France: Face à la polémique, Lecornu propose des mesures contre les violences faites aux enfants et aux femmes information fournie par Reuters 09/06/2026 à 16:52
par Etienne Breban
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mardi une série de mesures afin de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, notamment la possibilité d'une peine de perpétuité contre 20 ans actuellement pour les violeurs en série, alors que le gouvernement tente d'endiguer la vague d'indignation suscitée par "l'affaire Lyhanna".
L'Assemblée nationale a observé mardi une minute de silence en mémoire de la collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, avant une séance de questions au gouvernement sous tension au cours de laquelle les députés Insoumis ont de nouveau réclamé la démission du ministre de la Justice Gérald Darmanin.
"La République a collectivement failli. Elle n’a pas su protéger ceux qui devaient l’être", a souligné la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, en préambule de la séance.
Gérald Darmanin exclut de démissionner, dénonçant des dysfonctionnements dans la chaîne judiciaire, "défaillance" qu'il a de nouveau exposée lors d'une audition devant la commission des Lois du Sénat mardi matin au côté de son homologue de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Face au retentissement de ce fait divers devenu politique, Sébastien Lecornu a réuni à Matignon mardi matin les ministres concernés par l'affaire (Intérieur, Justice, Santé, Education, Egalité) pour marquer la mobilisation du gouvernement, accusé d'avoir amputé les moyens de la Justice.
Outre l'aggravation des peines en cas de viol en série, il a souhaité que les actes d'enquête concernant les crimes contre des mineurs soient menés dans un délai maximal de trois mois.
Ces mesures, notamment, seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et soumis au Parlement en juillet.
"Ce texte de loi (...) va être rectifié par un conseil des ministres qui aura lieu dans 10 jours sur au moins quatre demandes qui nous semblent urgentes et qui correspondent malheureusement, directement ou indirectement, à l'affaire de la petite Lyhanna", a dit Sébastien Lecornu à l'Assemblée.
Lyhanna, disparue le 29 mai à Fleurance, a été retrouvée morte après plusieurs jours de recherches sans que les causes de son décès ne soient encore établies. Le suspect interpellé, Jérôme Barella, était déjà visé par trois procédures judiciaires avant la disparition de Lyhanna, notamment pour viol sur mineur.
Le Premier ministre a ajouté qu'il recevrait en fin de semaine les députés concernés par le projet de loi transpartisan global sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
"OPPROBRE"
Il a en outre marqué "sa confiance dans les enquêteurs, les policiers, les gendarmes, les magistrats", refusant "qu’on jette l’opprobre sur celles et ceux qui ont fait vœu de protéger les autres".
L'enquête sur le meurtre de Lyhanna a révélé que Jérôme Barella était déjà visé par une plainte datant de 2022 pour viol sur mineure de 15 ans - classée sans suite en 2024 - et une autre plainte pour viol déposée en août 2025 pour laquelle le suspect n'avait pas encore été entendu par la justice.
Au Sénat, Gérald Darmanin a jugé "incompréhensible" que le suspect n'ait jamais été placé en garde à vue par le passé malgré les plaintes et signalements formés à son encontre.
"On aurait dû appliquer le principe de précaution pour mettre de côté M. Barella et regarder s'il était ou non l'auteur de ces viols", a déclaré le garde des Sceaux.
"Ce n'est pas qu'on n'a pas traité l'affaire, ce n'est pas qu'on a décidé de la classer par manque d'éléments, c'est qu'on a fait des actes d'enquête qui ne correspondent pas à un viol sur un enfant", a-t-il déploré. "On n'a pas compris que la garde à vue, c'était au début et pas à la fin."
La mère qui a déposé plainte en août 2025 pour sa fille Rosa, née en 2014, pour des viols répétés entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile de Jérôme Barella, attestés par un rapport médical, a annoncé mardi sur RTL porter plainte contre l'Etat pour "faute lourde". Son avocat, Me Pierre Debuisson, a précisé qu'une plainte serait spécifiquement déposée contre Gérald Darmanin devant la Cour de justice de la République (CJR). "Aujourd'hui, il feint d'apprendre et d'être surpris de voir que le système judiciaire est en faillite totale."
Un rapport d'inspection sur les défaillances présumées dans le dossier Lyhanna sera rendu public dans deux semaines, a confirmé Gérald Darmanin. Le ministre a par ailleurs demandé aux procureurs généraux de reprendre d'ici au 14 juillet l'intégralité des plaintes concernant des enfants - soit environ 70.000 plaintes.
Plusieurs manifestations se sont déroulées lundi en France pour dénoncer la "faillite" de la justice contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a regretté mardi dans un communiqué "l’instrumentalisation de cette affaire par ceux qui rendent d’avance les magistrats comptables de ce drame et dénoncent leur irresponsabilité".
(Rédigé par Etienne Breban, édité par Sophie Louet)