle" de Calais était démantelée, sans pouvoir dire dans quelle mesure il y aurait eu un effet de vases communicants.

Sur les trottoirs de Stalingrad, Paris n'est pas qu'une étape sur le chemin du Royaume-Uni, comme Calais l'a été.

Les migrants interrogés disent y être venus pour rester en France. Michael John, 25 ans et originaire du Soudan du Sud est arrivé il y a deux semaines. "Je souhaite demander l'asile en France. On a l'impression de ne plus être les bienvenus en Grande-Bretagne", résume-t-il.

Goumict Singh comptait passer en Angleterre, avant de déchanter. Avec son père, sa mère et son frère de 13 ans, il a passé trois mois dans le campement de la Lande, près de Calais.

"Mais c'était presque impossible de traverser la Manche en famille", dit cet Afghan. "Quand nous avons compris que le camp à Calais allait être démantelé, nous avons choisi de venir à Paris."

LA FRANCE, PAYS D'ACCUEIL ?

Parmi les derniers arrivés, certains viennent d'autres pays européens dans l'espoir de bénéficier de l'asile en France.

Naviid est à Paris depuis une semaine. Pendant un an, il a vécu en Norvège, où il recevait une éducation et bénéficiait d'un logement. Le jeune homme de 20 ans, qui partage sa tente avec plusieurs autres Afghans, dit avoir renoncé à ce confort relatif pour venir en France. Un de ses amis lui a dit qu'ici, il ne risquait pas d'être "déporté" vers son pays d'origine.

La France comme un havre contre la "déportation", l'idée est particulièrement courante dans la communauté afghane du quai de Jemappes, de l'autre côté de Stalingrad.

Moiin, jeune père de famille de 22 ans, s'y est établi il y a deux jours, après son départ d'Allemagne. Il a passé une année outre-Rhin, mais pour lui "en France, c'est mieux", déclare-t-il sans apporter d'autres explications que la peur d'être "déporté" si jamais il restait hors de l'Hexagone.

Entre les deux stations de métro Stalingrad et Jaurès, associations et riverains s'organisent pour faciliter la vie des habitants du camp ainsi qu'une possible intégration.

Des cours de français en plein air sont organisés. Des tableaux blancs sont dressés de part et d'autre de la place de la Bataille de Stalingrad, donnant au quartier des airs d'amphithéâtre à ciel ouvert, où plusieurs centaines de migrants répètent des phrases en français.

"Beaucoup d'habitants nous aident", rapporte Adam, un Somalien de 24 ans. "Ils nous apportent des vêtements et de la nourriture." Il est arrivé à Stalingrad après avoir passé près de deux ans au Danemark. Il a le sentiment d'avoir été mieux accueilli ici par la population.

"Au Danemark, ils n'aimaient pas beaucoup les réfugiés."

DÉMANTÈLEMENT IMMINENT

La situation des migrants reste précaire. Beaucoup disent vouloir rester en France mais craignent pour l'après-Stalingrad. L'évacuation, promise par les autorités, est annoncée comme imminente, mais le gouvernement reste flou sur sa date exacte.

Dans une lettre adressée vendredi dernier aux ministres de l'Intérieur et du Logement, Bernard Cazeneuve et Emmanuelle Cosse, la maire de Paris Anne Hidalgo insistait déjà sur "l'absolue nécessité de mettre à l'abri ces personnes".

Parmi eux, certains redoutent des affrontements avec la police. Lundi, des tensions avaient éclaté lors de contrôles d'identités et des situations administratives. La police avait notamment fait usage de gaz lacrymogène.

"Le démantèlement du camp de Stalingrad interviendra et il interviendra dans des conditions humaines", a déclaré mercredi le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à l'Assemblée.

A cause des nouvelles arrivées quotidiennes, une source proche du dossier a indiqué qu'il s'agissait de trouver 4.000 places avant de lancer l'opération.

Anne Hidalgo estimait le 28 octobre que l'évacuation du campement de Stalingrad devait "obligatoirement se tenir avant l'ouverture du centre d'accueil pour les réfugiés aux abords de la porte de la Chapelle", environ deux kilomètres plus au Nord.

Ce centre pour hommes seuls, situé sur une ancienne friche de la SNCF, porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris, ne disposera en effet que de 400 lits à son ouverture, avec un objectif de 600 à la fin de l'année.

Les migrants rencontrés à Stalingrad sont souvent au courant de l'ouverture prochaine de ce centre, sans pour autant savoir s'ils pourront y séjourner.

"Il n'y a pas assez de place pour nous tous", déplore Naviid.

(avec Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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