Et si c'était plutôt l'Etat qui avait besoin d'un plan social?
Thème de cet article : Plan social chez PSA Peugeot Citroën : l'Etat doit-il intervenir ?
La question de l'intervention de l'Etat dans l'économie est compliquée et, pour tout dire, impossible à trancher. De par mes convictions libérales, je suis plutôt partisan d'une séparation la plus nette possible entre politique et économie, mais je reconnais sans aucune difficulté que l'Etat a toutefois un rôle économique à jouer, ne serait-ce qu'en tant que régulateur et organisateur de la vie sociale: je ne crois pas du tout à la complète autonomie des marchés et ne doute pas un instant que tous les aspects de la vie en société sont interconnectés et obéissent à des règles de vivre-ensemble qui dépassent les seules lois de l'offre et de la demande.
Ce préambule posé, il n'en demeure pas moins que les discours qu'on entend depuis quelques années de la part de notre personnel politique dès lors que sont évoqués plans sociaux et fermetures d'usines me dérangent profondément. Surtout lorsqu'ils laissent entendre que l'Etat a son mot à dire dans la gestion des entreprises et qu'il peut faire quelque chose pour améliorer leur santé. Dire cela, c'est militer pour une collectivisation ou une nationalisation de l'outil productif; il y a peut-être des nostalgiques de l'ex-URSS ou des admirateurs du capitalisme d'Etat chinois pour le souhaiter, mais ce n'est pas mon cas et, si j'en crois l'audience politique du parti communiste et de l'extrême-gauche dans notre pays, ce n'est pas le cas de la majorité de nos citoyens. Dès lors, dans une économie libre et ouverte, on n'a d'autre choix que de faire confiance aux entrepreneurs et à leur sens des responsabilités, ou bien, si la confiance ne règne pas, de se prendre en mains et de s'organiser pour exercer une activité sur laquelle on a prise, que ce soit individuellement ou collectivement. Autogestion, auto-entrepreneuriat, coopérative ouvrière, les solutions ne manquent pas pour ceux qui se défient des méchants patrons...
Pour ce qui concerne le sujet plus précis du plan social chez PSA et de l'intervention ou non de l'Etat, je commencerai par une remarque toute simple : l'Etat n'est pas actionnaire de l'entreprise, et de ce fait n'a pas son mot à dire. S'il veut avoir voix au chapitre, il n'a qu'à acheter 5 ou 10% du capital, vu le cours de l'action actuel, c'est cadeau. Deuxième remarque, l'Etat est actionnaire de notre autre grand constructeur national, et pourtant il n'a rien trouvé à redire aux délocalisations massives effectuées par Renault au cours des dernières années, avec pour résultat scandaleux (si l'on se place sur le plan de la morale à la Montebourg) que Peugeot produit beaucoup plus de voitures sur le sol français (et emploie beaucoup plus de gens) que la marque losange ne le fait. Quand l'Etat actionnaire se montrera exemplaire, il aura peut-être le droit de dire quelque chose...
Mais plus profondément, c'est la situation de déficit et d'endettement continus de l'Etat qui lui interdit de se mêler de la gestion des entreprises privées. Une entreprise qui accumule les dettes et les pertes finit soit par se faire racheter (perte de souveraineté), soit par disparaître. C'est aussi simple que cela, aussi sain que cela: constante remise en cause d'un modèle de développement, d'une stratégie économique, des investissements et de la recherche, de l'affectation des ressources, autant humaines que matérielles ou financières, à telle ou telle missions. Avec en permanence la confrontation au marché, aux consommateurs, aux utilisateurs, qui avalisent ou pas les choix effectués par l'entreprise.
Et l'Etat? qui avalise ses choix de manière réelle et non pas simplement symbolique (au travers des élections, qui ne veulent plus dire grand-chose)? qui l'oblige à se remettre en question, à ajuster ses choix? En vérité, personne ou presque, sinon les agences de notations et les marchés financiers, quand ils décident de monter les taux d'emprunt par exemple. Mais pour l'essentiel, personne ne rend véritablement responsables nos hommes politiques qui donnent des leçons mais ne sont jamais comptables des politiques qu'ils décident. Un actionnaire peut perdre le capital qu'il investit dans une entreprise, un ministre ne perd jamais rien, même s'il accumule les déficits ou les dettes au cours de son mandat : ce sont les contribuables qui paieront, quoi qu'il arrive. Or, notre Etat va mal, notre système va mal, tous deux allant mal de ce que nous vivons bien, trop bien, comme la Cigale de La Fontaine. Notre Etat-Providence a été pensé et conçu à une époque où on mourait relativement jeune, où on profitait peu de sa retraite, où la croissance économique était dopée par la reconstruction d'après-guerre et où les pays occidentaux dominaient le monde sans partage, en exploitant quelque peu ce dernier pour tout dire. Cette époque est révolue, et sans tout remettre en cause et casser entièrement notre système social, il est évident que notre vision doit changer, avec une seule règle, autant morale que financière : il faut cesser de vivre au-dessus de nos moyens.
Ce n'est pas l'Etat qui crée des richesses dans les régimes démocratiques, ce sont les entreprises. Ce sont donc ces dernières qu'il faut soutenir, et alléger la ponction étatique sur les richesses créées. Autrement dit, si plan social il doit y avoir, c'est d'abord et avant tout là où les coûts excèderont toujours par nature les bénéfices d'une activité, autrement dit dans une fonction publique qui a grossi démesurément ces trois dernières décennies. Sarkozy, qui ne comptait sûrement qu'une minorité d'électeurs parmi les fonctionnaires et autres agents de l'Etat, avait commencé à s'emparer de cette question, libéré qu'il était du clientélisme électoral dont sont au contraire prisonniers Hollande et la gauche dans son ensemble, qui dirigent l'immense majorité des collectivités locales en plus de dominer la "pensée de service public"... Autant dire que le plan social dont notre pays aurait besoin dans toutes ses strates administratives et "de service public" n'est pas près d'avoir lieu...
- gdumas1 il y a 8 mois
@sbrook : il est exact que le nombre de fonctionnaires a augmenté pendant le quiquennant de Sarkozy et donc les frais de fonctionnement avec lui, toutefois il est difficile de lui en imputer la responsabilité, même en tenant compte des transferts de compétences entre Etat et collectivités territoriales: la gauche les dirige toutes...
- M8364084 il y a 9 mois
La réforme ne se fera que dans la douleur la plus extrême : lorsque l'état et les collectivités territoriales , comme en Grèce, ne pourront plus payer des fonctionnaires. Oui il faudrait un plan social pour l'état et les collectivités territoriales, ainsi qu'une reforme du droit du travail : Suppression des RTT, des jours fériés à caractère religieux, retour à 4 semaines de congé, harmonisation pour toute nouvel embauche privé ou public sur un statut de type CDD.
- M802641 il y a 9 mois
C'est très bien dit. Comme tous les patrons d'entreprises en perte (déficit pour une collectivité), il faut tout simplement savoir choisir les priorités et réduire globalement les dépenses. C'est déplaisant mais nécessaire pour préserver l'essentiel car il y a une limite à la taxation possible, surtout.quand la croissance flanche. Toutefois, les administrations ne font les coupures que devant la contrainte absolue - ce qui risque d'arriver un jour chez nous sans trop se tromper.
- sbrook il y a 9 mois
Bravo pour cette analyse brillante et réaliste...sauf sur la fin!!! Sous Sarko, moins de fonctionnaires mais bcp plus d'agent territoriaux suite à de nombreux transferts de charges type RSA, c'est un travail de façade sans fond, bref, les frais de fonctionnement n'ont cessé de croitre sous Sarko y compris réduisant la capacité d'investissement. Pour le clientélisme, c'est tout l'opposé!! Bel article quand meme
Stéphane - Entrepreneur (PME 110 salariés crée de toute pièce) - mathe126 il y a 9 mois
malheureusement ce gouvernement préfère une fois de plus le clientélisme électorale à la réalité de l'économie.
ce sera plus d’impôts pour financer plus de dépenses.
Les élus sont malheureusement à l’abri du licenciement pour faute grave ou incompétence et c'est bien dommage. - fpelu il y a 9 mois
A 100% d'accord avec le titre de ce débat. Exemple : l'Administration locale ne cesse de rajouter des échelons hiérarchiques : agglomération, communauté urbaine, communauté de communes, syndics locaux, mais jamais n'en supprime. D'ailleurs ça présente pour certains pros de ces structures l'avantage de cumuler les salaires.
Autre exemple : certaines communes sont au bord de la faillite pour avoir souscrit à des emprunts "foireux". Croyez-vous qu'elles réduisent la voilure? - M2011639 il y a 9 mois
a M3645620
Pourquoi le public n'a-t-il pas l'obligation de dégager une rentabilité qui entre autre rembourserai la dette et éviterai une concurrence déloyale??? - M2011639 il y a 9 mois
nous avons 50% d'élus en plus qu'en allemagne! coupables mais pas responsables
- laeti453 il y a 9 mois
Apprenons à l'état comment économiser: privons le de ressources en marchant au lieu de prendre la voiture et surtout en arrêtant de fumer.
- M3645620 il y a 9 mois
c 'est d'ailleurs l'application du libéralisme sans discernement qui lui a donné mauvaise presse, mais il ne s'agit alors que d'une caricature du liberalisme réduit à une ideologie (c a d autonomisé de la réalité)

