Analyse interessante amha
Interview Eric PICTET
(obliginfos) - Les obligations high yield ont poursuivi leur marche en avant depuis début 2011. Cest lune des classes dactifs les plus performantes. Pour Eric Pictet, directeur du bureau de Muzinich & Co. à Paris, son potentiel nest pas épuisé, malgré le mouvement haussier des taux dintérêt. Son gain devrait être de lordre de 8 à 9% sur lannée. Interview.
Obliginfos.fr: Après deux années de performance soutenue, comment les obligations à haut rendement ont-elles débuté lannée alors que l environnement de taux est désormais moins favorable?
Eric Pictet: Le compartiment des obligations high yield a continué sur sa lancée. Il affiche une performance à nouveau positive. Sur le marché américain, le gain engrangé depuis janvier sélève à 3,85%. Pour les seuls émetteurs notés B/BB la hausse est de 3,65% et de 3,53% hors financières. En Europe, qui est un marché plus petit et plus volatil, ces obligations ont grimpé de 4,1%, en moyenne, depuis le début de lannée et de 2,75% pour le seul compartiment des émetteurs B/BB non financiers. De manière générale, les obligations européennes offrent une prime de coupon et de liquidité denviron 100 points de base (+1%) supplémentaires par rapport aux titres disponibles sur les marché américain plus profond et plus liquide. Sur le mois de mars, lévolution a été plus contrastée en raison des événements dans le monde arabe et au Japon. Mais le segment termine au-dessus de ses plus bas mensuels: légèrement négatif en Europe mais positif aux Etats-Unis. Cette bonne résistance prouve quil y a une réallocation dactifs en faveur de ce compartiment.
O: Après cette belle performance en seulement trois mois, les obligations high yield offrent-elles encore un potentiel?
E. P.: Bien sûr. Comme je viens de lindiquer, cette classe dactifs bénéficie dune réallocation de la part des investisseurs. Cet effet de flux aura un impact favorable qui devrait perdurer au cours des prochains mois. Leur intérêt sexplique non seulement par les rendements élevés procurés par ces obligations, ce que les professionnels appellent le carry, mais également par laugmentation de la taille du marché grâce à la multiplication des émissions sur le primaire. Ainsi, après avoir enregistré en 2009 un total démissions au niveau mondial de 180 milliards de dollars, celui-ci est passé à 302 milliards en 2010. Et ce score pourrait être battu cette année puisquà fin mars le primaire sélevait déjà à 80 milliards de dollars. Au-delà de leffet favorable sur la taille et la profondeur du marché, ces émissions offrent de réelles opportunités aux investisseurs car plus des deux-tiers des émissions sont liées à des refinancements de crédits bancaires et non à des financements dacquisitions ou de distribution de dividendes, par exemple. Cest plutôt sain pour le marché qui profite de cette désintermédiation sans que le risque soit pour autant accru puisquil nentraîne pas de hausse du levier, cest-à-dire de lendettement des entreprises.
O: On dit que les spreads sont encore élevé ce qui offre un gain potentiel en capital. Partagez-vous cette opinion?
E.P.: Oui. Cest là le deuxième argument en faveur dune poursuite de la hausse des obligations high yield. En résumé, on peut dire que nous avons assisté à un très gros hiver (2008), à un superbe printemps (2009), à un bel été (2010), à un début dété indien (2011). Or lété indien peut durer longtemps et ce, grâce à un spread de 440 à 450 points de base (pb) au-dessus des taux sans risque et un rendement de lordre de 7%. Le différentiel de taux nest en effet pas si bas que cela vu le taux de défaut historiquement peu élevé de 2%. Il généralement de 4,3% en moyenne. Un taux de défaut de 2% équivaut à un spread de 390 pb, environ, ce qui offre encore un potentiel de resserrement de 60 pb. Pour cette année, le gain en capital est déjà fait grâce à la performance réalisée depuis le début de lannée. Nous pensons donc quil reste encore 7% à engranger, ce qui équivaut à la valeur du coupon. Au total, nous anticipons un gain compris entre 8 et 9%, en Europe.
O: Le mouvement de hausse des taux enclenché dès lautomne 2010 ne risque-t-il pas denrayer cette mécanique?
E. P.: Sans doute mais très légèrement car le coupon élevé et le niveau actuel du spread jouent comme un coussin de sécurité. Si la hausse des taux court est engagée pour limiter une surchauffe, leffet est limité car les spreads baissent ce qui compense la hausse des taux. Ce dautant que la duration, cest-à-dire la sensibilité aux taux, est limitée car elle est autour de 4 ans. En revanche, si la hausse des taux est réalisée pour juguler une inflation externe, comme celle des matières premières ou des produits dalimentation, il nest pas exclu que lactivité économique soit touchée et dans ce cas la baisse des spreads ne compenserait pas totalement la hausse des taux. Malgré tout, dans ce scénario, le high yield demeurerait une excellente classe dactif en comparaison des autres calsses dactif.
O: A moins quil ny ait une grave crise de la dette en Europe
E. P.: En effet, une hausse des taux dintérêt liée à un problème de financement des Etats aurait des conséquences sur léconomie et provoquerait une tension sur les spreads.