Contre les drones Shahed, l'hélicoptère Tigre redonne des couleurs à l'aérocombat information fournie par AFP 09/06/2026 à 08:39
Quelques obus de 30 mm par cible, un taux de destruction de 100% : dans le Golfe, les Tigre français ont fait mouche contre les drones Shahed. Une performance qui redonne des couleurs aux hélicoptères, mis au défi de s'adapter à la guerre de haute intensité.
Liée par des accords de défense avec le Koweït, le Qatar et les Emirats, la France a déployé des avions Rafale et des hélicoptères d'attaque Tigre de l'armée de Terre (Alat) pour aider à lutter il y a quelques semaines contre les vagues de drones et missiles iraniens lancés en représailles des frappes américaines et israéliennes.
"Nous avons effectué 100% de destruction sur les drones que nous avons pu intercepter", explique le capitaine Melchior -- identifié uniquement par son prénom comme l'exige l'armée française --, de retour d'un mois et demi de mission au Proche-Orient où ont été déployés une poignée de Tigre.
Ils ont détruit un peu moins d'une dizaine de drones Shahed dans le cadre des missions de protection du ciel des pays du Golfe attaqués par l'Iran.
"On s'intégrait de nuit dans des zones désignées par nos partenaires, nous décollions et rejoignions notre zone d'attente, avant d'être guidés sur une menace" par le contrôleur français au sol, qui scrutait les écrans radars de la défense anti-aérienne, explique le capitaine du 1er régiment d'hélicoptères de combat (RHC) basé à Phalsbourg (Est).
"C'est très intense, cela se passe de nuit donc les corps sont soumis à rude épreuve, et il y a beaucoup d'aéronefs en l'air, amis comme ennemis", explique le capitaine Adrien, du 5e RHC, également de retour de mission.
Une corde de plus
Ce succès "est vraiment une corde de plus à l'arc de l'aérocombat. Une mission qu'on est capable de réaliser à côté de toutes les autres", résume le général Olivier Hautreux, commandant la 4e brigade d'aérocombat.
"Plateformes très polyvalentes, capables d'emporter une importante charge de munitions et pouvant se déployer rapidement, les hélicoptères peuvent s'avérer utiles dans la lutte anti-drones", abonde Elio Calgano, du centre italien de recherche IAI. "Les États-Unis ont d'ailleurs testé les Apache à cette fin, car ils peuvent emporter des missiles/roquettes guidées plus petits et moins coûteux (que des missiles, ndlr), tout en utilisant leurs canons".
Le Tigre, hélicoptère biplace d'attaque au sol mis en service en 2005, détruit les drones en quelques courtes rafales d'obus du canon de 30 mm logé sous son nez. Or le prix de chaque obus se compte en centaines d'euros, quand le prix d'un missile Mica tiré par un Rafale atteint plusieurs centaines de milliers d'euros.
"Il est évident que quelques obus coûtent moins cher qu'un missile très performant", dit le général Hautreux, mais les missiles sont "capables d'aller taper une cible à une distance bien supérieure. Je pense que ces capacités sont complémentaires".
"La viabilité à long terme des hélicoptères en lutte anti-drones dépend également des scénarios et des menaces", met en garde M. Calgagno. "S'ils sont efficaces contre des systèmes comme les drones Shahed, qui suivent des trajectoires prédéterminées et sont généralement déployés en grand nombre pour saturer les défenses aériennes, leur utilisation contre de petits drones pilotés dans des zones contestées comme le front ukrainien est beaucoup plus risquée".
La Russie a perdu beaucoup d'hélicoptères de combat au début de son invasion de l'Ukraine, abattus par les nombreux moyens ukrainiens de défense sol-air à courte portée, comme le célèbre missile Javelin. Cela a alimenté des interrogations sur la pertinence de faire voler des appareils habités au dessus d'une ligne de front saturée de moyens de défense et de drones.
"Percer la ligne des contacts", cette zone mortelle saturée de défenses comme en Ukraine, ne pourra se faire seulement avec des hélicoptères, mais dans le cadre d'une manoeuvre coordonnée, explique le général Hautreux. "Il va nous falloir des feux d'artillerie, de la guerre électronique, des avions de chasse qui viendront travailler sur les moyens de brouillage de l'ennemi... et puis, pour terminer, ce sera avec un coût en hélicoptères, c'est inévitable".