Beaucoup de courage et d'acharnement ...
Thème de cet article : Rapport de la Cour des comptes : comment réduire le déficit public ?
TRES SCHEMATIQUEMENT
Aujourd’hui, le gouvernement « gagne » un peu moins de 300 Mds d’€ par an et en dépense un peu moins de 400, dont environ 50 pour payer les intérêts de la dette. Et la dette est de l’ordre de 1 500 Mds d’€.
Si on remplace les Mds d’€ par des k€, et si on divise par 10, on a l’état des comptes d’un ménage français moyen très endetté (revenus 30 k€, dépenses 40 k€, dette 150 k€. Le ménage en question est en mauvaise posture, le gouvernement aussi !
Dans ces conditions, on peut essayer de trouver de « généreux donateurs » - les contribuables et la « finance internationale » - ou bien faire ce qu’il faut, c’est-à-dire « se serrer la ceinture » très sérieusement. C’est ce que préconise (un peu) la Cour des Comptes, c’est ce que ne fait pas (pour le moment au moins) le gouvernement.
Pour l’instant, l’objectif affiché est d’arriver à un budget équilibré en 2017. Ce sui signifie qu’en 2017, on n’aura toujours pas commencé à rembourser le moindre € de dette, qui aura encore augmenté et sera aux environs de 100 % du PIB.
Pour en arriver là, il faut économiser 100 Mds d’€ par an. Pour rembourser la dette de façon sérieuse, il faut trouver 200 Mds d’€ par an.
Cette dette vient, gauche et droite confondues, de la distribution de « cadeaux fiscaux » à différentes clientèles des partis au pouvoir. La notion de « cadeau fiscal » est biaisée. Le fonctionnaire reçoit tous les mois un « cadeau fiscal », comme le sans papier bénéficiaire gratuitement de l’AME. Le « riche » qui a une réduction d’impôt doit avoir investi pour en bénéficier, ou avoir payé de impôts pour bénéficier d’un remboursement. C’est très différent.
Il est clair que la France a beaucoup plus de fonctionnaires et d’hommes politiques que la moyenne des pays de l’OCDE. Quand FH explique que le nombre de fonctionnaires global ne baissera pas d’ici 2017, il sous-entend soit que la productivité des fonctionnaires n’aura globalement pas augmenté d’ici-là, soit que les services publics auront fortement progressé en quantité et qualité. Il est permis de douter du second point.
AUGMENTER LES RECETTES
Qu’on le veuille ou non, la façon rapide et efficace d’augmenter les ressources publiques, c’est d’augmenter les impôts « de rendement » : TVA et CSG, pas d’augmenter l’ISF. Le mythe des « riches qui paieront » est parfaitement illusoire. En effet, que fait un riche qui paie des impôts supplémentaires : il diminue – ou alimente moins – son épargne financière, dont diminue sa participation à l’économie. Donc, pour que l’imposition supplémentaire du « riche » soit socialement utile, il faut que le gouvernement utilise « mieux » l’argent que le « riche » lui-même. C’est loin d’être évident …
L’autre solution miracle est « la croissance ». Depuis 30 ans, le pays se désindustrialise à grande vitesse. Où sont les Ariane, TGV, Airbus, programme électro-nucléaire, force de dissuasion de demain ? Ce sont les mêmes depuis 1970, et on n’en voir pas de nouveaux à l‘horizon. Il est clair que si l’on veut inverser la tendance, il faut investir lourdement en R & D. Le gouvernement n’en a pas le premier sou. Et il faut constituer le tissu des entreprises intermédiaires (grosses PME). Il y en a en gros 4 000 en Allemagne, 1 000 en France. Les grands groupes (CAC 40) sont très bons à l’international – tellement qu’ils opèrent de moins en moins en France !
Tout cela prend du temps, nécessite des réformes du système de la recherche universitaire (qui produit beaucoup de médailles Fields et pas assez de Nobel et de brevets). Ca ne met pas de beurre dans les épinards « tout de suite ». Aujourd’hui, on tente désespérément et à grands frais de sauver des canards boiteux, de toutes façons condamnés. Et encore des dépenses publiques …
Autre solution : l’inflation. Ca vous efface une dette en un rien de temps, et au passage ça ruine les classes populaires qui n’ont que des actifs en €. Mais nous sommes dans l’€. Peut-être que l’Allemagne acceptera un taux de l’ordre de 5 % par an ? Ca aide.
Il y a enfin un autre miracle possible : on trouve – beaucoup – de pétrole au large de la Guyane et de gaz de schiste dans le Bassin Parisien, et dès 2015-2016, la France se met à produire des hydrocarbures. Cela permet au gouvernement de se conforter dans la facilité, et nous devenons un genre d’émirat européen.
DIMINUER LES DEPENSES
Nous avons 22 régions, 90 départements, 36 000 communes. Je suis fier de payer des impôts quand je visite le Mistral ou le Charles de Gaulle, quand un gendarme m’arrête sur la route ou quand je visite Versailles, beaucoup moins quand je vois la misère des commissariats et le luxe des hôtels de région, les ronds-points inutiles et quand je lis le rapport annuel de la Cour des Comptes, jamais suivi d’effets ni de sanctions. Faire un grand ménage là dedans, c’est attaquer le cœur de l’électorat du PS. Ces gens ne sont d’ailleurs pas responsables eux-mêmes : c’est l’organisation qui est à revoir. Quelques politiques s’y sont cassé les dents (par exemple Michel Sapin sur la fusion de la Direction du Trésor et celle des Impôts, qui a fini par se faire plus tard).
CE QU’ON PEUT ESPERER
D’ici 12 à 18 mois, la situation du gouvernement devient intenable, et le gouvernement est contraint d’accepter une gouvernance de la zone € avec harmonisation des politiques fiscale, économique et sociale. Tout cela s’aligne sur les réformes Schröder, en gros, moyennant quoi l’Allemagne accepte une inflation de 5 % par an. Les solutions honnies par l’électorat PS passent dans la douleur (mais c’est « la faute à l’Allamagne »). Nous avons alors peut-être une chance de repartir du non pied.
CONCLUSION
Quand j’ai commencé ma vie professionnelle vers 1975, j’étais du pays du TGV, d’Ariane, du programme électronucléaire. Il n’y avait ni dette ni chômeurs. Quand je lisais la presse étrangère, on y parlait de la France comme de la « grande puissance européenne du XXIe siècle. Depuis, j’ai travaillé ma part, et je suis très amer de ce que nos politiques ont fait de la France. Comme j’ai « aidé la chance » et bien gagné ma vie, je fais aujourd’hui ce que je peux : financer des entreprises innovantes de haute technologie. Beaucoup se créent, puis sont vendues à des grands groupes dès qu’elles atteignent les tailles des seuils de représentation du personnel, etc. Ca n’alimente pas le tissu des grosse PME, non plus que les droits de succession dissuasifs. .
Eh bien, au boulot … J’arrête pour le moment ;)
- mlaure13 il y a 10 mois
RE... pas d’inquiétude Messieurs les « forumeurs »…La « Mère Maquerelle » va remettre les petites « sardines » françaises en ordre de marche, au grand dam de nos « politiques mafieux » de tous bords qui nous ont « enfumés » et pillé la France depuis plus de trente ans…Sinon, ns irons jouer en 2è ou 3è division avec les autres « cigales » des pays du sud, la ou il fait si bon vivre sous les « micocouliers » et les « borgnes » ne seront-ils pas ROIS au royaume des AVEUGLES !
- mlaure13 il y a 10 mois
De tout cœur avec votre analyse,knbskin. Et comme nous le savons tous (les savants éclairés),il y a toujours un « potierg » médiocre qui se manifeste sans jugement du tout !...
- knbskin il y a 10 mois
Bonsoir potierg, je préférerais un argumentaire - qui intéresserait tout le monde - à un jugement de valeur qui ne m'apporte rien ? Merci infiniment d'avance,
- potierg il y a 10 mois
Bonjour
C'est magnifique de lire des pensées aussi claires aussi argumentées que l'on pourrait presque croire que celui qui les écrit est un SAVANT
un savant tellement éclairé par ses convictions qu'il ne se rend même pas compte des énormités qu'il écrit !
Pitoyable ! - knbskin il y a 10 mois
Pour booster les jeunes entreprises, il y a un truc génial aux USA, c’est le « Small Business Act ». Toute administration doit passer un certain pourcentage de ses contrats avec des PME. En France, c’est horriblement difficile pour une PME de se faire référencer par une administration ou un grand groupe … C’est facile à mettre en œuvre, et ça ne coûte pas un sou … Mais c’est contraire à la culture Enarque.
- knbskin il y a 10 mois
Donc le CAC40, à quelques rares exceptions (Peugeot, Michelin), appartient aux fonds de pension américains et à quelques qataris, au lieu de profiter aux retraités français. Tout cela fait partie de ce que l’on peut appeler l’« écosystème entrepreneurial », sujet dont on n’entend jamais parler en France. Pendant ce temps, le pays se désindustrialise à grands pas. Et les Chinois rachètent le maximum d’entreprises françaises de haute technologie, avec leurs brevets.
- knbskin il y a 10 mois
On a donc besoin de revoir l’éco-système des entreprises. Certaines structures s’efforcent de se faire entendre dans ce domaine (ETHIC, fondée par Yvon Gattaz, et plus ou moins reprise par son fils Pierre, si j’ai bien compris). Mais ces gens sont trop peu nombreux, et ils ont face à eux la caste de l’ENA qui truste les cabinets ministériels et les postes de direction du CAC40. De plus, nos Caisses de retraites n’ont quasiment pas de réserves, placées largement en obligations.
- knbskin il y a 10 mois
On a donc besoin de revoir l’éco-système des entreprises. Certaines structures s’efforcent de se faire entendre dans ce domaine (ETHIC, fondée par Yvon Gattaz, et plus ou moins reprise par son fils Pierre, si j’ai bien compris. Mais ces gens sont trop peu nombreux, et ils ont face à eux la caste de l’ENA qui truste les cabinets ministériels et les postes de direction du CAC40. De plus, nos Caisses de retraites n’ont quasiment pas de réserves, placées largement en obligations.
- knbskin il y a 10 mois
De plus, les droits de succession sont confiscatoires, ce qui est très négatif pour la transmission des grosses PME. Or, les entreprises familiales ont souvent une vision de très long terme au moins aussi performante que les gouvernants. En effet, une famille très « riche » cherche à défendre ses intérêts au-delà des générations, ce qui n’est pas le cas d’un homme politique, dont l’horizon est l’élection suivante.
- knbskin il y a 10 mois
Ca se gâte après, parce que l’écosystème juridique et fiscal des entreprises est contre-productif (seuils sociaux de gestion du personnel, fiscaux, etc.). En gros, un jeune entrepreneur qui a réussi vend trop souvent son entreprise à un grand groupe au lieu de continuer à la développer pour alimenter le tissu des grosses PME. S’il a gagné quelques millions d’€ dans l’affaire, il a tout intérêt à aller habiter Genève.

